‹ Histoire des FrancsChapitre 18 sur 214 · LIVRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE VI

heureux succès de Tune et de l'autre. Qu'elle attaquât Théodebert le premier, la grandeur du péril pouvait contraindre ce prince à sacriGcr les vieilles injures de FAustrasie , et à faire alliance avec Chlotaire. Alors se perdait tout espoir de vaincre. L'union des deux rois les mettait également en sécurité. Au contraire, en attaquant d'abord le roi de.Soissons. Les moyens étaient nombreux d'engager l'Austrasie dans cette guerre > et lorsque , avec le concours de Théodebert , Chlotairè aurait été accablé , ni celui-ci ne se réconcilierait aussi aisément , ni son appui ne serait aussi dangereux. Tout conseillait donc de dissimuler pour un temps l'offense récente. Où il fallait tendre, c'était à combattre Chlotaire par Théodebert, et Théodebert sans Chlotaire.

Ce fut aussi ce qu'entreprit Brunehault. Bien loin d'exciter le roi de Bourgogne à rompre avec celui d^Austrasie^ elle s'appliqua au contraire à les rappro* cher par le désir de venger ensemble leur défaite commune de Latofa. On put juger alors quelle faute avait commise Frédegonde en négligeant son ancienne alliance avec les Goths. Car Bruqehault demanda des troupes à Récarède , et ce prince , fidèle au traité fait avec Childebert^ lui en envoya. L'armée de Bourgogne devenait ainsi redoutable. A son tour celle d'Austrasie se grossit avec de nombreux corps de soldats levés chez les tributaires de l'autre rive du Rhin.

La lutte se préparait et menaçait d'être furieuse. Chlotaire, quoique seul et en apparence plus faible, pe défiait pas seulement ses ennemis , il les prévenait.

Le souvenir des deux derbîères victoire» enflait son courag;e. 11 donna donc audacieusenient le signal, el sans attendre qu^on lui portât la g;uerre sur son ter* riloire, il Falla commencer lui-même sur celui de Théodorîe. Il pénétra jusque par-delà la rivière de rOuanne, non loin du village de Dormellc. Mais parvenu en ce lieu , il y rencontra les deux frères , et d'autres progrès n'étaient plus possibles , si cç n'est par une bataille et une victoire. Chlolaîre en recherchait Toccasion plutôt qu'il ne la craignait. Aussi ne demeura-t*on pas long-temps dans Finaction. A peiné arrivé, on demanda tumultueusement le combat, et it s'engagea. Du côté de Soissons, étaient Thabitude et la confiance de vaincre ; du parti contraire , la honte des précédentes défaites et Timpatience deFeffacer. Longtemps les attaques s'essayèrent et se répétèrent sans aucun . succès. On ne fléchissait , ni ne reculait ; on mourait en foule , sans être vaincu. Enfin cependant la fortune se déclara , et ce fut contre Chlôtaîre. Il paya chèrement ses anciens triomphes, en cette journée. Obstiné à vaincre, sa constance aida à rendre sa défaite plus irréparable. Il ne lui restait plus d'armée, et presque plus de royaume. Fugitif et poursuivi chaleureusement, iK recula d'abord jusqu'à Melun,pui5 jusqu'à Paris , puis encore au-delà jusqu'à Atelaune. Mais les ennemis avançaient toujours, recueillant sans se lasser les faciles fruits de leur victoire. Toutes ces villes des bords de la Seine qu'avait surprises Frédegonde à là mort dq roi Childebert, et dont la victoire de Latofa lui avait ensuite confirmé la pos-

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session, menacées, pressées, forcées, tombèrent près* que en un seul jour devant les armes de Thëodorîc et de son frère. Leur son fui affreux : on les pilla , on les renversa , on réduisit un grand nombre de leurs habitans en captivité. Car elles étaient accusées de trabison , et d'avoir provoqué ou favorisé du moins lentreprise qui les avait livrées au roi de Soissons. Celle vengeance accomplie, on alla à Chartres. La résistance n'y fut ni plus longue ni plus heureuse. Les vainqueurs non plus n^y monlrèrent ni moins d'avidité, ni moins de fureur. Chartres succomba, et quoique innocente de la faule imputée aux autres cités , elle fut comme elles saccagée et mise au pillage. Une prompte et honteuse paix était maintenant la seule ressource de Chlolaire. Il s'y résigna , et Brunehault ne la lui voulut pas refuser. Peut-être aussi n'en eut-elle pas le pouvoir. Car les conditions étaient dures, et tant d'avantages étaient offerts aux vainqueurs, qu'il eut été difficile qu'on se mît d'accord dans les deux nations alliées pour les rejeter. On déposa donc les armes; mais à quel prix? Non-seulement Théodoric et Théodeberl gardèrent leurs nombreux captifs et leur immense butin ; mais encore ils reçurent, savoir : le premier, tout le pays situé entre rOcéan , la Seine et la Loire ; et le second , tout celui qui s'étend depuis fOise et la Seine jusqu'à l'O-» céan(l). De toutes les possessions qu'avait eues

(0 Ce terrUoIre formait nlors un duclié qni portait le nom de Dente* If QHS, Oo ne connaît pas Torigine de cette dénomination*

Chloiaire entre la mer et la Seine , il ne lui i^sta jplus que douze cantons.

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