‹ Histoire des Francs (volume 3)Chapitre 80 sur 135 · LIVRE XVII · texte numérisé non relu

LIVRE XVII

» prêt, lui, leur intercesseur et leur chef; il le ve 3 nait recevoir et consentait d'être le premier. *>

Charles, que tant de fausses abjurations avaient déjà averti, se laissa tromper cependant au langage artificieux de ce barbare. 11 ôtait rarement leurs chefs aux vaincus, les jugeant plus intéressés à se concilier sa faveur, plus puissants sur Tesprit de leur peuple, plus utiles, au commencement , pour établir sa domination. Il se livra aux vaines assurances de Thudun, l'accepta pour vassal, lui abandonna le commandement des contrées qui reconnaissaient antérieurement son autorité , et quand il l'eut vu, docile aux instructions de ses clercs , professer solennellement au baptême les saintes vérités de la loi du Christ , plus satisfait encore et plus confiant, il le renvoya chargé des plus précieux témoignages de sa bienveillance et de sa libéra- Uté.

L. Deux années passèrent ainsi, et durant ce temps , Thudun, en apparence Çdèle, avait toujours affecté la plus humble et plus rehgieuse soumission. Il poursuivait ses desseins , cependant , et n'espérant plus obtenir de Charles, comme il l'avait prétendu, le gouvernement général de la Pannonié, cherchant d'autres voies, il le demandait aux Awares^ et les incitait maintenant à briser ce joug qu'il leur faisait naguère accepter.

Toijt à coup on est averti que la Pannonié a repris les armes, que l'autorité des Franos est désa-

72 HISTOlHfi DES FRANCS.

vouée, que le christianisme est rejeté, que ThuduD

est roi.

Charles aussitôt aj;pelle Herric et Gérôld, et c'est à eux qu'il remet le soin rigoureux d'aller châtier celte trahison. Ils partent , menant avec eux une -grande armée de Lomhards et de Bavarois. Mais ces Awares , qu'on suppose plus faibles depuis leurs défaites passées , sont trouvés plus forts au contraire, parce qu'ils ont renoncé à leurs dissensions. Tout est ennemi maintenant, tout est danger et obstacle : Tarmée est la nation même; la guerre est partout, et ne donne nulle part ni sécurité ni relâche. On avance, sans autre avantage que d'avoir changé le lieu du combat; on triomphe sans autre succès qu'un honneur stérile ; ils cèdent pour attaquer de nouveau ; ils fuyent , mais pour reparaître; il n'y a de vaincus que les morts. L'audace double leurs forces, et le désespoir leur audace.

Le comte Gcrold inopinément assailli au front même de son armée, qui se prépare à combattre et qu'il encourage , tombe et meurt au moment de vaincre et sans avoir combattu.

Le duc Herric, à son tour, attendu près de Ta^ sacoz dans une embuscade, s'y laisse surprendreet périr. Ainsi les victoires s'achètent et les défaites ont leur vengeance. Le moment vient cependant, le moment terrible et fatal : une dernière action s'engage, une bataille régulière, générale, apparemment décisive, oùThudun, qui s'épuise, veut tenter un effort extrême et désespéré. Que s'était-il pro-

LIVUE XVII (785-794). 73

mis ? Il combat , il résiste , il fait un instant douter la fortune; mais elle décide à la fin et se donne à ses ennemis. Il succombe, il est pris vivant; il ira, vassal infidèle, porter sa tête m roi Charles, et l'inexorable roi la fera tomber. ) —

LI. C'eût été une glorieuse victoire; ce fut une horrible et détestable extermination. On ne se lassait point de tuer ; ces vainqueurs , rassasiés de gloire, ne voulaient plus vaincre et ne souffraient plus d'ennemis. La mort, s'étendant, imposa partout son irrévocable repos, et il n'y eut plus en effet de révolte à craindre. Le peuple entier disparut, son nom se perdit, ses débris, s'il en demeura, se dispersèrent et se confondirent. Spectacle inouï, et digne de la plus douloureuse admiration , que toute une nation ait péri à la défense de sa liberté.

Charles était maître ; il avait détruit ; il posséderait, mais des terres vides; il n'y était resté de l'homme que des ossemens (1). 11 fallut rendre des hommes à ces solitudes , et prendre aux peuples voisins pour y ramener une apparence de peuple (2). La terre

(i) « La PaoDODÎe vide d'habitants.... Les Huns perdirent * toute leur noblesse... (Ëginhard. Vie de Cbarlemagne ) — » L'invincible Charles écrasa si complètement cette nation qu'à » peine en laissa-t-il subsister quelques misérables vestiges. * (Le moine de Saint-Gall.)

(*i) Il fallut repeupler la Pannonie ; on fut réduit à y envoyer des colonies de Bavarois, de Thuringiens et d'Allemands.

ne périt pas sous Tépée des conquérans : laPanncv* nie survécut, et ce fut encore une apparence d'État. Mais les conquérans se succèdent : les Awares avaient vaincu autrefois , et ils avaient fait des con^ quêtes : les Awaies étaient vaincus maintenant; il avaient été.

Page 1