CHAPITRE XVII
REVOLTE DE GHRAMNE (556).
Childebert dissimulait, mais ne dépouillait pas ses ressentimens. Que vînt l'occasion, il ne la laisserait pas échapper]; sa renonciation ne lui serait point un obstacle. Accordée à la nécessité passagère du temps, de meilleures conjonctures l'en relèveraient.
Elles ne tardèrent point : le fils aîné de Chlotaire prit soin de les lui fournir. Ce jeune prince avait de la beauté , de la grâce, de la pénétration , du courage (2). Mais ses passions étaient violentes, et il se livraitàd'inflmesdébordemens.SonnométaitChramne.
(i) Grégoire de Tours.
(a) Pulcher et decorus mmù, et acer, et callidus. — Gesl. Franc, cap. 38
Chlolàire l'avait envoyé en Auvergne pour y commander. Ses désordres lui attirèrent bientôt les nâalédictions de ce peuple. Il avait deux conseillers près de lui ; l'un, Ascovinde, homme d'éminente vertu, mais dont il méprisait les conseils ; Fautre , Léon, homme cruel et impie, auquel il s'abandonnait. Ses familiers étaient déjeunes hommes d'obscure extraction et saàs mœurs. La dignité des- sénateurs ne préservait point leurs filles de ses violences. Firmin, qui était comte de Clermont, fut dépouillé outrageusement de son titre, et comme il s'était réfugié dans l'église pour sauver sa vie, Chramne ne respecta point cet asile, et Fen fit témérairement arracher. Le malheureux cependant se déroba à ses gardes; mais Chramne,^ en échange, lui prit tous ses biens «
Importuné de L'Auvergne et des mécontentemens qu il y avait soulevés , ce prince transporta sa résideqce à Poitiers, et y vécut quelque temps avec beaucoup de magnificence. Mais cette vie bruyante et voluptueuse lui servait à d^uiser de graves desseins. Il se lassait ile ne pas régner. L'autorité secondaire qu'il exerçait sur ces provinces ne suffisait plus à son ambition. Il méditait de les usurper sur son père.
Childebert fut mis dans la confidence de ces projets, et il se garda bien de les condamner. Il les eacouragea au contraire, en pressa vivement l'eràcution, et promit à son neveu de puissans secours. Il fit plus; il suscita les Saxons, semant sans scrupule les embarras et les périls autour de son frère. C'était une satisfaction pour sa haine, et pour sa politique, un