LIVRE X
que ceux qui, pendant la durée des troubles, auraient fait dommage à autrui, commis des violences, usurpé des biens qui ne leur appartenaient pas, ne pourraient être ni poursuivis en jugement , ni contraints de res-* tituer. Etrange amnistie que s^accordaient k euxmêmes les coupables ; premier exemple dans notre histoire de cet acte, habile quand il est sincère, qui soulage le présent du poids , quelquefois accablant , du passé. «
Mais bientôt les violences reprirent leur cours. C'était comme une inéjpuisable succession de spoliations , d'exils et de meurtres. Les premières craintes et les premières cruautés d'ËbroIn s'étaient arrêtées à ses ennemis ; elles s'étendaient maintenant , et embrassaient Içs familles. 11 servait de peu d'avoir été paisible et indtlTérent ; on était coupable d'être le frère ou le ûls de ceux qui avaient résisté à son oppression. Il s'était vengé en frappant ceux-ci; il frappait les autres, de peur qu'ils ne . les. vengeassent. Les établissemens. religieux se ressentirent euxmêmes de sa cupidité, de ses méfiances^ de sa colère. Tous ceux qui favorisaient Léodgar en furent punis. Il y avait dans le nombre beaucoup.de monastères de femmes nobles; on les détruisit, et les premières d'entre ces femmes furent bannies.
Deux années passèrent ainsi. Ce terme arrivé, Ebroïn , victime et ennemi du roi Childéric , par une hypocrite ardeur de justice , se montra subitement animé du plus noble zèle contre les meurtriers de ce prince, et ne craignit pas , complice du crime, de le
poursuivre et de le punir. Sa principale espérance était que Liéodgar pourrait être enveloppé dans cette poursuite, et que Thorreur dW si énorme attentat faisant perdre au peuple sa vénération pour Tévêque, aucun obstacle n'empêcherait plus qu'il n'achevât sa vengeance.
Nul autre que lui ne Taurait pn croire incomplète. Après le supplice qu'il avait généreusement souffert pour raclieter sa ville d'Âutun, Léodgar, condamné à une irrémédiable cécité , avait été remis en la garde du duc de Champagne. Ensuite Ebroîn , n'osant encore lui ôter la vie, et le redoutant néanmoins malgré sa détresse, avait exigé de Waimer qu'ilJ'abandonnât dans une foret , qu'il répandit le bruit de sa mort , qu'il le supposât tombé et noyé par accident, au passage d'une rivière, qu'enBn, et pour mieux confirmer son imposture, il élevât à ce mort vivant un tombeau. Mais cette odieuse combinaison n'avait pas eu de succès, Léodgar, quoique aveugle et épuisé par la faim, après avoir long-temps erré dans la forêt, en avait miraculeusement retrouvé l'issue, et des pâtres Pavaient reconduit à Waimer. Celui-ci confondu , et bientôt touché, s'était mis à croire qu'une si merveilleuse délivrance ne pouvait venir que de l'assistance de Dieu. Bien loin de renouveler ses persécutions contre l'évêque , il l'avait pieusement recueilli dans sa maison , et p^r degrés, cédant à l'influence de ses conseils et de ses exemples, il avait pris de plus justes et plus charitables sentimesis.
Quand vint l'accusation contre les meurtriers du