‹ Histoire des Francs (volume 3)Chapitre 19 sur 135 · LIVRE XUI · texte numérisé non relu

LIVRE XUI

la Gaule , avaient successivement disparu sous la double influence de raustcrité chrétienne et de Tagreste simplicité des barbares, les combats du Cirque, plus conformes à leurs mœurs, s'étaient pourtant maintenus (1). On n'y envoyait plus de gladiateurs ni de martyrs, il est vrai ; mais, à leur défaut, les luttes fiirieuses des botes sauvages amusaient encore le repos de ces rudes et farouches hommes de guerre.

Quand les premiers temps eurent passé, et qu'on en fut venu à pouvoir mclcr d'autres soins aux soins de la guerre, on s'appliqua plus sérieusement aux travaux publics, et profitant des exemples qu'avaient laissés les Romains, on établit quelques règles pour ces entreprises, on y mit de l'ordre, on en généralisa la direction. Dès le règne de Charlemagne , il y avait un intendant supérieur (2) pour les surveiller et pour les prescrire. L'entretien des ponts, des chemins, même des navires, était de l'office des comtes, et s'exécutait par leurs vicaires.

(1) c Le roi était à Metz , et assistait au spectacle d'un animal

•environné et harcelé d'une troupe de chiens. Magnovald se

«mit à regarder le spectacle du combat des bêtes. > [fGrég. de

Tours , liy. YIII.) Ajoutez ce que raconte le moine de Saint-

Gall, d'un combat de lions et de taureaux, sous Pépin, au chap.

33, liv. 11 de la Vie de Charlemagne. — « En ce temps , fisl le

>Toy Ghilpéric establir à Paris et à Soissons une manière de jeus

>quî sont appelés Cirques, à la manière que les Uomains vou-

•laient faire anciennement. » Grandes cbroniqucs de Saint-Dû-

•nis, liv. 111, ch. 15.)

1^) C'était Ëginhaid, comme 1 altcbto gou épilaphc.

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Le comte pourvoyait aux matériaux, le peuple devait son travail. Aux ouvrages plus importajis, aux constructions nouvelles ou plus étendues, l'abbé, Févêque, le comte, le duc, tous étaient obligés d'y contribuer. Pour réparer les églises, c'était le devoir des abbés voisins et de Févêque ; pour les reconstruire, ou pour en bâtir de nouvelles, c'était Fobligation de tous les évêques, de tous les comtes, de tous les ducs , de tous les abbés , de tous ceux indistinctement qui possédaient des bénéfices royaux ou ecclésiastiques (1).

On vit donc encore des efforts heureux et de hardies créations des arts, dans ce temps qui ne promettait que destruction. Mais c'est où il faut s'arrêter, en détournant douloureusement ses regards. Ne demandons rien de plus aux nobles travaux de Fesprit. Aucun orateur, aucun historien, aucun poète : Grégoire écrivait bien sa chronique, Avitus (2) et Fortunat (5) , leurs poëmes ; le roi Ghilpéric, ses vers irréguliers et sans génie; mais ces informes essais ne servirent qu'à faire mieux écla-

(1) Le moine de Saînt-Gall, liv. I.

(2) Avitas , neveu de Temperear Avitas. Il était évèque de Vienne en Daophiné. Ce saint évèque mourut en 525. Il a [laissé quelques poésies, un poëme entre autres sur le déluge, et un autre sur la virginité.

(3) Yenance - Fortunat , évèque de Tours ^ florissait â la fin du sixième siècle^ et au commencement du septième Il a écrit en vers nue vie de saint Martin, et a composi de plus onze livres de poésies. L'hymne Vexilla régis est son oi? vrage. ^i

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ter la stérilité des esprits et la décadence du goût. Plus de méthode, ni d'invention, ni de style; pas le plus faible vestige des judicieuses combinaisons de Fart de composer et d'écrire* On étudiait pourtant, et même exclusivement, les saints livres; mais, chose inouïe , ces écrits divins , où de vulgaires talens puisent chaque jour de nouvelles inspirations, ne fécondaient alors que la piété, et point le génie. Nulle tentative d'ailleurs dans la langue franque, si ce n'est de vulgaires et insipides chansons de gueiTe, et dans la langue que Rome avait léguée aux Gaulois, rien que faiblesse, désordre et corruption. Il n'y avait plus de lettres latines; tout avait fini avec Boëce , illustre victime : il n'y avait pas encore de lettres françaises; leurs jours ne devaient pas venir de si tôt. Il fallait attendre les fruits de ce long et difficile travail de deux langues unies pour en en- Ëmter une troisième, à qui seule , après tant de siècles, devaient être accordés enfin de nouveaux chefs-d'œuvre.

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