LIVRE XII (7il
grande délibération , rien ne se mêla de relatif à la royauté. Cinq ans s'étaient dgà écoulés depuis la mort de Théodoric ; on ne s^oceupa nullement de sa succession. On n'y pourrut ni pour le temps actuel, ni pour les temps postérieurs à Charles, auxquels devait appartenir l^cte solennel que l'on acceptait. On approuvait, au moins indirectement , que la condition de ses fils devint égale à la sienne. On laissait dans l'oubli le titre de roi ; on semblait vouloir prendre exemple de l'Âustrasie, et répéter pour la France entière ce qui s'était fait dans ce royaume pendant les trente-sept années qu'avait duré l'interrègne après, le meurtre de Dagobert II. Le partage^ne se faisait ni par un roi , ni pour des rois : que manquait-^il désormais à l'usurpation ?
Quand le bruit s'en fut répandu dans les trois royaumes , on ne s'en plaignit ni en Neustrie , ni en Austrasie. Mais la Bourgogne , toujours ennemie de Charles , eut moins de condescendance et de soumission. Soit que Griffon irrité l'en sollicitât, ou le regret de ses rois , ou les rigueurs infligées dans ses précédentes révoltes , ou la fin prévue et imminente du duc, eHe murmura, elle menaça, elle prit les armes. Charles ne pouvait plus , comme autrefois , devancer et confondre par sa vigilance les desseins de ses ennemis. Mais celui de ses fils à qui la Bourgogne était réservée de?ait bientôt faire voir quil le saurait imiter. Ce fut à lui et à son oncle Childebrand , que le duc confia le soin d'aller en sa place combattre et réduire les Bourguignons.
Ils partirent donc avec une armée. Mais pendant qu'ils étaient retenus au loin par les embarras de cette révolte , devenue déjà une g;uerre , Charles déclinait de pluâ en plus, et s'afTaiblissait. Sonnéchilde de son côté, et Griffon, profitant de rabattement de son esprit et de l'éloignement de Pépin, travaillaient avec une infatigable constance à persuader la nécessité d'un nouveau partage, à Les droits de Griffon étaient- » ils douteux? Ceux de ses frères étaient*ils meil- » leurs? Par quelle faute avait-il mérité qu'on le dé- 9 pouillât? Quel prétexte pourrait excuser cette » injustice? Quelle espérance avait-on qu'il s'y rési- » gnât? Quelle ressource lui laissait-on, que la guerre? » Quel serait le jugement de Dieu contre Charles, s'il » persévérait? »
Il fut ébranlé. Mais le temps manquait pour assembler de nouveau les grands , et Griffon d'ailleurs eût douté qu'ils lui voulussent être favorables. D'un autre côté, les repentirs de Charles n'allaient pas jusqu'à lui faire perdre toute prévoyance , et quoique inclinant à dédommager son troisième fils , il' ne consentait cependant ni à changer la division desroyau-. mes, ni à renouveler celle que le temps avait si heureusement effacée. Il omit donc , comme la nécessité l'y contraignait, de demander le consentement de ses leudes. Le nouvel acte fut Tœuvre isolée de sa volonté. Ensuite, au lieu d'un Etat que prétendait obtenir Griffon, il ne lui accorda qu'un territoire borné , qu'il retrancha uniformément et à parts égales, aux deux lots de Pépin et de Carloman. Disposition mal ha-