‹ Histoire des Francs (volume 3)Chapitre 35 sur 135 · CHITTE DE LA MONARCHIE DES LOMBARDS · texte numérisé non relu

CHITTE DE LA MONARCHIE DES LOMBARDS

L A ce moment^ commence une grande époque ; tue époque si grande qu'il a fallu une réyolution de mille ans pour en amener une pareille ; si grande ^eUe remporte même sur sa rivale, car elle eut plus de durée, et point de désastres (1). Un règne de quarante-sept ans, tout de victoires; un esprit bculte (2), qui a le génie des arts; un roi guerrier,

(1) De ces deax hommes pareils , s'ils n'étaient égaux, le deritiers'éleya d'une condition presque eiiscure; mais il eut pour ^de, une réyolulion qui avait tout confondu. Le premier n*eat Pvde révolution, mais il était né près du trône : il partait du rang kplos haut, quand il commença ses conquêtes ; son imitateur omettre au nombre des siennes, le commandement même ^ui U ouvrit la route des autres.

(ij Voici ce qu'en dit Eginhard . « Il essaya même d'écrire, et

* liait habituellement sous le chevet de son lit, des tablettes *poor s'exercer à former des lettres , quand il se trouvait quel-

• fues instans libres, mais il réussit peu dans cette étndo, cam* tmmcie trop tara et à un âge peu emvenable* » Tentabftt et

qui donne d'étonnantes lois; un législateur qui (bit d'inouïes conquêtes ; une seule tète rayonnant d'une triple gloire , quel spectacle ! Les Francs doublant leur puissance; Tancienne majesté de Rome, qui sort pour eux de la poussière des temps ; TOccîdent naguère en lambeaux, qui se réunit de nouveau sous ces nouveaux maîtres; leur roi, le roi des Francs créé empereur , quelles merveilles ! Chlovis avait fondé leur royaume; Charles vient, qui va leur fonder un empire. Les partages jusque-là ne séparaient et n'embrassaient que des provinces; ils se répéteront encore, pour le malheur de Tétat, mais les lots seront des royaumes.

Les fils de Pépin, le moment de régner arrivant, ne commençaient pas avec des avantages pareils. Les titres Tétaient, et sans doute les ambitions, mais tout le reste était différent Charles encore dans Tàge de rimpatience et de la force, atteignait presque celui de la modération et de la pradence; il avait

icribere, tabalasque et codicillos adhocio lecliculo sub cervica- IU>a8 circumferre solebat, ot cum vacuam lempas esset, maoooi effigiandis liUeris assaefaceret; sed param prospéré successitlabor prœposterus et sero iochoatas. (Vie de Gharlem.)

On a pourtant fait de longues dissertations ponr et contre; mais à quoi bon, et qu'y a-t-il de plus évident? Sans doute, i:barlemagne sut écrire, mais lard, et peu, et mal. On en peol croire son secrétaire , qui a été aussi son panégyriste. Ce prince s'appliqua bien à d'autres études, avec Alexis ; mais tard encore, et toutefois avec un meilleur succès, parcequ'elles étaient de ceUes que seconde la maturité de l'esprit. Mais quand il commença de régner, que savait •!!, que la guerre; quy avait-il en lui, que son génie?

déjà vingt-six ans. Son frère, inconsidéré, inexpérimenté, Êiible à la fois et présomptueux selon les mœurs de son âge, ne sortait qu'à peine de Tadolescence; il n'avait guère plus de dix-sept ans. Charles déjà connu de l'armée, avait fait depuis longtemps ses premières épreuves de guerre. Il avait été des expéditions d'Aquitaine (1) et avait pris de son père de grandes et fructueuses leçons. Carloman, trop jeune, n'avait vu de cette conquête que sa plus malheureuse journée. Il était à Saintes quand on tua Waïfre. On ne remarquerait pas ces différences dans un autre siècle; dans celui-ci, et avec ce peuple qui ne respirait que la guerre, elles avaient de l'importance, même du danger : on le vit bientôt.

Tant que Pépin fut vivant, nul ne mît en doute lexécutîon de ses ordres ; ce qu'il accordait était respectueusement accepté; ce qu'il décidait était religieusement accueilli comme un inviolable décret. Mais la mort venue on se mit à agiter librement des difficultés et des intérêts auxquels on eût craint, la veille, même de penser. « Pourquoi tous ces chan-

> gemens imaginés par Pépin ? L'ancienne division

> était préférable ; les peuples en avaient une Ion-

> gue habitude; on n'avait point vu, dans les temps

> passés, qu'elle ménageât si mal les droits des

> princes. Pourquoi deux parts dans le duché

(1) « Le roi Pepio fut accompagné dans cette expédition , par Charles, l'aîné de ses fils. * (Eginhard, Annales» ann. 7(>l.)

i82 HISTOIRE DES FRANCS.

> d'Aquitaine? Ce serait sa perte. La conquête en

> était-eUe seulement achevée? Ces peuples à

> peine vaincus, pas encore soumis, soufiQriraient*

> ils sans regret leur séparation, obéiraient-Os

> docilement à deux maîtres? Qui les contien-

> drait, si ce n'est la crainte? Et qui la leur im-

> primerait, si ce n'est la force? La force, ib la

> reconnaîtront bien plutôt chez celui des deux

> rois qui s'est déjà fait voir à la guerre. Charles

> a appris à les vaincre ; Charles, qui a contiîbué Y à la conquête, donne seul l'espérance de la oon-

> server. >

n. Ces conseils, inspirés certainement par l'ambition, n'étaient pourtant pas dépourvus de vraisemblance; aussi prévalurent -ils. H semble que Pépin se fût appliqué à enti-emèler les possessions de ses fils, afin que tous les dangers leur étant nécessairement communs, l'intérêt à défaut d'affectiraiy les obligeât toujours à se secourir réciproquement. Ce roi prévoyant recherchait l'union jusque dans ses projets de partage; mais Ils subirent d'impor^ tantes modifications. L'orgueil des jeunes princes flTaccommodait mal de cette division compliquée , qui les liait trop étroitement l'un à l'autre et les rendait tous deux dépendans. Ensemble, ils en devaient être plus forts, et c'était le but de leur père; isolés, ils en seraient plus faibles et moins libres, et chacun voulait une force propre, chacun rejetait celte puissance confuse et subordonnée. Tout con-

UVREXV(7«8-174). i%i

courait à faire adopter d'autres desseins ; on en rerint presque entièrement à Tancienne convention de Vieux-Poitiers, au partage qu'avaient fait entre eux autrefois le^ dpux fils aînés de Gharles-MarteL Garloman fut roi d'Austrasîe; la Neustrie fat Je rojaume ^e Charles; seulement, on ne divisa point l'Aquitaine, et Carloman n'en eut aucune partie; on la restitua à la Neustrie qui la possédait avant la séparation. Charles, satisfait, se fé* licita; Carloman offensé partit mécontent. U se résigna néanmoins, et les deux rois furent procla* mes, celui de Neustrie àNoyon, celui d'Austrasie à Soisfions, le seizième jour après la mort de leur père.

IIL Ces premiers germes de dissension tardèrent peu à fructifier, échauffés qu'ils furent par les consefflers du roi d'Austrasie , et par des instigateurs plus puissans encore et plus influens; car ni Didier n'était inactif, ni Tassillon n'omettait de seconder ses sourdes manœuvres. Des règnes nouveaux et des rois si jeunes ! c'était une dangereuse tentation pour ces princes. Mais d'un autre côté les événemens d'Aquitaine ne tardèrent pas non plus à jus^ tîfier l'ambition de Charles et la prévoyance des leudes de Neustrie, dont le suffrage avait fait préférer le nouveau plan de partage. La mort de Pépin avait suivi de trop près celle de Waïfer; la conquête était terminée, mais point affermie; de fragiles sermens de fidélité en étaient encore les seuls

iU lllSTOinE DES FRANCS,

garans. Il eût été difficile que ces peuples vaincas sans doute et humiliés, mais fiers cependant et toujours prompts à la guerre, ne tentassent rien pour leur liberté, quand la fortune leur en ofiGrait une occasion si heureuse. Ils ne la laissèrent point échapper. L'automne et l'hiver furent employés aux préparatifs qu'exigeait le soulèvement; ils eurent des armes; ils levèrent sans peine une armée; le chef manquait encore à cette entreprise, mais ils le trouvèrent.

Hunoald, fils de Eudes et père de Waïfer, vivait Il avait autrefois , du temps qu'il régnait et quH était en lutte contre Pépin , fait arracher les yeux à son frère , qui n'avait pu survivre à ce supplice. Repentant ensuite, et voulant effacer son crime par une éclatante pénitence, il était volontairement descendu de son rang et s'était enseveli dans un cloître. Il n'y avait plus que lui maintenant pour venger son fils , et servir à la délivrance de l'Aquitaine. Quel que soit le sentiment qui l'excitât, ou ambition, ou fidélité envers son pays, ou piété envers sa famille, il n'en repoussa point la proposition quand on la lui fit. Déchirant aussitôt sa robe de moine, il reparut au bout de vingt ans au milieu des siens, l'épée en main, la couronne au front, plein de courage encore et de confiance.

IV. Charles avait pu savoir de Pépin les dangers de l'hésitation à la guerre; mais sa propre inclination d'ailleurs l'en garantissait. A peine informé des

premiers mouvemens de FÂquitaîne, il convoqua son armée, et lui assigna hardiment, pour se réunir, une ville déjà avancée sur le territoire ennemi. En même temps , se prévalant de leurs conventions (1), il appela le roi d'Austrasie, et réclama ses secours. Carloman avait d'autres vues, peutêtre même des engagemenIK opposés. Exclus du partage de ses provinces, il se montrait faiblement jaloux d'en aller disputer la possession pour le profit de son frère. Il différait donc; cependant il vint. Les deux rois se rencontrèrent non loin de Poitiers; mais, si l'on en juge par l'événement, l'entrevue fut aigre et fâcheuse. Peut-être que Carloman, abusant des embarras de son frère, voulut mettre à prix les secours qu'il lui demandait, et revendiquer sa part de la conquête. Au moins est-il sûr que Tentrevue finie il rétrograda, refiisant enfin clairement, et avec opiniâtreté, d'assister les Neustriens dans cette querelle.

Charles , réduit à ses seules forces , ne laissa point de persévérer. Parti d'Angoulême avec une armée encore incomplète, il se hâte, voulant prévenir Hunoald, et profiler de quelques restes d'incertitude qui se montraient encore chez les Aquitains. Hunoald surpris, et d'ailleurs fidèle à ses anciennes habitudes de guerre, évitait avec soin les engagemens décisifs, et se retirait devant Charles,

(1) • Carloman , malgré ses engagemens, ne lui fournit aucun > secours. • (Eginhard , Vie de Charl.)

comme il reculait autrefois devant Pépia; mais Charles plus impétueux que son père, et redoutant moins ces populations affaiblies maintenant et découragées, Charles s'avançait, se précipitait^ lia prenant point de repos et n'en laissant point à son ennemi. Pressé ainsi,^et toujours contraint à recoiOr mencer sa retraite, le duc eut promptement perdUt dans ces mouvemens rapides et désordonnés, la meilleure part des troupes qui raccompagnaient» Elientôt, à la crainte d'être vaincu, se joignit, ou plutôt succéda celle d'être enveloppé; car on n'était déjà plus assez nombreux pour combattre. Bientôt ces marches si longues et si répétées changèrent de caractère et de nom ; c'était une retraite» ce fîit une fuite; on n'avait point perdu de bataille^ et l'on avait perdu une armée; le chef délaissé, comme après une effroyable dé&ite, se dérobait par des sentiers inconnus, vaincu pour n'avoir pas essayé de vaincre; tremblant, comme les vaincus, pour sa vie ou sa liberté.

V. Il se préserva cependant, et parvint, sans an* tre malheur, sur les terres du duc de Gascogne, qu'il croyait fidèle, et qui en effet l'accueillit Char» les, alors s'arrètant, bâtit une forte place dans la position de Fronsac (1), pour y appuyer son aiw mée, et s'assurer la Dordogne. En même temps,

(I) Francoram-an;, Franc^ra ; d'où roi fit d'abord FraMiae» el eofin Fronsac.

ÎJVnE XV (768-774). 187

suivant toujours son dessein, il envoyait devers le duc de Gascogne, et lui faisait dire ses irrévocables volontés. « Ce duc était maître; il pouvait préférer I la rébellion à sa sûreté. Mais s'il prenait souci de ^ luiHfnême et de sa fortune, il obéirait sans retard » et sans restriction. Qu'il se souvînt des sermens » faits à Pépin ; qu'il les répétât à son fils; qu'il li-

> vrât à son roi le moine fiigitif auquel il avait té-

> mérairement ouvert un asile. Qu'il fît ainsi, on » Tépargnerait, on lui ferait grâce, il pourrait gar-

> der son duché; qu'il refiisât, Charles viendrait, I et malheur à lui! j> Le duc balançait, non pour reconnaître la souveraineté du roi de Neustrie, car, ÏAquitaine cédant, il était trop faible et ne pouvait rien. Mais la honte de trahir Hunoald l'arrêtait; surprendre le prince vaincu, qui se fiait à sa foi, çt qu'il avouait pour son maître, révoltait son courage et sa loyauté. Les débats donc se compliquant et se prolongeant, Charles quitta Fronsac , passa la Garonne, et alla montrer aux Gascons qu'il n'avait pas fait de vaines menaces. L'effet d'une si décise résolution était infaillible; il ne se fit pas attendre longtemps : le duc, impuissant contre un pareil ennemi , n'eut plus de refuge que dans l'obéissance absolue. Il accorda tout , même la honte qu'on lui infligeait ; Hunoald fut remis aux soldats de Charles ; la guerre présente finit ; les guerres à venir furent prévenues; il n'y eut plus une cité jusqu'aux Pyrénées qui ne subît l'autorité du roi de Neustrie. Au moins ce prince, plus généreux que son père, sut-il

s'abstenir de ses violences : Waïfer avait péri; Hu-

noald fut seulement prisonnier.

YL Retournant enfin, et reprenant les chemins de Neustrie, Charles, pendant qu'il traversait l'Aquitaine, prescrivait de nombreuses et sages mesures pour la maintenir désormais dans la soumission. Non content des troupes laissées dans les villes fortes , il en ôta les comtes qui y commandaient, et mit à la place des comtes nouveaux choisis, avec discrétion, parmi les plus éprouvés de ses Neustriens (1). Bourges fut confié à Humbert; Clermont à Itur; Limoges à Roger; Poitiers à Âlbon; Périgueux à Widbod; Bordeaux à Siegwin; Toulouse à Corson; Âlby à Haimon. Loup, toutefois, car Charles ne rétracta point ses promesses, continua de commander dans le duché de Gascogne , dont il avait si chèrement acheté la conservation.

Ce fut là la vraie et sérieuse conquête de l'Aquitaine. Les longs succès de Pépin n'en avaient guère été qu'un commencement, interrompu et presqu effacé par sa prompte mort. Charles en recevant ces provinces, dans son partage, n'avait en effet obtenu que le droit de les recouvrer. Didier cependant, et avec lui Carloman, et avec eux Tassillon, gendre de Didier, attendaient dans une

(I) I/aslronome transpose cette aclioo de Charlemagoe , et la place eo an temps où elle n'était plus, à proprement parler, né> cessaire ; mais nos chroniqueurs fout peu d'attention à renchai* nement oalurel des événemeus.

UVRK XV (Tfl8'77*). lâO

ani^iëté, chaque jour plus vive, le dénoûmentde ce premier drame de guerre entrepris par le jeune roi de Neustrie. Carloman eut faiblement regretté la perte qu'allaient peut-être éprouver les Francs; car l'Aquitaine perdue abaissait son frère et corrigeait rinégalité dont s'inquiétait son ambition. Tassillon, toujours méditant de se soustraire à la dépendance des Francs; Didier, toujours aspirant à se dégager du ruineux traité dePavie, souhaitaient ardemment ou de grands revers qui réduisissent la Neustrie à Tinaction, ou une résistance du moins intelligente et opiniâtre , qui arrêtât Charles de longues années, comme elle avait naguère arrêté Pépin. Mais le succès fiit si différent, si prompt, si complet qu'il fallut bientôt changer de pensée, et s'accommoder de Charles victorieux et puissant, puisqu'on ne pouvait plus l'attendre affaibli et humilié.

II. L'Aquitaine donc lui manquant , Didier chercha d'autres appuis qui y suppléassent. Les Grecs ne lui pouvaient plus être un obstacle ; aucune alliance n'était à craindre entr'eux et le pape; le pape , laissé à lui-même , ne saurait comment résister aux Lombards ; il n'avait d'al3ri que la puissance des Francs; qu'il le perdît c'était sa chute. Tout se bornait donc à rompre cette alliance des Francs; mais comment la rompre? Peut-être en substituant celle des Lombards à celle du pape , maïs comment obtenir une si étrange substitution? Didier Tenti^eprit ; il avait un fils nommé Adalgîse ;

190 HlSTOlUK DKS FR/VNCS.

Charles et Carlonian avaient une sœur encore libre nommée Gisèle ; cette sœur que Pépin avait autrefois refusée au fils de l'empereur Grec, Didier proposa de l'accorder à son fils. Mais il avait de plus une fille, sœur de Luitberge, belle-sœur du duc de Bavière, libre elle-même, comme était Gisèle; ce prince l'ofirit aux rois Francs, la donnant d'avance à celui des deux qui l'accepterait. Unis alors partant de liens avec lui, ces jeunes rois le seconderaient plutôt que de l'arrêter; il doublerait sa force, de la force même qui la contenait; la proie qu'il menaçait depuis si longtcms , ne lui serait plus disputée.

Au premier bruit de cette artificieuse proposition, le pape s'émut; il fit partir aussitôt des envoyés habiles et accrédités, chargés des plus pressantes et plus véhémentes lettres pour les princes Francs. € Que prétendaient-ils ? voudraient-ils abolir la 9 gloire de leur père , et désavouer son ouvrage? Ao 9 cepteraient-ils pour alliés , ses plus acharnés en- 9 nemis; pour ennemis, ses plus constans alliés?

> allaient-ils, princes chrétiens, abandonner Fé-

> glise chrétienne à ses oppresseurs ? quelle union

> pouvait s'établir entre une nation fidèle et puis- » santé, et cette tourbe d'hommes infidèles, reje-

> tée du rang des nations (1)? Dans quelle race in-

> firme et difforme allaient-ils piendre leur femme,

(I) Quod vestra prœclara fraocorum gens perfida ae fœtenlitsima Langobardorum geiite poUuatur , qus io numéro geoUosi nequaquam compulalur... Qu» socieCas coim lucis ad tenebri»| aut qiMQ pars Ûdeli, coin inûdele r

LIVUEXV (768774). 194

» eux, dun sang si noble et si pur? qu'ils se sou- » vinssent des lois de leurs pères et de leurs exem*

> pies! Ces rois prévoyants repoussaient de leur lit, » ces filles éti*angères,et condamnaient comme illé-

> gitimes ces pernicieuses unions (1). Qu'ils se sou- » vinssent surtout de la loi de Dieu! Qui donc ne les » savait pas déjà engagés dans le mariage? suppo-

> saient-ilsces saints engagemens si fragilesets'esti- » maieut-ils si puissans , qu'il suffit de leur volonté

> pour s'en affranchir? Pépin autrefois avait eu » aussi cette envie, et leur mère, dont ils honoraient » la vertu, n'avait dà qu'aux inflexibles exhorta-

> tions de l'Eglise d'être préservée d'une humiliante p répudiation. Seraient-ils moins dociles et moins i fidèles chrétiens que leur père? Anathème à ceux ^ qui, entendant ces conseils , les mépriseraient ;

> louange et bénédiction sur ceux qui les recueille-

> raient pour les observer. >

(2) Et oerte noo vobis lieel extrane» natiools consangainitafe înoiiMeri... Neque vos alise nationi licere copukiri. -^Gaillard i'étonne de ce langage, et le tourne presque en dérision. Il n'ét|it pourtant pas si étrange , ni si peu conforme aux préventions il aux usages des Francs; car il en fut fait, dès le règne suivant, 9|Be loi formeUe. — Volumus etiam ut si alicui eorum post de- €608801 nostrum, tempus nubendi venerit, cumconsilioetconi^DSU senioris fratris uxorem ducat. Illud tamen propter discordias vitandas et occasiones noxias auferendas , cavendum de-» eemimui ut de exteris gentibus nuUus illorum uxorem accipere prœsuinat.(GbartaDiv. imper, ann. 8l7,art. i3.) Or, cette charte lut rédigée dans l'assemblée générale des Franc8:quœcapitala..« 6I9P omnibus fiè^bbos nostrisconsiderare plaoïiit, ot considerata conacribere. (Eôdem> in proemio.)

i9i IlIS'lÛlUli: pris FRANCS.

Il était vrai , Garloman avait déjà épousé Gerbei^ ge, et Charles lui-même, avait contracté avec Hilmetrude , des engagemens qu'on a cru pareils (1); mais la sévérité des maximes romaines sur le ma-

(1) Hîlmeirade était-elle en effet la femme légitime de Cbarlef oa sa coDcabioe? Je la crois femme légitime; j'en ai pour raison, d'abord le témoignage positif d Etienne IV : Impium est alias aecipere uxores sopcr cas quas primitas vos cerlurK est aceipisse ; ensuite, qu'Hilmetrude était enterréeà Saint-Denis; de plus, son épitaphe : Hic jacet Hilmot. reg. uxor Caroli Magni; enfln^ l'invraisemblance que Charles ne fût pas encore marié en 769, c'eat* à -dire à l'âge de 27 ans. Les rois n'ont pas la liberté d'attendre si tard. Garloman était déjà marié, et il n'avait que dix*huil ans. *

A la vérité , le moine de Saint-Gall , parlant do fils d'Hilmetrude. dit ceci: «Un fils que Charles avait eu d'une concubine. «Et Eginhard . parlant aussi du même prince , dit de son côté i • Chai^ les avait eu d'une de ses concubines un fils.» Mais Eginliard et le moine , ardents panégyristes, tous deux de Charlemagne , n'ont* ils point voulu pallier rinfraction des lois canoniques, et la Canle, grave à leurs yeux, de cette répudiation ? Leur assertion aorat-elle plus de poids que celle du pape ? Il est remarquable qa'Eginhard, qui donne, en un autre lieu, la liste des femmes eC des concubines de Cliarlemagne , ne nomme point Hilmetrada parmi les femmes, mais s'abstient aussi de la nommer parmi lea concubines.

■ Mézeray objecte que si Pépin le-Bossu, fils d'Hilmetrnde, élait né d'une union légitime , on ne l'aurait pas exclu du partage. Je ne crois pas l'objection solide : Pépin fut exclu parce qu'il était moine, et on l'avait contraint de se faire moine parce qu'il avait conspiré contre la vie de son père. Il y avait double raison pour l'exclure. Son oncle Giles l'avait été avant lui. quoiqu'il n'eût pas conspiré, par le seul motif qu'il était moine.

Mézeray donc lient qu'Hilmetrude n'était qu'une concubine. Daniel au contraire, Velly, le président Hénault la croient femme légitime; Anquetil et Gaillard restent iucertaius; moi, je ' d'indiquer mes raisons.

LIYKE W (705-774), 193

riage était encore inconnue ou rejetée du peuple Francs; on en a de frappantes preuves dans la législation de Pépin. L'Eglise des Gaules elle-même était bien plus indulgente qu'Etienne ne l'eût sou- Jiailé (1). Ces premières unions quoiqu'on y pût voir un obstacle, n'en ofift'aient donc point qu'il fût impossible de vaincre, et l'on était libre au moins de délibérer sur les inconvéniens matériels, et les avantages. Le plus grand danger était pour le pape; la plus grande difficulté, que le roi Loinbard se prévalant de cette alliance, eût le dessein qu'il méditait effectivement, de ruiner, dès qu'elle serait contractée , l'indépendance du nouvel état fondé par pépin , sur les débris de l'Exaichat grec. Mais ce danger, considérable sans doute, et même infaillible si c'était à Carloman que la fille de Didier fût donnée, se dissiperait aisément, si c'était à Charly; car ce prince, doué de sagacité et de prévoyance n'entendait point renoncer à l'établissement formé par son père, et l'alliance, s'il s'y engageait, bien loin d'en favoriser la destruction, fournirait au contraire et sûrement les moyens de le préserver, môme sans guerre. L'intérêt de Rome était donc , il est vrai , un motif pour dissuader du mariage avec Carloman, mais en même tems un motif aussi pour le conseiller avec le roi de Neustrie. 11 le fallait, maintenant que les forces des Francs étaient

(1) Timoin le concile de Verberie, teaa en 752.

in. 13

m UlSTOlIVE DlilS FKANGS.

diviséeii, afin de protéger pitts faciteffient FtlaMAfi); {| te Mftk afin d'éviter que le prinèe Lraiimfd Mcrttl êû puissance^ de toute celle de FAustrasie; flie fiUait même pour empêcher le roi d'Austrasie d^a^ }oater à ses forces celles des Lombards. Car k jaimiâie de ce prince n'était pas éteinte, et devMtt gn^ dre de Didier, oti bien, secondant YtnHiMMi^ Lombards, il anrêterdt Charles , pendant qm eettd aecftblerai^t Rome et Ravenne; ou bien le» LolibardRf secondant la sienne, s'uniraient h Ifii poBr porter la guerre en Nenstrie. Tontefei», méine «ta Mmentant à quelques parties des propositlofl» de Mdier, il importait de rejeter Fautre; même en aeeepiâAt sa fille pour Charles , il était sage de réviser Gisèle à son fils. Gisèle en ce tems, et avae les évènemens qu'on avait à craindre pouvait deVflrir mi otage entre les mains des Lombards; la Me de Didier , si Gisèle demeurait libre , en serait U, au contraire , chez les Neustriens.

YIIL Bertrade de son cêté, sage reine, mère ilh quiète et heureusement clairvoyante, instruit#ide la rivalité de ses fils , s'appliquait d'un soin assido» à la contenir et à l'étouffer. Elle savait Charles altisfait, prudent, généreux, et ne craignait point qu'il attaquât jamais Carloman; mais elle savalti m

(I) « Pour s'assorer qoe jamais les Lombards ne secooerakal » le joog des Francs , et ne se permettraient de noaveiles alla*

• qoes contra le domaine de Saint-Pierre , fl épousa U ÛM da

• Didier, leur priofio. • (Lemoiiia da SainUGall.)

Page 1