LIVRE Vil
effrayait, on le répétait, on nV>sait en d<Miter, on craignait d'y croire. Aléthée , aoit qu'il fût le promo* teor secret de celte rumeur, soit que Qatlant son ambition , il eût eu la faiblesse d'y ajouter foi , soit qu'il y fût étranger , et en démêlât néanmoins Fini*posture, Aléthée jugea qu'il ne la devait pas mépriser , et qu'il en pouvait tirer avantage*
La reine Bertrudte , princesse de race saxonne , et que Chlotaîre avait épousée après la mort de sa première femme Haldétrude , était douée de rares ver* tus , mais d'un esf»rit que ses vertus mêmes rendaient plus candide et plus facile» Cette confiante et simple bonté encouragea l'entreprenante témérité du patrice* Ce fut sur quoi il osa fonder ses nouveaux calculs; ce fut la reine elle-même qu'il prétendit engager dans ses espérances.
II lui envoya Leudémond , et celui-ci, quand il eut été admis en sa prés«:ice : « Reine , lui dit-il , de pro* » chains malheurs te menacent ; mais il est en ton » pouvoir de les détourner. Dieu a condamné Chlo- » taire; sa mor^ est prédite , et le jour est proche. » Avec la perte de ton seigneur , il te faudra souffrir » celle de ton r^ng et de tes trésors. Préviens au » moins celle-ci , puisque l'autre ne le peut pas être. » Profite du temps qui t'est laissé. Assemble ton or , V tes joyaux , tout ce que tu pourras de richesses. 9 Mon église est inviolable; elle sera ouverte à tout » ce qu'il te plaira d'y faire apporter. Tu sais de quel » sang eat sorti Aléthée ; le trône de Bourgogne Fat- » tend. Accepte sa foi ; car j'ai ordre de lui , de t'en
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» faire hommage. II a une femme ; mais elle sera » répudiée, et tu ne cesseras pas d'être reine. »'
La naïveté de Bertrude ^ sur qui le pàtrice et Tévêque fondaient leur espoir, fut aii contraire ce qui en empêcha le succès. Elle était si grande que la reine n'eut plus aucun doute du sort de Chlotaire, et si grande aussi , qu'égarée par cette accablante révélation, elle n'eut plus, la crédule reine, assez de discernement et de prévoyance pour comprendre et craindre son propre danger. Elle avait le plus sincère amour pour le roi , et quand elle eut vu un évêque lui prophétiser avec tant de confiance et d'autorité la funeste mort de ce prince, toutes ses facultés furent aussitôt suspendues , et une seule pensée remplit son esprit. Bientôt n'entendant plus , et ne pouvant plus se contraindre, elle s'enfuit, noyée de larmes, sans rien promettre et sans rien répondre, impatiente qu'elle était de cacher dans ses appartemens sa terreur profonde et son désespoir.
L'évêque à son tour, pour qui cet accueil muet n'enfermait que trop d'avertissemens, mesurant enfin toute l'étendue de son imprudence, se sentit saisir des plus vives appréhensions. Il attendit la nuit cependant; mais à peine fut-elle arrivée, qu'il s'empressa de changer de vêlemens et de s'éloigner. Il se retira d'abord à Sion ; mais jugeant bien que ce serait un trop faible abri contre la vengeance du roi , il alla se- Cfèlement implorer la pitié de l'abbé Àustase, qui gouvernail le monastère de Luxeuil, et qui consentit à I'y recevoir.