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leur. Ils prononcèrent la mort; mais ce qui leur était interdit, lofifensé le pouvait vouloir, le prince temporel le pouvait estimer utile, le pontife le devait peut-être à sa piété, à sa dignité, à sa gloire. Léon satisfît chrétiennement à ce religieux et noble devoir; il sollicita la miséricorde de Charles, et ce prince laissant désarmer sa justice, consentit qu'on épargnât la vie des condamnés (1), et qu'ils Tallassent finir dans les chagrins de Texil. Heureux encore dans leur crime, favorisés dans Fadversité qui les accablait, la France fut l'asile qu'on leur assigna.
Ln. Mais ce n'était déjà plus comme roi que Charles faisait cette grâce. L'événement, si lentement préparé, s'était accompli. Qu'eussent attendu les Romains ? ce prince n'était-il pas assez grand f l'étaît-S si peu, pour le retenir encore au rang subordonné de patrice? Se complaisaient-ils dansl'apbaissement de leur ville? quel temps plus favorable auraient-ils pour la rétablir dans sa dignité et dans sa splendeur? que leur importait l'Orient? les lois de l'empire n'y étaienfr^llespas renversées? ne vott* laieut-îls d'empereur qu'Irène; reconnaissaientrils la majesté des Césars, au front d'une fenameî A
(2) Ce fut Charlemagne , en effet , et non le pape , qui fit gfâce. < Le pape, touché d'ane teadre pitié » intercéda poar ««x • «uptès de rempereoTi et la yie et Vintégiité dOtm^mwbf^Ê i leur furent cosseryéei* i (Bgiahw di imAw*}
son tour, Léon, quels ménagemens devait-il aux Grecs, qui n'aspiraient qu'à le dépouiller? quels respects à Constaniinople , qui l'avait repoussé quand il l'implorait? quel appui pouvait-il espérer, que des Francs? quels refus lui étaient permis^ après tant de bienfaits reçus? quels gages de reconnaissance ofifrirait-il à son protecteur? quel autre présent avait-il à faire à un si grand roi?
Tout s'y disposait : Léon Favait résolu; les nobles de Rome ne formaient point d'autre vœu; le peuple pressentait ce changement et applaudissait. Charles feignait, croyant ou plus glorieux, ou plus sûr de recevoir que de rechercher, et d'être contraint, que de contraindre. Il était maître, et pouvait prescrire; mais le peuple et l'armée proclamaient les empereurs autrefois, et prétendant à leur titre, il le voulait égal et pareil au leur. Le jourde la nativité arriva; ce jour-là, Charles, convié par le pape, s'était rendu en granà appareil dans l'église de Saint-Pierre, pour assister aux offices. Une foule immense s'agitait sous les longues voûtes de la basilique; la messe était achevée, les chants continuaient , Charles priait encore aux marches de l'autel du saint apôtre; tout à coup Léon s'approchant, dépose sur la tête du prince la glorieuse couronne des empereurs. A ce spectacle, le peuple s'émeut, d'unanimes acclamations retentissent, il se forme de toutes ces voix une seule voix, solennelle, profonde, éclatante; c'est l'antique Rome qui se relève, après un silence de trois siè-
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^les (i), criant : « y le et victoire à Charles-Auguste, » couronné de Dieu, grand et pacifique empereur > des Romains ! « En même temps, Léon se prosternait sur le marbre, aux pieds du roi Franc, et lui rendait riioinmage, ou plutôt, ainsi qu'ils disaient, les adorations (2) que la coutume des anciens temps exigeait pour les empeieurs. Bientôt, on apporte les vêtemcns somptueux dont ils se couvraient; Charles les reçoit, et s*enveloppant de leur pourpre, le front paré do leur laurier- d'or, il retourne leatement de la basilique au palais, à travers des flots de soldats, de clercs et de peuple, pressés et inclinés devant lui. Rome n'avait plus de patrice; elle saluait un empereur d*occident.
LIIL Dès le même soir, Charles fit apporter à rheureusc église où s'était consommée l'œuvre de sa grandeur d'abondantes et magnifiques offrandes; des vases d'or, des tables d'argent, un livre d'évangile charge d'or et de pierreries^ une grande croix d'or tout incrustée d'hyacinthes. Les filles de Charles s'associèrent elles-mêmes à ces fastueuses libéralités; elles envoyèrent des coupes d'argent, de riches calices, une couronne d'or d'un poids
(1) 1! y avait 3-21 ans; c'était en 476 qn'Odoacre avait ranYersé Auguistule.
(2) C'était rcxpresâioû coosacrée; Ions les chrooiqueurs !a répètent, les écrivaios de TËgLise n'eu emploient point d'aulrc. t II fui ûdorC par le pontife, suivant la cgntiime des ancîeas pxmc 9s , > (E gi abârd , A unalee .)
4S0 mSTOIRE DES FRANCS,
inoiii (1), où resplendissaient les pierres les plus précieuses. La gratitude de la royale maison était profonde et impatiente, et se déclarait avec un empressement et par des moyens qui, en témoignant de sa joie, révèlent aussi quelque prévoyance (2).
LIY. Charles, cependant, avait affecté de h surprise, et, maintenant, il exprimait des regrets (5); inutile et condamnable dissimulation^ qui ne devait tromper ni les Romains, ni les Grecs, et qui abaissait sa gloire^ bien loin de la rehausser. Qui Feût voulu croire que le pape eût eu la témérité de feire à ce prince une si dangereuse violence, et de l'engager, malgré lui, dans une entreprise qui lui pou^ rait susciter tant d'embarras et de guerres ? Qu'importait d'ailleurs à ces Grecs , dont il eût voulu
(1) Anastase prétend qu'eUe pesait deux cents Uvres : on hésitera peut-être à le croire.
(2j Charles, qui avait envoyé tout récemment de si riches dons à Rome» après la défaite des Awares , eu aurait-il fait encore de si magnifiques , sans l'occasion extraordinaire de son élévation à l'empire? Ils étaient préparés cependant, puisqu'ils furent faits le jour même : Charles en prévoyait donc l'occasion. J'emprunte cette observation à M. Gaillard.
(3) « Il était d'abord si loin de désirer celte dignité . qu'il as-
> surait que, quoique le jour où on la lui conféra fût une des » principales fêtes de l'année, il ne serait pas entré dans l'église
> s'il eût pu soupçonner le dessein du souverain pontife. < (Egi* » nhard, Vie de Charl.)— « Il proclama ce prince, qui n'en soup- » çonnaitrien, empereur et défenseur de l'Église romaine. Char-
> les ne put refuser ce litre , parce qu'il le regardait comme lui
> étant conféré par la volonté de Dieu; mais il le recul à regret. » (Le moine de Sainl-Gall.)
Mézeray adopte docilement ces improbables récits , et il fait à
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modérer les ressemimens^ de quelle façon il avait été fait empereur, puisqu'après tout il Tétaiiî quand il ne le serait pas devenu par sa volonté, ne sa maintenait"il pas, et par elle?
D'où venait tant de confiance et d'élévation? L'habileté de ce prince, ses conquêtes et sa renommée y avaient contribué puissamment; elles n'au* raient pas suftî néanmoins : il avait fallu de plus la mort d'Adrien, la chûle de l'empereur Grec, l'usurpation d'Irène, la déposition momentanée de Léon. Irène, moins menacée, aurait menacé, et Charles, qui reculait devant la conquête de Naples et de la Calabre, serait demeuré incertain; il est douteux qu'Adrien, qui avait si laborieusement préparé la réconciliation de l'Église grecque, eût consenti à
ce propos deux supposUions ^ i'iine , que Charlemagne estimait sans dou(â le lilre de roi plus élevé que celui d'empereur \ TauitBf que ce prineep animé don grand esprit de jusliee^ répugnait peut-être à emplôLer sur les privilèges du gouvernemeût grec. Bien de tout cela ne me §emble juste: le monde était encore plôin de la grandeur de rempîre et do la majesté de ses princes^ H n'y avait point de roi qni songeât seulement que sa dignité pût être égale à celle des empereurs^ d plus forte raison supérieure: les empereurs avalent trop longtemps commandé aux rois. D'un autre côté, ce prîoce^ qui n'avait pas craint d'arracher aux empereurs de 51 grandes parties de leurs posBessions , serail^jt deveuu tout-à-coup si serupuleuK que de D*oser partager leurs titres? Encore s'il y eût eu uu véritable et légitime empereur à ConstanliDOplê; mais c'était Irène. Merveilleux scrupule den'o. ser usurper sur une femme qui avait usurpé! Ne s'agissait -il pas d'ailleurs de ntaliOi où Cliarles affectait déjîï la domination ; D'élail-il pas qu es Lion de Home , qui ne croyait point légitime qu'elle fût sujette de Conslantinople t Le droit de rOccident était, à ses ycintf d'avoir gga empereur comme rOrlent*
favoriser ce dessein; il eût craint, et avec raison, que le partage absolu de l'empire renouvelât celui de Féglise; Léon lui-même n'eût pas conféré Fempire, mais il ne put l'éviter, et sa propre conservation l'y obligeait. Et voilà pourquoi les grandes choses sont grandes : elles demandent trop d'aide et trop de concours ; elles s'engendrent difficilement , et le génie lui-même y est impuissant, s'il est seul.
FIN pu DIX-HUITIÈMn LIVRE.