CHAPITRE PREMIER
GONaLE ET PLAID (61Ô-617) (1).
Ainsi se fît celte réunion de l'empire si long-rtemps divisé de Chlovis. Cétait la seconde Fois ; c'était aussi, cfaoçe bizarre, par un second prince du nom de Chlotaire , et par un second roi de Soissons. Je n'en eusse pas fait la remarque , mais je la répète.
Les principaux artisans de cette catastrophe étaient satisfaits; ils avaient Por exigé el les dignités stipulées. Le prince lui-même n'attendait plus rien; il avait eu toutes les faveurs que pussent lui faire la mort et
(i) L'auteur de la traduction partielle de Frëdegaire^ publiée en i8a3, n'a fait de ce concile et de ce plaid , qu'une seule chose. D a confondu les lettres écrites par Ghlotaire après le plaid , et Tédit rendu par ne prince y après le concile. ( Note de la pag. I94.)
Je crois que c'est une méprise. Le concile fut tenu à Paris, et en 61 5 ; le plaid, en6i7y et à Bonneuil.
On a les actes de ce concile, lesquels portent la date que je viens de dire. (Conc. Gall, tom. i.]'
On a i'édit de confirmation,' également daté de Paris , et de la trenteunième année de Chlotaire, c'est-è-dire^, de l'an 6i5é (Baluze , Capital, tom. 1, pag. aa.)
On a Frédegaire qui fixe l'année et le lieu où se tint le plaid ; à savoir Bonneuil, et la trente-troisième année de Chlotaire.
Enfin le concile réunit soiiante-dix-neuf évèques, et par conséquent les évéquesdes trois royaumes. ( Conc. GalL^ loc. cit.)
Au plaid, au contraire, il n'y eut, selon le témoignage de Frédegaiiç, que les étêqiies et les leudcs de Bourgogne.
la trahison : il avait les trônes. Mais le vulgaire des conjurés était encore dans l'attente; mais le clergé voulait recueillir quelques fruits d'un événement qu'il avait au moins secondé ; mais le roi lui-même ne jugeait pas inutile que ses nouveaux droits, à peine consacrés par la fortune , le fussent encore par les solennelles délibérations des grands et des évêques.
On convoqua donc un concile , et Paris fut le lieu qu'on lui assigna. Aucun n'avait encore été si nombreux , au moins dans les Gaules. Soixante-dix- neuf évêques s^y trouvèrent, et outre cela plusieurs leudes, h qui il fut accordé de prendre séance avec eux. L'élection et la juridiction des évêques , l'autorité des juges royaux à l'égard des clercs , la réduction des impôts , l'état des juifs, le choix des juges, les préceptions , les concessions obtenues du prince , les pertes éprouvéespar les leudes pendant les troubles qu'avait fait éclater la mort de Théodoric , ce fut sur quoi délibéra le concile.
Quand ses décrets eurent été apportés à Chlotaire, ce prince rendit un édit pour les confirmer, non toutefois, circonstance qui ne doit pas être oubliée , sans en avoir modifié plusieurs clauses. Il fut donc ordonné qu'à l'avenir les canons de l'Eglise fussent religieusement observés ; que les évêques , quoiquMls ne dussent être consacrés qu'après l'autorisation du prince, fussent néanmoins élus par le clergé et le peuple ; que nul éveque vivant ne s'arrogeât le droit de désigner et instituer son successeur ; que les clercs ne fussent en aucun temps dispensés de l'obéissance en*
vers leur évêque, ni par la protection des Içudes, ni par la puissance même du roi ; que les juges ordinaires n'exerçassent en matière civile aucune juridiction sur les clercs ; que les procès entre les personnes publiques et celles qui dépendaient de l'Eglise fussent portés , disposition nouvelle et notable, devant un tribunal mixte , où siégeraient en nombre pareil les juges ordinaires et les commissaires que l'Eglise aurait préposés ; que si l'état d'homme libre était disputé à un affranchi, la cause ne pût être jugée Hors de la présence de l'évêque ; que les préceptions du roi fussent maintenues et exécutées (1), si ce n'est toutefois qu'on en eût surpris qui autorisassent le mariage d'une femme consacrée à la religion ; que iml ne fut établi juge dans une province où il serait étranger ; que les juifs fussent privés dé toute action juridique contre les chrétiens ; que le nouveau cens fût remis au peuple (2) ; que les péages et autres redevances pareilles
(i) Il y a ici une lacune fâcheuse dans le texte de Pëdit. Il manque la fin de Tart. 3 3, et les art. i4 et i5 tout entiers. On le doit regretter, à cause des préceptions, dont ces articles feraient peut-être mieux connaître les vraies limites.
(9) Ubicunque cbnsus ifoyus impie additvs est, et à populo reclamatur, justa inquisitione misericorditer emendetur. — De teloneo, ut per ea loca debeant exig^, vel de speciebus ipsis, de quibus prjecbdshtium PBiHciPUH TEHPORE, id est usque ad transitum bonsB memori» domnomm parentum nostrorum ,Gunthramni, Ghiiperici, Sigheberti regum, est exACinm, -^{Edictum Cklotarii régis, Âct. 8 et 9. )
Ceci semble répondre assez bien à ceux qui doutent encore qu'il y eû( des impôts fixes sous la première race, et qui persistent à répéter « que M Je cens et les tributs levés par les Romains dans les Gaules tombèrent V avec l'empire. •
fussent réduits ainsi qu'ils étaient avant la mort de Gontran, de Glîilpéric et de Sigebert ; que toutes les choses déjà concédées par le roi fussent irrévocable^ment acquises à ceux qui les avaient obtenues ; enfin, que tout fidèle et tout leude qui , pour avoir gardé la foi due à son seigneur légitime , car c'était le titre qu'affectait Chlotaire , aurait éprouvé quelque perte durant Finterr^^ne , car c'était ainsi qu'il qualifiait le temps postérieur à la mort de Théodoric , en reçût sans délai un équitable dédommagement.
C'était une nouvelle et plus éclatante consécration des engagemens pris par Chlotaire ; c'était qu'il pro* clamait la loi qu'on lui avait faite. Tous ne furent pas conlens néanmoins. La Bourgogne ne rentrait qu'imparfaitement dans la soumission; plusieurs de ses leudes menaçaient encore. Warnachaire , trop puissant et de trop peu de foi pour n'être pas dangereux , inspirait, dit-on, de sérieuses craintes. On assure même que , regrettant ses promesses , Chlotaire eut un instant la pensée de lui ôter la dignité viagère dont il s'était fait investir. Si ce fut là le motif qui porta ce prince à réunir un plaid particulier à Bonneuil , quelques-uns le croient , mais il serait téméraire de l'affirmer. Ce qui est certain , c'est qu'il n'y eut à ce plaid que des évêques et des seigneurs de Bourgogne , et qu'ils y assistèrent tous. On en peut conclure que les intérêts de ce royaume en avaient seuls déterminé la convocation. Mais quels que fussent les desseins du roi y on ne voit point qu'ils aient eu une bien favorable issue; car s'il devait être en effet question de la dépo-
sitioD de Warnachaire , elle n'eut point lieu ; et s'il s'agissait de réduire 1^ orgueilleuses exigences des leudesi bien loin de là Chlotaire fut contraint de leur confirmer de nouveau, et par des actes écrits, tous les avantages dont il leur avait prodigué les promesses au temps de sa lutte avecBrunebault. Mais quel autre l'ésultat pouvait -il attendre en assemblant ceux dont il redoutait et prétendait affaiblir la puissance?