LIVRE XI
ajouta ses exhortations, et la promesse d'un fidèle appui. Ils cédèrent; ils prirent les armes ; ils se répandirent dans les provinces voisines de leur fron^tière, et firent, au grand avantage des IXeustriens, la plus prompte et plus opportune diversion.
Une autre alliance s'offrait aussi , non moins profiltable, et non moins facile. 'Radbod , doublement ennemi de TÂustrasie et de la famille de Pépin , ne pouvait guère manquer d'accueillir les propositions de ceu3ç qu il n'avait déjà que trop écoutés quand ils conspiraient la mort de Grimoald. Sa double défaite , son indépendance perdue, le tribut oublié et durement rétabli, tant dmjures si long-temps souffertes, tout le conviait à celte vengeance que la fortune lui venait offrir. 11 ne s'en défendit pas mieux que les Saxons , et un traite solennel donna encore aux Neuslriens les Frisons pour auxiliaires.
Mais Raganfried, quelque heureuses que fussent ses négociations , n'y bornait pas ses efforts. Llmpression produite par le glorieux combat de Cornpiègne était un avantage trop considérable pour qu'il Iqi laissât le temps de se dissiper. Pendant que TAustrasie, incertaine et humiliée, cherche encore qui peut la défendre, et à qui elle devra obéir, lui , pro» fitant avec activité de ces hésitations et de ce désordre , il lève une armée, passe la frontière , repousse et disperse tout ce qui lui est opposé , s'étend toujours , accable , ravage , et de progrès en progrès ar* rive déjà aux bords de la Meuse.
Qui pourrait dire où se fussent arrêtés ces succès ?
Mais en ce mcme moment deux événerôens cclalèrent ; l'un qui contraignit Raglan Fried à suspendre la guerre et h s'éloigner; l'aulre, qui produisit tout-àcoup sur la scène du monde un homme inespéré, prodigieux , tel que rappelaient les nécessités présentes en Austrasîe, et de prochaines et terribles nécessités dans la France entière, Charles-Martel , trompant ses gardes et Topiniàtre ambition de Plectrude, se délivre de sa prison , s^enfuit de Cologne , arrive à Metz , se montre aux Auslrasiens , rappelle son père, invoque ses titres , réveille tous les souvenirs et tous les courages , et libre à peine lui-même s'annonce déjà en libérateur. Il en fut comme d'une apparition prestigieuse et surnaturelle. L'impression fut profonde ; l'enthousiasme subit et universel. L'Austrasie, ébranlée, se transformait et se relevait, ainsi qu'il arrive dans ces commotions rares et puissantes qui renouvellent mystérieusement les espérances et la fortune des peuples. Elle accepta, pleine d'ardeur et de conBance , le secours inopiné qile la Providence lui envoyait. Elle aurait enfin un but et un dessein pour la guerre , un droit long-temps reconnu à défendre , un chef d'illuslre et heureuse race pour la réunir et la conduire. Le royaume entier, si ce n'est Cologne , où Pleclrude prolongeait toujours sa domination , se soumit au commandement de Charles-Martel.
Et pendant que se faisaient en Aûstrasic ces grands chàngemetîs , la mort en préparait de son côté , et d'aussi imprévus , en Neustrie. Dagobert y jeune roi de dix-sept ans , et qui promettait un règne si long ,
expirait, n'ayant qu à peine régné cinq années. Ce fut pour Raganfricd une fâcheuse complicaiion de dillicultes; car il fallait régler celte succession , convoquer les leudcs , proclamer un roi, et , comme les anciens usages avaient été rétablis , un nouveau règne entraînait une nouvelle élection de maire du palais. La nécessité allait interrompre cette expédition si heureusement commencée, et le retour de l'armée ne pourrait plus être différé.
Outre cela, Dagobert né de Childebert, né luimême de Théodoric III , branche puînée, laissait un fîb il est vrai , mais qui était enclore au berceau , et la branche de Childéric n'était pas épuisée. Il restait, dans l'obscure solitude d'un monastère, ce prince, sauvé par un inexphcable hasard de la révolte où avaient péri tous les siens. Comment sufûre, avec un. enfant né à peine , à tous les embarras de la lutte engagée contre l'Austrasie? Comment avec lui satisfaire aux vœux de la Neustrie , et relever les rois de l'ignominieuse condition où Pépin les avait réduits? Comment balancer Tuniverselle puissance des maires? Comment , lorsqu'on affectait le dessein de réparer toutes les injustices passées , prolonger l'exclusion de la descendance de Childéric? Childéric d'ailleurs avait régné et avec l'assentiment général sur TAuslrasie. Son fils, héritier d'un roi d'Austrasie, apporterait des droits plus certains et des souvenirs plus récens. La guerre en deviendrait plus légitime encore et plus fa^ Torable.
Ces considérations l'emportèrent. Le fils de Dago-
bert 9 réservé pour d'aiilres temps , ne succéda poiût. La lignée de Childéric recouvra le Irône. On eut Utt roi nourri dans l'oisiveté du cloître , et qui néanmoins ne se montra pas indigne de son rang. Le nom de Daniel avait été le sien jusqu^s^lors ; il le changea en recevant la couronne ^ et prit le nom de Chilpéric , fameux , mais fl.étri*