LIVRE X (673-679). . 2M
Les conjonctures n'étaient plus alors si défavorables* Les premiers spoliateurs de Dagobert avaient eux-mêmes été dépouillés. Grimoald avait subi le
juste châtiment de sa trahison. Chlovis II était aussi dans la tombe. Cbildéric, déjà rappelé de TAustrasie,avait obtenu deux autres royaumes. Sa femme était Bilichilde, sœur de Dagobert. Imnichilde enGn, dont il écoutait les avis avec déférence, était la mère du jeune prince, et continuait d'ailleurs d'habiter le palais de Metz* Il était naturel d'espérer qu'elle ne repousse-» rait pas son Gis. Wilfrid jugea qu'on pouvait tenter le retour.
Sa conGance ne fut ni pleinement tromptée ni plen Bcmenl satisfaite. La subite apparition de Dagobert excita un profond élonnement dans les trois royaumes* Cependant il ne resta aucun doute ; on ne refusa point de le reconnaître; il n^eut à subir ni les humiliations Ht les. violences que son étrange fortune lui avait fait craindre. Mais l'ambition de Childéric se serait difficilement résignée à la restitution d'un royaume. De son côté, la faction des Pépin ne se serait pas remise si promptement et sans résistance, en la puissance d'un prince qu'elle avait trahi, et dont elle eût re« douté les ressentimens. II fallut imaginer un moyen de conciliation et de paix. Sans accepter ni repousser entièrement Dagobert, sans retenir ni lui rendre non plus son royaume, on lui en concéda une mince part. Il obtint l'Alsace et quelques autres possessions le long de la rive droite du Rhin. On lui permit le titre de roi ; mais non la puissance.
' Que pouvait Dagobert sans trésors, sans alliés, sans armée? Que pouvait-il:, n'ayant que son droit? 11 ne se révolta point contre ces injustes conditions, et ne tarda guère à reconnaître qu'il avait bien fait de consulter la prudence plus que la fierté. Car il éclata de graves événcmens en Neustrie, qui lui aidèrent bientôt à se relever de l'abaissement où on le voulait retenir. Childérîc ne régnait plus ; Théodoric régnait de nouveau ; une affreuse confusion désolait Tempire, et Dagobert, de celte étroite portion de l'Austrasie, dont on lui avait fait bien moins un apanage qu'un second exil, puissant de son droit pendant l'impuissance momentanée de ses concurrens, se concilia des amis, réveilla la fidélité des peuples, imposa à la faction des Pépin, ressaisit l'héritage entier de son père^ Cette faible part où on entendait le réduire, c'était par elle qu'il recouvrait tout ce qui lui avait été refusé. Ce partage dérisoire et inaperçu ramenait de nouveau l'ancien et véritable partage des royaumes.
Une autre faveur lui était encore réservée : il allait avoir l'occasion de s'acquitter envers son libérateur. Alfred, le protecteur de Wilfrîd, était né d'une concubine d'Oswy . Son père, qui l'aimait d'une excessive tendresse , avait partagé, vivant encore, le Norihumberland avec lui. Mais Oswy avait d'autres fils, nés après Alfred, d'une union légitime, et, quand il mourut, les peuples du Northumberland refusèrent de reconnaître le partage. Alfred fut banni, et Egfrid régna. Ce prince ne pouvait guère avoir pour Wilfrîd la même bienveillance que son élève. Il le voyait avec