‹ Histoire des Francs (volume 2)Chapitre 78 sur 196 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

moyen &ciie de détourner et de dÎYiser là jnussance du roi de Soissons.

Giramne donc se précipita dans la révolte. Il envahit à main armée une assez grande étendue de pays, et s'arrêta enfin à Limoges. De leur côté, les Saxons faisaiaii des progrés et étaient déjà à Dentz auprès de Cologne. Ghlotaire prit pour lui le soin difficile d'arrêter leur invasion. Il remit celui de combattre Ghramne à deux autres de ses fils , Charibert et Contran.

Gsux-ci raicontrèrent leur frère au pied de la Montagne-Noire, dans le Limousin. Voulant éviter, s'il était ipossible , d'en venir aux mains avec lui , ils l'envoyèrent sommer de quitter les armes , et de res^i-^ Iner le pays dont il s'était emparé. La réponse de Ghramne était artificieuse. G'était un refus, mais tempéré par de grandes affectaticms de fidélité. « Il n'en- » tendait point méconnaître l'autorité de son père. # U lai «tait k la vérité impossible d'abandonner ce « qu'il ocGopait* Mais il le voulait posséder avec le » consentement du roi , et il se flattait qu'il ne lui » serait pas long«4emps refusé.

Oa se prépara à combattre, et les drax armées, Mities dqà de leur camp, prenaient à l'envi les postes tqui leur Paient assignés. Mais en ^ce moment une tempête horrible éclata, qui répandit d'une et d'aulre part «M4^;ale crainte , et leur fit, d'une commune résolution, suspendre l'attaque. Ghramne, voyant l'hésitation de ses frères, s'en félicita. Il lui importait singulièrement de l'entretenir, et, s'il se pouvait, de l'accroître*

Il imagina d'envoyer quelques étrangers dans le camp de Contran et de Charib'ert, chargés d'y apporter la nouvelle d'une ^ande bataille perdue contre -les Saxons, et de la mort du roi , tuédans la déroute des siens.

Le bruit en courut au loin , et la ruse réussit audelà de toute espérance. Les jeunes princes furent effrayés. Ils levèrent leur camp à la hâte , et se retirèrent précipitamment en Bourgogne y moins occupés^ désormais de l'inutile lutte contre leur frère , que de la mort de leur père , et des royaumes que chacun d'eux prétendait. De son côté , Childebert, soit qu'il adoptât aussi cette fable , soit plutôt que la double guerre des Saxons et de son neveu l'encourageait à^e déclarer, Childebert entra en Champagne , exerça partout d'horribles ravages , et s'avança jusqu'aux portes deKheims. Chramne , l'im itant , marcha sur Châlons , en fit le siège , et le prit.

. Il vint ensuite à Dijon. Mais le château résista. Admis cependant dans la cathédrale, l'évêque voulut, selon la superstition de ce temps , consulter le. sort des saints (1). Les prêtres apportèrent sur l'autel les livres dés prophètes, des apôtres et desévangiles. Quand on eut ouvert le premier , on y lut cette terrible sentence : « J'arracherai ma vigne , et elle sera dans la » désolation , parce qu'au lieu de raisin , elle n'a pro- » duit que des fruits sauvages (2). » Quand on ouvrit

(i) Voir la note i de. la page-64< (a) Isaîe, c.^ 5, v. 4* 5.

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le second , on trouva ceci : « llsdironl : Nous voici » en paix et en sûreté. Mais au même instant , ils se^ » ront surpris d'une ruine imprévue , sans qu'il leur » reste aucun moyen dé se préserver (1). » On ouvrit enfin l'évangile, et voici quelle réponse on y recueillit : a II est semblable à un homme insensé qui a bâti sa » maison sur le sable ; et lorsque la pluie est tombée, » que les fleuves se sont débordés , que les vents ont » soufflé et sont venus fondre sur cette maison, elle a » été renversée , et la ruine a été grande (2). » Une profonde horreur saisit tous les assistans , et aucun d'eux ne douta que le prince ne fût menacé d'une fi n prochaine et funeste.

Dijon n'en fut que plus obstinée. Désespérant donc de la réduire, et prévoyant que son père , qui bien que malheureux dans sa dernière tentative contre les Saxons , n'y avait pas néanmoins succombé , retournerait avant peu, et ne manquerait pas de réunir contre lui toute son armée, il rechercha et se ménagea de nouveaux appuis. Il épousa d'abord la fille de Williachaire , riche et puissant seigneur d'Aquitaine, dont il lui importait de s'assurer le concours. Le mariage conclu , il vint à Paris , afin de renouveler son alliance avec Childebert. Cette espérance ne fut point déçue. Les secours qu'il demandait lui furent promis ; on se prodigua réciproquement les gages de la plus intime union, et ces deux princes sans foi ne craigni-

(i) Prem. ëpit. de saint Paul aux Thcssalon. ch. 5, v. 3, 3.. (a) Ev. saint Mathieu, ch. 7, r. 26, 27.

rent pas de jurer par un serment solennel , Van à son frère, Tautre à son père, une haine sans terme comme sans relâche*

Mais un événement imprévu rompit ces engagemens , et Chramne n'eut plus de recours que dans l'indulgence de son père. Il l'implora en effc^ : Chlotaire ^accueillit , et lui pardonna.

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