‹ Histoire des FrancsChapitre 3 sur 214 · LIVRE VI · texte numérisé non relu

LIVRE VI

Mais quand cette épineuse affaire eut été conduite à sa fin , plus fort et plus libre , il en voulut bientôt entreprendre d'aulres. Le premier essai de sa nouvelle puissance fut pour retendre. Si la Bourgogne n'avait pu être un sujet de guerre , elle en serait Iç moyen. Si Ghildebert possédait déjà deux royaumes, ce n'était pour lui qu'un motif de plus d'qn prétendre trois. Il résolut d'attaquer Chlotaire.

Les prétextes ne manquaient point à son ambition. Les longues injustices de Chilpéric, et ses violences ; les haines de Frédegonde , et ses trahisons ; Sigebert tué ; sa veuve et son fils prisonniers ; les villes envahies sans guerre ; les conspirations excitées; le meurtre si souvent tenté de Brunehault et de Ghildebert , que fallait-il de plus , et dans quelle occasion la vengeance put-elle se confondre mieux avec la justice? Le temps semblait revenu de réunir les membres épars de la grande monarchie des Francs.

Rassemblant donc ses soldats de Bourgogne et d'Austrasie , Ghildebert en forma une grosse armée dont il donna le commandement à deux de ses ducs : l'un, Gondebaud; l'autre^Wintrion. En peu de temps cette armée eut traversé et ravagé la Ghampagne; en peu de temps elle arriva sur le territoire de Soissons. Mais, de son côté , Frédegonde se préparait à la défense. Plus le péril était grand , plus déployait- elle

Findépendance , et qui, n'ayant plus de roi à elles , auraient pu tenter d^en établir un. L'exemple de Soissons était récent. Ce qui est certain» c'est qu'il y eut toujours deux maires du palais, l'un en Austrasie et l'autre en Bourgogne.

s HISTOIRE DES FRANCS.

de courage et d'activité. Le rassemblement de ses sol* dats fut à Braine (1) ; c'était le maire du palais Landry qui les conduisait. Dès qu'il y eut une armée, la reine et le jeune roi arrivèrent. Leur premier soin fut de faire de grandes largesses aux soldats ; puis , pour les animer encore plus , ils leur donnèrent un imposant et nouveau spectacle. Frédegonde, conduisant son fils par^la main (2) , alla de rang en rang solliciter leur fidélité et leur courage. « Voici votre roi, leur disait- » elle ; soufjfrirez-vous qu'on vous en impose un au- » tré ? Voici le fils de Chilpéric ; les soldats de Chil- » péric se sépareront-ils de son fils ? Prendrez- vous » son enfance en mépris pluti&t qu'en pitié? Vous lais- » serez- vous vaincre par ceux que vous avez tant de » fois vaincus ? Leur voulez-vous obéir, et çonsentez- B vous 'que ce royaume aille se confondre dans le » leur? Ne connaissez - vous point Brunebault? Ne 9 savez-vous point le sort que nous réserve sa haine ? i> Voyez que nous sommes venus au milieu de vous , » et que, si vous allez au danger, nous vous y suivons. » L'armée de Childebert campait à Trouci (3). Rassu-

(i) Brinnacum viliam , [Gest^ regum Fhinc,)

(3) Chilpéric était mort en 5S4, Ghlotaire ayait alors quatre mois. La bataille de Trouci se donnait à la fin d^593. Ghlotaire était donc dans sa dixième année.

Mézerai 8*est donc évidemment trompé quand il a dit que « Fréde- » gonde portait son fils dans ses bras, âgé d'environ deux ans. »

Pour Aymoin, c'est encore pirej car il représente ce prince suspendu au sein de sa mère : regem adhuc sugentem matris ubera, . . Chlota^ riumJUium auum propriis gestqns ulnis. . . (Liv. 3.)

(3) Trucciacum,

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