LIVRE VI
rée par la supériorité de ses forces , elle prenait peu de précautions contre un ennemi qu'elle méprisait. Etait-ce à elle de craindre? Quelle apparence qu'il fôt assez téméraire pour la venir attaquer? C'était cependant ce que méditait Frédegonde. Inférieure en .effet par le nombre , elle se flatta qu'une surprise pourrait balancer ce désavantage. A ce qui lui 'manquait de puissance, elle y suppléa virilement par l'audace et l'habileté. Sortant donc de son camp vers le milieu de la nuit, elle arriva, comme le jour commençait, en vue du camp ennemi. Aucun avertissement ne l'y avait devancée ; rien n'était préparé pour un si incroyable dessein. Elle approchait , l'on niait encore; on combattait déjà, l'on doutait toujours. Ce ne fut d'abord qu'une effroyable confusion. On ne savait si Ton devait résister ou fuir ; on ne recevait d'ordre que de soi-même ; on n'avait de poste que celui qu'avait assigné le hasard. On lutta cependant et avec opiniâtreté, dans ce désordre ; moins peut-être pour la défense du camp que pour le butin qui y était renfermé. Efforts inutiles ! Qu'espérer de ces courages épars , et de ces soldats rompus avant de combattre? Que pouvaient-ils contre de profondes lignes d'ennemis , marchant unies et attaquant avec régularité? Ils cédèrent donc, non toutefois sans vengeance. Frédegonde n'entrait point dans un camp désert ; il était peuplé de cadavres.
Tout fuyait. Wintrion lui sieul , moins abattu qu'animé par sa mauvaise fortune , osa croire possible de la réparer. Prenant conseil de sa défaite elle-même,
il conçut l'idée de répondre à cette surprise par une nouvelle surprise; à cette audace, par une audace plus grande. Arrêtant et ralliant tout ce qu'il put de soldats , sitôt que leur troupe eut grossi : « Ke- D tournons , dit-il ; c'est à nous maintenant de vain- B cre ! » Ils retournèrent en effet* Vaincus , ils attaquaient les Vainqueurs ; à peine sortis de leur camp, ils revenaient Tassaillir. La honte de leur fuite doublait leur courage ; leur courage doublait leur nombre. Plusieurs fois la fortune favorisa leurs efforts ; plusieurs fois elle les trahit. Accablés enfin, il fallut renoncer à toute espérance. Mais le succès fut chèrement acheté. Trente mille morts tombèrent en ce seul jour sur le champ de ces deu2C batailles; Frédegonde, presque vaincue par ses victoires, n'en osa point tenter de nouvelles. Satisfaite d'avoir arrêté la guerre , elle s'abstint sagement de la prolonger. Son armée rentra à Soissons, chargée de riches dépouilles, • plutôt recouvrées que conqurses sur les ennemis. Faibles trophées d'une si grande action ; mais le trône de Chlotaire était préservé.
On fait d'autres récits de ces combats ; on a orné leurs merveilles. Frédegonde, dit-on (1), unissaqt l'audace à la ruse , pour plus de sûreté eut recours à uii stratagème. C'était l'usage des Francs d'abandonner leurs chevaux même à la guerre , et de les laisser vaguer et paître au hasard. Seulement ils leur attachaient au cou une clochette, dont le bruit les guidait,*
(0 Gesta re^um Franc