LIVRE X
CHilPITRE PREMIER.
LEODGÂR (672). (1)^
La France était donc encore , et pour là cinquième fois, réunie. Mais cette réunion toute fortuite, et bien différente de celles qui avaient précédé , nëtait pas le but des efforts qui l'ayaient pourtant amenée. Ce n'étaient plus des princes guerriers se dépouillant Tun Tautre à Tenvi , aGn de régner sur de plus vastes Etats» Ce n'était pas non plus que les leudes , préoc*cupés- de Taffaiblisseraent de Tempire, eussent moins de penchant qu'autrefois à eit perpéluitt* la division. Les princes , instrumens oisifs d'une ambition qu'ils nëprouvaient pas , n'étaient appelés à ces jeux de la politique y que pour rendre ou recevoir les couronnes acquises ou perdues sans eux. Théodoric tombait avec lia faction d'Ebroîn; Childéric s'élevait avec. la faction de Léodgar. La querelle n'était pas entre» les deux princes , mais entre lés deux factions. La réu-^ nion se formait , non pour elle-même , mais parce qu'elle était l'effet nécessaire de la substitution dç prince à laquelle avait eu forcément recours la faction qui avait triomphé.
(i) Sanctiis Leodegarius. — - Cest son. vrai nom. On lui donne cepso.dant celui de Léger. D'où vient cela ?
Ce triomphe , comme il arrive toujours , fut suivi de vengeances , de réparations , de concessions , de promesses. On dépouilla et on exila; on retint les commandemens et les dignités ; on dicta au prince les conditions de son règne. Ceux qui avaient servi la fortune d'Ebroîn furent chassés; Léodgar, dédaignant soii titre , prit néanmoins sa puissance (1); les leudes, se ressouvenant des faveurs arrachées à Chlotaire II , n'eurent garde de consentir qu^un événement de même nature n'eût pas pour eux des avantages pareils. On fit des décrets pour éviter désormais
(i) Ursin, abbé d'an monastère du Poitou, a écrit une vie de salât Léodgar,.dans laquelle il dit qvtp cet évêque eut la dîg^nité de maire du palais.
Dans celle qu*a écrite le moine de Saint-Symphoricn, il est dit seulement que ChildéHc retint saint Léodg^ar auprès de lui, à cause de la su- |)ériorité de ses lumières et de sa sagesse.
Ces deux auteurs sont contemporains de Léodgar ; mais je crois le moine, qui vivait dans la. ville même d'Autun, mieux informé de ce qui concernait l'évêque de cette ville, que l'abbé, qui passait sa vie dans le Poitou.
Je ne concevrais pas, si Léodgar était devenu maire du palais, dignité si considérable*, que le moine d'Autun, son panégyriste, eût négligé de le dire.
Quelques' historiens ont nié que là chose eût été possible , parce que Léodgar était évéque, et que les maires avaient le commandement des armées. Je ne sais pas si l'obstacle eût été bien insurmontable en un temps si voisin de celui où l'on avait vu les évêqnes de Gap et d'Embrun se mêler eux-mêmes aux combattans dans une bataille contre les Lombards ; en un temps où Désiré/ évêque de Gbâlons, partageait, avec le duc de Champagne Vaimer , le commandement de l'armée qui faisait le siège d'Autun. D'ailleurs les maires du palais pouvaient commander les armées ; mais ils pouvaient aussi en déléguer le' commandement.
Je crois le silence du moine de Saint-Sympborien beaucoup plus concluant.