‹ Histoire des FrancsChapitre 103 sur 214 · LIVRE IX · texte numérisé non relu

LIVRE IX

Batbilde réussit à les aplanir (1). Les dissoistons s'apaisèrent, et Childéric à son tour fut proclamé roi» On lui donna pour guide Wlfoald^ deyenu maire du palais. On consentit même qu'Imnichilde , la veuve du roi Sigebert , le suivit à Metz; car on n'avait pas encore découvert que son 61s vivait, et elle était naturellement Tennemie de la faction des Pépin. Elle avait eu d'ailleurs une Glle après la naissance de Dagobert. Il pouvait arriver qu'un jour cette fille plût à Childéric. On dut croire que cette espérance , qui en effet ne fut point trompée , inspirerait à Imnichilde de l'affection pour le jeune roi.

L'empire des Francs fut donc de nouveau partagé. Chlotaire et Childéric eurent chacun^ leur royaume. Mais il restait un troisième prince , et celui-là fut exclu. Quelle en fut la cause? Il ne faut point la cher* cher dans l'âge de Théodoric ; car ses frères n'étaient guère moins jeunes que lui. De plus importantes considérations déterminèrent Bathilde et ses leudes. Ce n'était plus comme après le grand Chlovis et après Chlotaire h^. Il ne se faisait plus autant de lots qu'il y avait de princes ; on n'appelait qu'autant de princes qu'il y avait de lots. Ceux-ci étaient mesurés maintenant et fixés; ils ne se subdivisaient plus. Le sentiment des intérêts politiques avait fait de grands progrès depuis le temps de Chlotaire II. Pendant que l'Austra-

(i) Austrasii quoque, pacifico ordine, faciente domina Bathilde per

consilium qaidem seniorum, Teceperunt filiam ejus Cbildericum, etc

{Vitasanet^ Bathildis.)

sie , terre toute germaine , tendait de plus en plus à rester sépai^e de la Neustrie et de la Bourgogne , celles-ci à leur tour comprenaient mieux la nécessite de ne plus rompre le lien qui les unissait. C'était le seul moyen qui leur fût laissé de balancer désormais la puissance de TAustrasie , dont le territoire n'était pas moins étendu que le leur , et qui l'emportait , sinon par Iç courage , au moins par la stature , la force^ la férocité des nombreux soldats que lui fournissaient ses provinces et ses tributaires de la rive droite du Rbin. On imitait ce qu'avait déjà essayé Brunehault, à la mort de Théodoric de Bourgogne , quand des quatre fils de ce prince elle ne déclara roi que l'aîné. On faisait fléchir , en la conservant , la pernicieuse loi de l'hérédité collective. Le principe d'^alité, qui en faisait le péril , se modifiait. On maintenait encore que les fils seuls devaient succéder ; on ne demandait déjà plus que tous les fils succédassent. On donnait des limites au partage, en attendant qu'il devint possible de l'abolir.

Ces difficiles arrangemens étaient à peine conclus > quand arriva la mort d'Ërchinoald ; perte fatale*; On n y regretta que ce qu'elle ôtait ; il y fallait déplorer plutôt ce qu'elle allait amener. Au lieu de la modération, du désintéressement, de rhabileté, vinrent la fraude , la témérité, la soif de l'or et du sang. Au lieu d'Erchinoald , se leva un homme grand , puissant , terrible ; grand par letendue de ses desseins , puissant par l'audace de sa volonté, terrible parle nombre et la promptitude de ses vengeances; foulant du même

-dédain les grands et les peuples ; suscitant, délaissant , élevant , efTaçaut les rois ; ne les servant point, mais se servant d'eux ; homme d'enlrepri^e , de vice et de crime; homme de trahison et de meurtre; homme de malheur , homme de ruine : cet homme était Ebroin.

Les leudes avaient été d^abord incertains. Peutêtre s'en trouvait-il parmi eux qui eussent voulu dés ce temps fan*e échoir la dignité de maire du palais à Leudésîe , fils d'Erchinoald ; mais leurs irrésolutions cédèrent aux artifices d'Ëbroïn , et ce fut à lui qu'ils commirent la fortune de la Bourgogne et de la Neustrie. Ils tardèrent peu à reconnaître et à regretter leur imprudence; car le nouveau maire, quoique retenu par l'ascendant de la reine , ne pouvait pas entièrement déguiser les impatiences de son ambition et de son orgueil. Toutefois Bathilde, tant qu'elle garda son autorité , réussit à entretenir une profonde paix dans l'Etat. De généreuses actions firent même éclater alors la prévoyante équité du gouvernement. II y avait un cens établi, que devait indistinctement toute personne née de race gauloise. C'était une charge pesante, humiliante, plus nuisible qu'avantageuse à TEtat. Car elle rendait les mariages plus rares, et réduisait quelquefois les pauvres à vendre , ou même à exposer leurs enfans. Elle perpétuait d'ailleurs la séparation des deux peuples, chose injuste^ imprudente piéme, et à laquelle ne contribuaient que trop les lots civiles et les lois pénales. Bathilde abolit cet impôt. Elle fit plus , elle racheta les enfans que de malheu-

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