LIVRE ni
"Ail retour^ Chlôtàire alla à Compiègae;. Co jour, pendant qa^l chassait dans la forêt de Cuise , la fièvre lé prit. Les progrès du mal furent rapides, et le roi connut que la mort venait. Dans le trouble où le jetait ce pressentiment, on Tentendit qui disait : « Pensez maintenant quelle puissance est celle de ce » roi du ciel, qui fait ainsi mourir de si puissans » rois ! » Il se mourait, et ne mesurait encore la grandeur de Dieu qu'à la sienne !
Chlotaire avait régné cinquante-deux ans; règne favorable par sa durée, si le génie du prince y eût répondu. Moins artificieux que Théodoric, moins entreprenant que Childebert et que Chilpéric , moins grand et moins habile que Théodebert , aussi ambitieux, plus débordé, plus sanguinaire, plus criminel, et toutefois plus puissant, plus favorisé, plus heureux. Mystérieuse justice du ciel !
Le zèle qu'il affectait pour la religion n'allait point jusqu'à respecter les chastes lois qu'elle a faites pour le mariage. Jamais plus de déréglemens et plus de scandales. Jamais un plus étonnant exemple de la pluralité des femmes et des reines. On cherche s'il faisait servir la politique à ses passions, ou ses passions à la politique. La couche royale était prostituée à son ambition. Après la chute d'Hermanfroi , sa nièce ; après la mort de Childéric, sa veuve; après la mort de Théodebald, encore sa veuve. Les noces adultères étaient ses pactes d'élévation et de puissance.
Ingunde , l'une de ses femmes , lui (it une fois 1. 13
cette prière : a Mon seigneur a fait de moi ce qu'il lui » a plu ; qu'il daigne écouter, pour achever le bien- » fait, ce que lui demande sa servante. Qu'il accorde » à ma sœur un mari puissant, afin que rien ne » m'abaisse et ne me rende moins digne des regards » du roi. »
Chlotaire vit cette sœur, et, la trouvant belle, il l'unit à lui. Ensuite il dit à Ingunde : a J'ai songé D h t'accorder la grâce que tu demandais. Tu voulais » un mari . puissant pour ta sœur ; aucun ne l'est » plus que moi : sois satisfaite ; elle est reine. »
La triste Ingunde répondit : « Ce que mon sei- » gneur juge bon^ qu'il soit ainsi fait. Mais que sa » servante reste seulement dans sa grâce et dans » sa faveur. »