‹ Histoire des Francs (volume 3)Chapitre 83 sur 135 · LIVRE XVm (t94-80Û). m · texte numérisé non relu

LIVRE XVm (t94-80Û). m

B3p^e les peuples de l'Orient ei de lllalie^ et amené, à traver.'î les temps, la souveraineté temporelle Ides papes, et la domination des Francs au-delà des ^Ipes. Lorsqu Irène, venue trop tard, eut obtenu de gouverner FOrient, regrettant fltalie, et préoccupée du soin de la recouvrer, elle eut bientôt reconnu que respéranee en serait vaine tant que sub* sisteraît l'inépuisable source de division qu'entre* tenait rhércsie. Oier ce prétexte insensiblement; irritei: Tesprit inquiet des Lombards; s'affermir en Sicile, àiVaples, en Calabre; embarrasser et arrêter Charles, tantôt par la guerre, tantôt pai' d'artificieuses négociations, lo fut où tendirent dès l'abord les combinaisons et les efforts de sa politique; ce fut par quels moyens elle s*appliqua à réparer, s'il en était encore temps, les irréparables fautes faites avant elle-

Mais quand elle eût vu Cliaï4es, supérieur à tous les obstacles , et plus habile que fies plus habiles ennemis, croître dans la guerre, se fortifier dans lapaix^ prendre toujours de plus grands desseins et ne renoncer à aucun, étonnée, et comprenant enfin rinutîlité des ménagemens et des artifices^ en même temps que le mariage promis à Rotrude se rompait , et qu' Adalgisc était envoyé en Italie pour cûtte expédition malheureuse , où il ne devait recueillir que de la honte, Irène convoquait, d*abord à Constantinople{l), ensuite à JNicée, un nombreux

(i> la prde de VEmpcrear p ot dommatent le^ kotioelaf (ea $

i HISTOIRE DE:S FB4NCg.

concile, où devait se résoudre enfin ^ avec plus d'éclal et d'auiorité, rimportune et funeste contes- I lation des honneurs accordés ou refusés aux images (1)-

V. On n'avait pas vu sans étonneraent Irène siéger elle-même dans ce concile, comme avait fait, trois siècles auparavant, Pulchérîe dans le concile de Chalcédoine. Mais, si son influence s y était fait ressentir, on n'avait pas eu sujet de la regretter; la décision du concile avait pleinement répondu à Taitente des plus éclairés et des plus sages chrétiens ; elle condamnait l'exclusion des images, demandait pour elles un culte d'honneur (2) , et défendait toutefois d'étendre ce culte jusqu'à la vraie

sYait ÎBsuUé les éTÈcftieâ. Elle fut cassée , mais od ne laissa pis d'ôter le concile de Constantmopk.

(I) Le concile de Nicée fut convoqué cd 787, et ce fut la mtm$ année, comme od l'apprend d'Ëginhard , qu'eut lieu la descente d'Âdalgbe eu Calabr e » laquelle ne vint qu'après la rtip* liir« du mariage de Rotrude , comme on le voit encore danâ cfit annaliste- J'en fais la remarque , parce qu'un bistorien « d'ailleurs fort judicieus, a avancé que la meilleure intellîgenee régnait au temps du concile de Nicée , entre Irène et Charles , â* léguant même, en preuve de ce bon accord, quê€efutà|ï^|n^ l'époque du traité de mariage entre la ftlle de Gbarles et le Ûla d'Irène. Cette méprise n'a pas seulement le fâcbeuit effet d6 troubler Fenchatuement naturel de§ événemens^ mais encotQ d'empêcher de voir et de bien juger les motifâ qai déiermuiÈ* rent la condaite de Timpératrice et du roi .

(â) HoNottARUM aioTationem.

idoration (1) , qui n'appartient qu'à Dieu BBuh Cependant, par un étrange concours de circonsmces assez équivoques, et dont on n*a jamais bien lémêlé le nœud , quand les actes de ce concile par* rinrent en France , on n*y retrouva plus la même doctrine. Le texte en avait été léméraîrement al* téré , et au lieu du cuite imparfait accordé par eux aux saintes images, ces fausses copies, au con^ tvmre , mennçaient d'anathème quiconque ne ren^ drait pas aux saints et à leurs images les mêmes honunages et la même adoration qu'à la Trinidé (2).

VL Charles , dont l'hérésie des Grecs avait si ^'inerveilleusement servi Tambition , n'eût peut-être pas regretté qu'ils continuassent de s'y maintenir. La détermination d'Irène flattait à la vérité ses sentimens de chrétien, mais elle troublait ses combinaisons de roi et d'homme de guerre. Il y pourrait perdre à la fois le plus utile appui de sa domina-^ tion présente en Italie, et le plus favorable prétexte le la grandeur nouvelle où il prétendait. Mais, ^tôt qu'il eut vu les actes défîgiu^és qui lui avaient ^été envoyés de Constantînople , s'applaudissant et se rassurant, il crut que tous ses avantages lui demeureraient^ et que sans changer ni de moyens,

(1) Non tamen ad vbbam LATHiâM.

(2J Ut qui imaginibui sanctorDm Haut deifitm TriniiaHêermHum aui adorationem non impeadereut analhema jwiicor rentur.

86 mSTOIRG DES FRANCS,

ni de but, il lui suffirait de changer les termes de la censure/ et les formes secondaires de Faccusation. Les Grecs, selon lui, n'étaient "point rentrés dans le sein de ITÊglîse chrétienne : c Qu'avaient- » ilis fait , que de substituer à leur hérésie anté- » Heure une nouvelle et plus pernicieuse hérésie?

> Ils rejetaient, il est vrai, Terreur des iconoclas-

> tes; mais en mettant & la place une erreur mons- » trueuse et abominable, qui n'allait à rien moins » qu'à attaquer Tunité de Dieu. Tout à Theure ils 3 interdisaient dlionorer les saints; maintenant, » par un excès tout contraire et plus criminel, ils » en faisaient de$ dieux , et prescrivaient de les » adprer. Leur première doctrine les avait rame- » nés au judaïsme ; leur système actuel les rejetait

> au polythéisme : qu'ils restassent retranchés de 1 la communion des fidèles! ils n'avaient pas cessé » d'être faux chrétiens. i>

. YU. Ce fut Tavertissement, l'invitation, le signal; toute l'église des Gaules répéta à Tenvi ce langage, car on n'y connut longtemps que les faux actes malicieusement attribués au concile de Nicée. Les évoques francs, et encore plus ceux de la Germanie, à qui Fespril grossier et superstitieux de leur peuple inspirait de trop légitimes sollicitudes, effrayés de l'insurmontable penchant qui le rappelait toujours, naalgré leurjs ^exhortations, aux crédutes pratiques de l'idolâtrie, sans approuver las propositions extrêmes et répréhensibles des Iconoclastes, n'admet-

U¥RE ÏVm (751-800), 8»

taient qu'aTec une sage discrétion cependant les maximes quelquefois trop étendues de leurs adversaires. Us craigaaient , non sans raison, que des hommes si ignorans et si mal affermis dans leurs nouvelles croyances , ne comprissent malaisément la distinction délicate du culte dessaints et de Dieu, et qu'entraînés par leur^ souvenirs, séduits et trom^ p& par la dangereuse ressemblance des formes, ils ne se fissent bientôt de chaque saint un dieu , de chaque simulacre une idole. Ces évêques, d'ailleurs, s'offensaient que le concile» où ils n^a valent pas été pelés, eût pris ambitieusement le litre d'oecmnéique et d'universel, comme si TÉglise des Gaules n'eût pas été de l'Église , on qu'on eût prévu leur dissentiment et qu'on eût eu dessein de leur impo* ser par le caractère apparent d'un décret plus ^ave 0t d'une autorité plus considérable.

VIIL Charles alors, encouragé doublement par le zèle de la religion et par Tîntérét de sa puissance, ^oyant travailler à la conservation de la vraie foi, mi même temps qu'il entretiendrait , au détriment des Grecs et dlrène , Tesprit de méfiance et de répulsion qui était encore son plus favorable auxï-^ liah'e en Italie, Charles fit publier quatre livres où fécrivain avait longuement et confusément assem-; blé toutes les objections , tous les témoignages qui ie pouvaient alléguer contre le concile et son erreur supposée. Il fit même plus , et pour donnoF à ces livres plus d'influence encore et d'autorité ^ il per*

mit OU ordonna d'y mettre son nom , voulant &ire voir qu'il les adoptait, laissant douter s'ils «'âaient pas son ouvrage.

IX. C'était peut-être beaucoup; cela ne suffît pas néanmoins à son ambition ou à son zèle. De graves^ et difficiles pensées agitaient profondément cet esprit qui, tendant de plus en plus au but déjà prochain où il aspirait, eût souffert malaisément et moins que jamais, qu'on l'en détournât II lui importait, d'un intérêt chaque jour plus vif, de prolonger lexclusion religieuse des Grecs , et de Eure mieux éclater leur constante et opiniâtre hétérodoxie. Aussi , quand le concile de Francfort s'assembla, eûtron de probables motifs d'affirmer qu'on ne l'appelait que pour balancer celui de Nicée, et que la condamnation des doctrines de ce concile était bien plus encore que celle de l'hérésie d'Urgel et de Tolède , l'objet essentiel de sa convocalion. Et, en eflfet, elles lui fiirent déférées : on représenta d'un côté, au nouveau concile, les actes faux que Charles avait reçus de Constantinople, et les livres qu'il avait fait écrire pour les réfuter ; on produisit de l'autre des actes contraires envoyés de Rome, par Adrien , et où ne se retrouvait aucune trace des téméraires décisions dont le concile de Nicée était si violemment accusé. Plus de trois cents évêques assistaient à cette imposante délibération; tous ceux de la Gaule, de la Lombardie, de la Germanie; plusieurs de l'Espagne et de l'Angleterre. Des dé-

LlVUE XVIU ^71-800); * 8ff

légués du pape y étaient aussi, les évêques Etienne et Théophilacte ; cependant^ chose qui étonnç et confond, les actes apportés de Home furent réputés inexacts ; on n'admit pour vrais que ceux qui étaient venus de Constantinople. On ne put consentir à se dépouiller d*uno conviction déjà ancienne, souvent exprimée, et contre laquelle, dans un si long espace de temps, ne s'était élevé aucune contradiction. On croyait depuis six ans à la réalité des erreurs imputées au concile grée; on continua d'y croire, et, cette opinion prévalant, la condamna* tion devenait juste, utile, infaillible : le concile de Francfort condamna celui de Nicée , et Ton vit ce déplorable spectacle d'une grande assemblée d'hommes gi'aves, prononçant avec appareil, contre une autre grande assemblée, une rigoureuse sentence d'improbation, qui n'avait pour fondement qu'une naisérable eri'cur de fait-

X, Charles remportait; il lui restait cependant un dernier succès à poursuivre : il fallait que le pape approuvât les décisions de Francfort; il fallait surtout que ces décisions eussent leur effet, et secondassent , comme il l'avait prétendu , les secrètes espérances de sa politique. Les empereurs grecs, longtemps obstinés dans leur aversion pour la religion des images, avaient été , au grand avantage des princes francs , déclarés et maintenus hérétiques par les prédécesseurs d'Adrien. Mais séparés aujourd'hui des iconoclastes, ils étaient naturelle-

ment relevés de cette excommunicatioB. fl ne pou* Tait plus être question de la con&rmer yoQP h mâme cause; seulement, importante, comme élie Tétait^ et nécessaire aux desseins de Charles, ils'ftgissait, la cause changée, de la changer ette-méoie et de la renouveler en l'abolissant; il s'agissait qu'Irène et son fils perdissent et reçussent en mènie temps le titre réprobateur qui les excluait de fltalie. Charles donc Tayant résolu, et voulant y obliger Adrien, lui envoya l'abbé de Salnt-Riqmtrf Ëngilbert, lequel était de ses conseillers les pUtf

intimes et les plus habiles»

Xi. Mais Adrimi, quoi qu'il eût montré jusquelà beaucoup d'afiPection et de dévoûment peur la personne de Charles, ne pouvait céder si facilameiit sur des choses qui intéressaient au plus haut éd^ gré la religion, l'Eglise et sa .propre gloire, c»fl avait approuvé déjà et depuis longtems les actes du concile de Nicée. On ne devait guère espérer qu'il désavouât son approbation : il avait envoyé d'aâ^ leurs ces actes à Francfort, et il était peu vraîseinh biable qu'il consentit au reproche d'inexactitude, qui les avait fait rejeter : enfin si l'intérêt du im franc J'abusait, si l'erreur de son zèle l'engageait a prolonger imprudemment les divisions de l'E^e, c'était, au contraire, un rigoui'eux devoir pour le pape de l'en dissuader, de saisir avec ^o^ipresee» ment l'occasion ofiferte et d'étouffer précipitamment ces pernicieuses divisions.

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PMsfié fthisi entre tant de nécessités opposées, Jaloux d'afiftiserrorgueil et Tambition du roi franc, impatient d'assurer la réconciliation de Fempereur grec, porté, par sa conviction, à de justes témoignages de déférence pour les évêques qui avaient •i^ à Nicée, excité par sa modération et par sa prudence à des ménagemens analogues envers l^e concile de Francfort, Adrien, pour satisfeire à tou$ ces devoirs, prit la salutaire résolution d^éluder, de iBinporiser, d'opposer gi*aduellement aux passions qui se soulevaient l'autorité ferme , mais patiente, de la vérité et de la raison. Ëngilbert le sollicitait iniUiiement; le sage pontife persista. Quelque tems écoulé, il composa un écrit, où, non content ^e jus^ tifîer le concile de Nicée, il réfutait librement, quoi gue sans aigreur, les livres moins mesurés et moins graves qu'avait fait faire le roi pour attaquer ce Concile. Ensuite l'irrilation s apaisant, et la disposition des esprits paraissant déjà moins défavorable, il ne craignit point d'adresser cet écrit à Charles, et un peu plus tard, osant davantage, il le publia.

Xn. C'était le premier refuiSf qu'il eût jamais es- ^jé envers ce prince ; ce fut aussi comme la der- HÎèro adioa de sa vie. Quelques mois passèrent à peine, et il s'éteignit, après un long et glorieux pontificat de vingt-trois ans (1). Charles, dont ila^^si

(4; Adfien avait été élu eu 772, $1 mourut an mois de décembre 795.

fidèlement servi les desseins autrefois, Teût peut-être plus sincèrement regretté avant rUiutile et fâcheux débat des deux Conciles, Car, à le voir agir mainitiuant, à voir cette généreuse et persistante iInpa^ tialîté, on pouvait déjà pressentir quelles difficulté il solde verait» si le jour venait d'attenter de nouveau à la puissance d'iiène et de Constantin. Tant de dé' goûts et de reproches bravés pour la réconciliation de TEglise grecque montraient clairement ce quil eût entrepris pour éviter de la rompre* Il eût craint infailliblement que le partage de Tempire renouvelai celui de TEgUse* et eût détourné ce péril où pou* valent se perdre à la fois Tunité du Cluistianisme et la suprématie du siège de Rome.

XIIL Charles fut affligé cependant et sembla se complaire à le faire paraître : il multiplia les témoignages publics de sa douleur; il y mit, sinon de l'affectation, au moins de Téclat et du faste. Il ne parlait plus d'Adrien qu'avec le langage d'une profonde vénération et d'une tendresse sans mesure. « C'était son plus cher ami, son plus ferme sou- » tien, son guide, son père (I); cette mon l'avait * consterné; celte perte le plongeait dans une in* I» surmontable tristesse ; son cœur, douloureuse-

(1) Amicurn noBtrum caris si mu m... Dilectîssimi patris, et Me- Ibsimi amicî... PaLri nieo duLdssimo.^. (Eplst* ad Orfam.reg. Mec. — Epiât, ad Leotiem llï papam.) Ta mihi dukis amoTi ta moda pi a D go pater. (Epîtaph. Hadr.)

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