PARTAGE
Charles n'avait guère que cinquante ans , et des pressentimens de mort le saisirent. Ses travaux , ses combats, sa gloire, plus que le temps, l'avaient épuisé. Il était sur les bords de l'Oise, dans la maison royale de Verberie ; une maladie grave lui vînt. Il y résista quelque temps, mais sans l'avoir surmontée, et il continua de languir dans cet état indécis où se mêlent douloureusement la mort et la vie. Alors les soins de, l'avenir le préoccupant , il voulut, pour dernier témoignage de sa puissance, anticiper sur lui et lui commander. Il appela les grands de ses trois royaumes, et leur annonça le partage qu'il entendait faire, non plus entre les princes de la race de Mérovée , mais entre les enfans de la sienne.
Charles avait eu deux femmes , Rotrude et Sonnéchilde. De la première étaient nés Carloman, Pépin et Hiltrude; de la seconde. Griffon. Trois autres fils lui avaient été donnés par ses concubines (1).
(x) Ils se nommaient Uemi , Jérôme et Bernard. Le premier fut évéque de Rouen j le second <^tait abbé de Saint-Quentin ; le deriiier eut trois fils qui se ficent moines. On donne encore deux filles naturelles à Charles, (vondraJe et Théodrade, qui vécurent aussi dans des monastères.
Les droits de ceux-ci étaient faibles ; il les oublia.
Mais ceux des trois premiers étaient plus puissans. Un seul moyen s'offrait pour y satisfaire; rompre Tunion nécessaire et déjà ancienne de la Bourgc^e et de la Neustrie. On aurait eu de la sorte autant d'Etats que de prétendans. Mais on eût rétrogradé aussi vers le passé , et le souvenir de ses sanglantes divisions eiTrayait. Griffon , né d'une autre mère , se ferait peu de scrupule de troubler ses frères, et d'en*trer en 4utte avec eux. Sonnéchilde elle-même, qui d^uisait mal son humeur inquiète et ambitieuse, n'omettrait pas de l'y exciter. Les vieilles discordes se ranimeraient; les temps désastreux de Théodebert seraient ramenés; on n'aurait plus d'accord ni de force contre l'ennemi extérieur; l'égalité de puissance, importante source de sécurité , serait effacée entre les autres fractions de l'empire et l'Austrasie. Et avant tout cela, le danger pour la grande entreprise des Pépin, déjà infaillible et presque achevée; car il seraiè difficile, dans ces morcellemens et dans ces ri-: valités , qu'il ne se formât point quelque part une faction active et heureuse qui , s'autorisant des droits de l'ancienne race, interrompit ou ruinât même les justes espérances de la nouvelle.
Il fallait donc exclure Griffon, et il le fut. Char f es ne fit que deux parts ; l'une de l'Austrasie avec les tributaires germains; l'autre dd la Neustrie avec la Bourgogne et la Provence. La première fut à Carloraan; la seconde échut à Pépin. I^es grands, ou convaincus ou effrayés , consentirent, et dans celle