LIVRE IX (670-673). 3 H
dayantage , et Ton ne se borna plus à ne pas servir. A ebaqûe mouvement de l'armée des leudes, elle grossissait ; à chaque moment se réduisait celle de "Théojdoric. Elle s'épuisait et se dissipait par degrés , sans combat, sans fortune de guerre, sans défaite. Cet Ebroîn si puissant naguère et si redouté, on n'en redoutait plus maintenant que la chute , et Ton se hâtait pour ne pas tomber avec lui. On le reniait, on Fabandonnait. Le moment venait de montrer enfin cette force à qui s'était tant fié son orgueil , et cet orgueil s'irritah en vain; aucun dévouement n'obéissait plus. Un jour encore et il se trouva que le malheureux était seul. Il voulait fuir ; cette triste et extrême ressource ne lui avait pas elle-même été laissée. Entouré, poursuivi, exposé à d'incroyables périls, ce fut à peine s'il put atteindre Téglise voisine et se réfu- * gîer au pied de l'autel.
Les leudes agitèrent quel châtiment ils lui devaient infliger. Plusieurs demandaient avec chaleur qu'on le fit mourir. Mais Léodgar, son plus opiniâtre ennemi ,sollicita généreusement leur pitié. Il obtînt d'eux qu'ils épargnassent sa vie, et que, modérant leur vengeance , ils se contentassent de lui ôter ses richesses , el de l'enfermer dans l'abbaye de Luxeuil. Léodgar ne prévoyait pas comment il devait être récompensé un jour de sa louable modération. Childéric ordonna qu'on lui amenât son frère. On le conduisit devant lui déjà dégradé et dépouillé de sa chevelure. « Parle » sans crainte , lui dit Childéric , et explique ce que » lu souhaites qu'on fasse de toi. — Je n'ai qu'un