L. — Jugement des conjurés, — \.l. — Charles est proclamé
empereur d'Occident. — LIT. — Libéralités de Charles aux églises de Rome. — LUI. — Quelles circonstances favorisèrent r élévation de ce prince. — LIV.
t« niSTOlUE DES ï'R\NOè.
FOîNDATION DU NOUVEL EMPIRE D'OCCIDENT.
f. L'empire croissait encore, et toujours; si Taffreuse destruction d'hommes qui s'était faite dans la Pannonie, empêchait qu'il eût acquis des soldats, des sujets, un peuple, au moins avait-il obtenu des provinces et recueilli des trésors. 11 avait gagné d'ôter aux Saxons, aux Sarrasins, aux Béneventins, aux Grecs, aux Normands, un dangereux allié; il avait gagné de réduire le nombre de ses ennemis, et d'affaiblir ceux qui lui demeuraient
Mais d'autres événemens , qu'il ne faut pas négliger, s'étaient accomplis pendant ces dernières années ; l'éclatante catastrophe des Awares n'aurait pas suffi à l'activité de la fortune et du temps; la reine Fastrade était morte (1), amèrement pieurée de Charles, pleufée de lui seul. On s'en était rejoui parmi les Francs, comme d'un double bienfait de la mort; car on était en môme temps délivré des violences de cette implacable femme, ei
(1) Daas la maison royale de Francfort ; car ce n'était pas encore une ville. Fastrads fut ensevelie à Mayence, dans i'égli3« de Saint-Albin.
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des cruautés plus odieuses encore que ses conseils inspiraient. Charles, cependant, quelle que tùl sa douleur , avait bientôt recherché d'autres affections : une cinquième reine à son tour allait parla*ger son lit et son trône; il avait épousé Luitgàrde, noble fille , née d'une race illustre chez les Allemands.
IL Quelques changemens s'étaient faits aussi dans l'Aquitaine, utiles et sages, puisqu'ils purent être achevés, mais qui offensaient les plus considérables hommes de ces provinces, et qui eussent été dangereux avec un prince plus faible et moins redouté. Leur importance paraît médiocre dans Féloignement; elle ne l'est point : car c'est par eux surtout qu'on découvre la vraie nature du pouvoir étroit et subordonné qu'avaient Louis et Pépin dans leur royaume, et de l'autorité dominante qu'y exerçait Charles. Tant qu'avait duré l'enfance du jeune Louis, un désir inconsidéré de lui concilier l'affection des peuples, une crainte trop vive d'irriter les ressentimens dans ces contrées , encore mal soumises, où le joug des FraMbs, pesant et nouveau, n*était souffert qu'avec répugnance, avaient excité les conseillers qui le dirigeaient à condescendre , avec une libéralité ruineuse , aux insatiables exîgeances des grands. D'immenses étendues de terre avaient été successivement détachées du domaine du prince, et abandonnées à l'infatigable importuiiité des solliciteurs , assez puîssand pour qu'on
craignit de les refuser, plus puissans encore et plus à craindre peut-être après les avoir obtenues. Les choses en étaient arrivées à ce point, que Louis, dépouillé par degrés de ses meilleurs revenus , ne pouvait plus satisfaire qu'à peine aux plus nécessaires et plus modestes dépenses de son rang et de sa maison.
Lorsqu'après la conjuration de Ratisbonneet Finfructueuse expédition de Bénevent, Louis, quittant ritalie, revint précipitamment à Salz auprès de scm père, celui-ci, cherchant inutilement autour de ce prince Féclat, l'appareil, la magnificence qui appa^ tiennent aux rois , voulut savoir la raison de cette simplicité parcimonieuse, qu'il jugeait mal séante, indigne d'une si haute puissance, dangereuse même et propre à inspirer le mépris. Louis , affligé des reproches et des questions de son père , ne put néanmoins éviter d'y répondre , et de confesser à la fois ses prodigalités et son indigence. Le mal était grave, et le remède assez hasardeux ; Charles, toutefois, n'entendait ni que la couronne de ses fils s'allât avilir dans la pauvreté, ni que le domaine royal, en aucune partie de l'empire, pût être aliéné régulièrement sans sa volonté. Désavouer ces concessions abusives, recouvrer les terres, en restituer au fisc du roi la possession et les fruits, ce fut sa pensée, et quoique rigoureuse, elle était cependant naturelle et juste. Mais quels embarras on rencontrerait dans l'exécution, et sur qui d'ailleurs retomberait^Ueî Serait-ce Louis, qui, rétractant lui-
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même ses propres bieiifails, serait l'cduit à braver les rcsséntiïïiens et les résis lances des possesseurs, enrichis tour à tour él dépouillés de ses mains?
Charles mesurait ces inconvéniens , et savait aussi les moyens de les prévenir; déniant à son fils le droit de donner^ il n'avait garde de lui attribuer celui de reprendre; c'était à lui^ de qui Ton avait mccoanu la puissance, de la faire reconnaître et de rcxercer ; ce serait lui qui revendiquerait ses domaines» et avec lui que contesteraient ceux qui oseraient entreprendre de les retenir. Et ce fut en effet de quelle façon s'exécuta cette difficile mesure: on apprit à mieux comprendre , en Aquitaine , quelle part de royauté était déléguée au jeune Louis; Wildebert, archevêque de Rouen, et le comte Kichard, intendant des domaines de Charles^ vinrent à Toulouse, au nom et de l'ordre exprès de ce prince- On murmura, mais contre lui seul, et comme c*était lui, prince tout puissant^ qui voulait et qui commandait, on se résigna promptementf et Ton obéit.
III< Charles d'ailleurs, en même temps qu'il appesantissait son pouvoir sur les principaux habitans de ces provinces, avait la prudence de tourner à lavantage du peuple les sévères dispositions qui les irritaient. De grands changemens s'étaient intioduits, depuis Pépin, dans les armées des Francs; ils avaient appris à combattre à cheval, et de nombreuses troupes de cavaliers soutenaient et gui-
tt mSTÔÎRE DES FRÂNCS^
daîent partout rnaîn tenant leurs profondes et pesantes eolonnés de fantassins. Mais la nourriture des soldats était alors à la charge du peuple, et cette charge récemment accrue de la nourriture dti chenal, était deTcnue excessive et întoléi^ahle* Charles et Louis, quand les terres concédées eurent été restituées au fîsc^ en prirent occasion de soulager le fardeau et d^abolir la dure coutume de fournir aux cavaliers leur Iburrage. Ils commencèrent par r Aquitaine, afin que la sadsfaction du peuple balançât le mécontentement de ses chefs, et que le soulagement accordé se liât mieux aux resiîtulîons ' dont il serait ou semblerait être le fruit. Mais bientôt Charles continua, et l'abolition du droit de fonri^ge fut étendu à toute la France*
tV. Ce n'était toutefois qu'un soin passager, un failble sujet de sollicitude* Au point de grandeur où le roî franc était parvenu, les timides plaintes de FAquitaine n'auraient guère troublé sa sécurité» Mais, en même temps, concourraient des controverses religieuses, des actes solennels de juridiction ecclésiastique suscités , inspirés , dirigés peut-être par la politique et par l'ambition. Aux vives dîS' putes sur la double nature du Christ, s*était jointe înopinément Tépineuse question du culte des samts; à la vieille hérésie de Nestorius , celle , qu'on eût cru oubliée aussi, des iconoclastes- C'était elle, comme on Ta vu, qui, séparant par degrés les églises de Consiantînople et de Rome^ avait à leur tour