LIVRE XIII
rées au spoliateur. Jamais ne s'étaient vus ces tris* tes spectacles ; jamais dans un si grand crime, de si grands et si infaillibles succès.
Pépin donc régnait, et certainement sans retour ; il régnait, sinon d'un aussi bon titre que Childéric, au moins d'une autorité réellement meilleure et plus régulière. Défectueuse, mais seulement à son origine, elle était, dans sa constitution même, tout ce qu'exigeait sa nature , tout ce qu'elle devait être pour s'exercer et se maintenir. Depuis les successeurs immédiats de Chlovis, il ne s'était rien vu de pareil chez les Francs. Mais sur quel peuple s'élevaient cette domination et cette race, presque également étrangères et nouvelles ? Quel était le prince? On l'a déjà vu. Quels étaient les sujets ? 11 faut le . chercher (1).
IV. Deux cent soixante-six ans s'étaientécoulés depuis la bataille de Soissons. Les Gaulois, mêlés dès ce temps avec les Romains, s'étaient enfin, et malgré la plus difficile répugnance, mêlés et confondus dans les Francs. Ces Aquitains , ces Gascons, ces restes de Wisigoths, ces Armoriques, ces Bourguignons, ces Romains, ces Gaulois, ces Saliens, ces Bretons eux-mêmes peutêtre, perdaient chaque
(1) La difficulté n'est pas médiocre. M. Guizot l'a dit : « Bien
> pea de temps après la conquête, il semble que les deux peu-
> pies disparaissent; Thistoire générale de la France n'est guère » plus que celle du roi et de ses Leudes.* (Essai sur l'histoire de France, page 216.)
jour quelque chose de leur caractère, de leurs habitudes, de leurs penchans propres et primitifs. Un même gouvernement , une même administration, un même culte, des guerres communes, et près de trois siècles, quelles méfiances, quelles préventions, quelles aversions même ne se fussent pas altérées? Il commençait enfin à y avoir moins de peuples difiFérens dans ce peuple ; à se former de tous ces peuples une nation. Le mélange n'était pas encore achevé, tant s'en faut; mais les progrès étaient assez étendus pour mériter d'être remarqués, et pour qu'on le pût.
Au temps de la conquête , quelles mœurs saisir? Les Francs de la Gaule n'étaient pas un peuple, mais une armée, et les armées sont insubordonnées ou soumises, victorieuses ou vaincues; elles ont une discipline, et non des mœurs. La nation d'où cette armée sortait avait sans doute son caractère, ses lois, ses usages; mais ces usages grossiers , et que repoussaient^ les lumières et la religion de l'état conquis , n'y pouvaient être transplantées sans de grandes altérations. Les Romains et les Gaulois en avaient ; mais c'étaient des mœurs antérieures ; les mœurs d'un temps qui avait précédé, d une i*eligion que l'on avait abjurée, d'un état politique qui venait de s'anéantir, d'un peuple vaincu qui obéissait, et qui demeurait séparé du peuple vainqueur. Ces mœurs n'étaient ni des sîètles mérovingiens, ni du peuple firanc; elles étaient d'une autre histoire, et non de la leur. Il eût fallu