LIVRE II (5S
aussi des embarras et des troubles que ne manquerait pas d'exciter de nouveau sa réunion , quand la mort vraisemblablement prochaine de Childebert rendrait à Chloiaire le lot qu'on aurait inutilement séparé du sien. Il leur déplaisait d'avoir à subir tant et. de si prompts cbangemens.
Tout favorisait l'ambition de Chlotaire. Théodebald luitmème l'avait désigné pour son successeur. Le vœu en âait exprimé , dit-on , dans son testament (1).
Chlotaire donc, se hâtant, accourut h Metz. Il se concilia tout d'abord l'appui de la reine en l'épousant, comme il avait déjà fait trente ans auparavant de la veuve du roi Chlodomir. Aucun obstacle ne se rencontra. Le peuple et les grands fuf ent d'accord pour le proclamer. Il arriva même que Childebert , tout offensé qu'il était de cette usurpation , se laissa persuadei* de la souffrir. On obtint de lui l'abandon formel et authentique de ses prétentions.
Les Saxons devaient un tribut au roi d'Austrasie. Le changement de règne leur parut une occasion favorable pour s'en affranchir. Ils engagèrent les Thuringiens dans leur querelle, et, devenus redoutables par cette alliance , ils commencèrent la guerre , non sans grande apparence de succès. Chlotaire à son tour leva une armée, passa le Rhin , leur alla offrir le combat, et leur fit essuyer une sanglante défaite. Ils se soumirent alors ; mais la Thuringe fut châtiée par de cruelles dévastations.
(i)MézçrBi.
168 HISTOIllE DES FRANCS.
Quelques mois passèrent à peine, et les Saxons^ plus irrités de leurs pertes que découragés j reprirent les armes • Chiot aire les reprit aussi , et pénétra en peu de temps jusqu^à leur frontière. Sa présence les remit en crainte. Ils se repentirent alors, et lui envoyèrent quelques-uns des leurs qui lui dirent : « Ne crois » point que nous t'ayons en mépris , ou que nous pré- » tendions te refuser le tribut. Nous te le paierons » comme à ton frère et a ton neveu. Mais garde la paix, » et ne force pas notre peuple à en venir aux mains » avec toi. » Chlotaire était satisfait, et il dit aux siens : « Ils parlent avec sagesse j n'allons pas contre » eux. » Les Francs murmurèrent , les traitant de fourbes , et leur reprochant de violer toutes leurs promesses. Les Saxons, de plus en plus effrayés , vinrent de nouveau, et, malgré le désir du roi, les refus de son armée l'obligèrent à les repousser. Une troisième fois ils revinrent. Ils offraient leurs troupeaux et la moitié de leurs terres, a Prenez, s'écriaient-ils; mais qu^il n'y » ait pas de guerre entre nous, et que nos femmes et » nos enfans restent libres. »
Ces soumissions répétées excitaient l'impatience des Francs , au lieu de les désarmer. Chlotaire insistant toujours , il éclata dans le camp une effroyable sédition. De grands outrages furent faits au roi ; sa tente fut mise en lambeaux ; sa vie même fut un instant en danger. Enfin , contraint de combattre, il s'y résigna. L'acharnement fut égal dans les deux armées ; le désir de vaincre , pareil. Mais les Saxons , n'ayant rien à espérer de leur ennemi, avaient résolu de périr, et ce