‹ Histoire des FrancsChapitre 113 sur 214 · LIVRE IX (070-673). , ' 2S · texte numérisé non relu

LIVRE IX (070-673). , ' 2S

l^enL Toutefois les haines étaient si profondes con-* treËbroîn, les peuples étaient tellement fatigués de son orgueil , de ses exactions , de ses cruautés , qu'il eût été insensé de croire que cette épreuve lui pût être favorable.

Craignant donc de s'y exposer, et ne voulant point cependant perdre sa puissance , il prit l'audacieuse résolution de se maintenir par sa seule force et de dé^ daigner ces suffrages qu'on se préparait à lui disputer. Le dessein était grand , mais doublement hasardeux : car c'était peu de l'élection du maire ; il y avait de plus la reconnaissance et l'inauguration de Théodoric. Et quand les leudes seraient assemblés pour l'exercice de ce dernier droit , il serait bien tard pour les dissuader de réclamer l'autre. On le$ devait refuser bu souffrir tous deux ; il n'y avait point d'autre choix. Ëbroïn choisit le refus. Seul, il avait appelé Théo* doric, et seul il le proclama. Théodoric à son tour l'avait déclaré maire du palais, et il n'attendit rien de plus. Les leudes s'empressaient cependant , et ils ac-« couraient, convoqués, s'il faut dire ainsi, par la mort même de Chlotaire. Mais Ebroîn, étendant cette fois à ceux de la Neustrie l'exclusion qu'il n'avait encore essayée que sur la Bourgogne, leur 6t apporter à tous l'ordre formel de rétrograder. Ainsi se fût effacé le plus antique usage de la monarchie des Francs.

Ebroin avait trop compté sur leur patience. Ils tremblaient, il est vrai, devant lui; mais quelque vives que fussent leurs craintes , la honte enfin et les ressentimens l'emportèrent. Ces mêmes leudes à

qui fat signifiée de sa part finsolente défense de venir en la présence du roi, révoltés de cet ^va* hissement de pouvoir et de cette offense , se rassemblèrent aussitôt en un autre lieu, et délibérer rent. On ne voulait plus d'oppression ; on ne respirait que vengeance. Ce prince , qui leur était abusivement imposé, ils Peussent proclamé sans contradiction. Mais il était maintenant dans la dépendance de leur ennemi ; il le fallait renverser, afin de renverser Ebrom. Ce prince n'était pas le seul de sa race. Il en était un second qui pouvait être appelé , et qui, déjà maître de TAustrasie, leur fournirait d'abondans secours. La. détermination fut prompte et presque'unanime. Ceux que. la peur d'Ëbroïn faisait hésiter, une peur plus forte et plus prochaine les persuada. Les passions s^étaient tellement animées qu'il y allait de la vie à leur vouloir résister.

On alla donc , et Toa offrit cette seconde couronne au roi d'Austrasie. Childéric ne refusa point; Wlfoald promit une armée; tout favorisait les desseins des confédérés. Mais il fallait des actions qui y répondissent ; elles ne se firent pas attendre long-temps. On courut aux armes; on proclama Childéric; on cria lùalédiction au traître Ebroîn. L'impulsion fut profonde et irrésistible ; ce flot de colère et de révolte s'étendit en un même jour de l'un à l'aulre bout de là IVeustrie et de la Bourgogne. Nulle part on ne résistait; partout Ton encourageait ou l'on secondait le soulèvement. L'étonnement et l'incertitude retenaient les amis d'Ebroïn dans une fatale inaction. Bientôt on fit

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