‹ Histoire des FrancsChapitre 133 sur 214 · LIVRE X · texte numérisé non relu

LIVRE X

roi Childéric , Léodgar vivait paisiblement et obscurément dans un monastère où Waimer souffrait qu'il se tint cacbe. On Ten retira alors, et on Tamena devant une assemblée de leudes qu'Ëbro'm avait convoquée. Son frère, le comte Guérin, y fut aussi amené. Attaqués et menacés tous deux avec violence, la dédaigneuse fierté de Léodgar ne fléchit pas un instant. Il, exhortait Guérin au contraire, et le consolait, disant : « Ne te trouble pas, ô mon frère ; que sont les » maux passagers de la vie auprès du bonheur sans 9 fin promis aux justes qui auront souffert? Souffrons; » c'est une grâce de Dieu. Souffrons; nous sommes » débiteurs de la mort : acquittons-nous avec patience 9 et résignation, o Et 2i Ëbroïn , repoussant avec indignation se$ reproches : « Achève, lui disait-il ; mais 9 ne t'assure pas trop en toi-même. Par les efforts » que tu fais pour opprimer tous ceux qui habitent la « terre des Francs , tu te dégrades et te précipites de » ce haut rang où tn étais parvenu sans le mériter. » Mais si Léodgar était inflexible dans son abaissement et dans sa vertu , Ëbroïn Tétait à son tour dans son orgueil et dans sa puissance. Furieux , il fit entraîner Guérin hors du plaid, et donna ordre à ses serviteurs de le lapider. Plus cruel encore envers Léodgar, il lui refusa la faveur de mourir. Les supplices qu'il lui réservait ne devaient pas avoir une fin si prompte. Non content de Favoir privé de la vue, on lui mutila de nouveau les joues , les lèvres et la langue ; on le contraignit de marcher long-temps, les pieds nus, au travers d'une piscine pavée de pierres tranchantes.

Ensuite od ie dépouilla de ses vêtemens <, et défiguré , sanglant , conservant à peine un reste de vie , ils le traînèrent par les places publiques, afin qu'il ne fût plus pour le peuple qu'un objet de mépris et de dégoût.

Mais il ne suffisait pas aux cruautés d'f)broin de ses ennemis. Ses partisans eurent leur tour, et la part qu'il leur fit ne fut point parcimonieuse. La mort, le bannissement, la confiscation leur furent libéralement répartis. Ayant assemblé un synode, il lui déféra plusieurs .évêques, et dans le nombre était celui de Châlons, ce même Désiré, qui ne l'avait que trop bien servi dans sa première vengeance contre Léodgar. Ces services étaient déjà effacés, et Ton eût dit Ebroîn condamné lui-même à faire justice des crimes commis pour lui. Les autres évêques furent seulement exilés ; mais celui que tant de souvenirs protégeaient, qui avait été si inexorable envers Léodgar, qui avait fait tomber en la puissance d'Ebroin son plus redoutable ennemi, ne trouvant non plus, son jour arrivé, ni refuge, ni miséricorde, fut excommunié, rasé, exilé, enfin misa mort.. Une récompense pareille était réservée à Waimer. Ebroîn , pendant qu'il le croyait encore dévoué à ses intérêts, l'avait abusivement élevé à l'épiscopat ; mais bientôt l'ayant soupçonné de relâchement ou de trahison, sans aucun égard ni pour son zèle passé , ni pour sa dignité présente , il le fit mourir de la mort la plus ignominieuse; il le fit pendre.

Les haines d'Ebroïq avalent de courts intervalles

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