LES GALLO-FRANCS
L C'était Charles qui avait à la fois accompli et fondé la révolution : qu'avait fait Pépin, que de la maintenir et de l'avouer? Depuis le jour que, Théodoric étant mort, Charles avait pu refiiser d'assigner un successeur à ce prince , il n'avait plus été douteux que le duc ne fût pleinement maître de l'empire, ni que les droits interrompus des fils de Mérovéeneftissenten effet des droits perdus. Celui qui avait eu assez d'ascendant pour dissuader les Leudes de proclamer leur roi, était roi. Celui qui, n'étant pas roi, avait pu tout ensemble en suspendre et en exercer la puissance, s'il n'était pas roi, était au-dessus ; celui qui, étant roi, n'avait même plus assez de puissance pour faire ressouvenir de son titre; n'en am*ait plus eu assez apparemment pour le ressaisir et pour en user.
La mort prématurée de Charles, q[ui eût pu rendre cette vérité incertaine , l'avait mise au contraire en un plus grand jour. La révolution s'était arrêtée, mais sans retourner en arrière :les progrès delà nouvelle race étaient déjà si voisins du terme,
qu'elle put les suspendre sans déchoir; le déclin de la première était déjà si profond, qu'on put lui laisser quelque relâche, sans qu'elle y trouvât aucun moyen de se relever. C'était aux Leudesr de reconnaître les rois ; et puisque la mort même de Charles ne les avait pas ramenés à' ceux qui le devaient être , il n'y avait plus de remède : cette mort eût du révoquer l'exclusion, elle l'assurait.
!!• Il y avait eu, chose étrange! de la haiile contre les maires du palais, dans cette révolution felte h leur profit. L'alarme donnée, apï*ès Warnachairé, par les Leudes de Chlotaire II, ne s'étaîl pas trouvée vaine : elle avait étépleinenàentet surabondamttient juîstifiée par les déchiremens postérieurs. On Savait bien vu, et Ton en était intimement persuadé, fjué c'était trop d'un maire et d'un roi. 11 eût fallu àfl5»anchir le roi, devenu trop faible; mais parce qu'il était devenu trop faible, on ne pouvait plus Tafifranchir. Il eût fallu renverser les maires, dévenus trop considérables, mais parce qu'ils étaient trop considérables, on n'avait plus aucune espérance de les renverser : la même cause rendait tout à fa fois ces changemens nécessaires et impossibles.
On alla au but, cependant, maïs pal» des voies opposées. Ne pouvant réhabiliter les princes, on les délaissa; né pouvant abolir les maires, on les fit princes. La race de Chlovis fut sacrifiée aux maires du palais^ qui le furent eux-mêmes à la royauté. Il n'y eut plus de rois mérovittgîeïls ; mais aussi îl
UVREXIU. ^
n'y eut plus de maires. Il n'y eut plus de maires; mais ils furent rois.
Cette longue rivalité de la royauté primitive et de ses ministres s'acheva dans la ruine de l'institution triomphante , et dans l'agrandissement de la puissance qui succombait. Si les ambitions du temps ne démêlèrent pas toutes avec une égale clarté cet effet naturel de leurs tentatives, il n'en était ni moins heureux ni moins infaillible; si ce ne fat pas le seul but de cette importante révolution, c'en fut au moins le premier et plus précieux résultat. La France et la royauté s'en accrurent : la France, qui manquant de maîtres pour en avoir trop, cessait enfin de flotter entre deux dominations contraires et incompatibles; la royauté, qui, rendue à sa simplicité essentielle, recouvi*ait à là fois sa sécurité et sa liberté.
ni. La nouvelle race trouvait déjà une puissante garantie de stabilité dans cet intérêt réel et profond qui excitait et liait la France. Ce n'était pas la seule toutefois, il s'en fallait bien. L'avènement des Pépin était, pour ainsi parler, celui de la populeuse partie de l'empire, d'où ils étaient sortis et à laquelle ils appartenaient. C'était, après la lutte acharnée des trois royaumes, comme une dernière consécration du triomphe de l'Austrasie sur la Neustrie et sur la Bourgogne. C'était l'Âu^rasie qui allait régner par ses princes; elle ne se laisserait pasôter sa couronne. L'Eglise, à son tour, qui avait
eu tant de part à révénement, le considérait, non sans raison ^connue son ouvrage, et souffiîrait difficilement que des événemens opposévS vinssent démentir sa décisive et solennelle adhésion. EUe avait ratifié, avec éclat, l'arrêt de la fortune contre les Mérovingiens ; il était peu vraisemblable qu*eUe l'aidât de longtemps à le rétracter* Les Leudes de leur côté, qni ne pouvaient déjà plus rien contre le prince sans le concours des évêques, ni contre les évéques, sans l'appui du prince, ne tenteraient cerlainenient pas de reprendre une couronne qulls avaient unanimement décernée, dont ils aimaient que le prince leur fût redevable, et qu'ils ne sauraient plus sur quelle tête placer. Enfin, des deux rois descendus du trône, Yun semblait avoir abdiqué, ou volontairement, ou sans regret, et d'irrévo» cables serments rengageaient sans retour' au service de la religion; l'autre, dont on u avait pas, il est vrai, attendu le consentement, n'était point en âge de vouloir, et bien moins encore en âge d'agir. Aucun appui au-dehors , aucun vestige de parti dans l'intérieur: point de soldats, point de trésors, point d'amis; nul intérêt qui ne fût ennemi du leur; rien sous le ciel, si ce n'est un droit, que préservait seule la religion, et qu'elle venait d'efFacer. Au contraire de la plupart des usurpations, les plus grandes difficultés de celle-ci furent avant qu'elle s'achevât; sitôt le trône occupé, tout fut à rinsiantmême aplani. Jamais ces brûlantes et dangereuses dépouilles de rois ae furent si bien assu-