LES LOMBARDS
Quand Agilulph eut succédé au trône d'AutharIs chez les Lombards, et que, pressé par les deux armées de l'empereur Maurice et de Childebert , il eut résolu de rompre cette alliance en se réconciliant avec les rois frapcs , ceux-ci, comme il a été déjà dit, n. 7
lui Qrent acheter la paix au prix (l'une assez importante cession de territoire , et d'un tribut annuel de douze mille sous d'or. Vingt-cinq ans s'étaient écoulés , et les Lombarde , toujours résigné:» et fidèles , n^avaient entrepris ni de renouveler la guerre, pi de s'affranchir du tribut. Au bout de ce terme, sa puissance s'étant affermie, l'Italje ne menaçant plus, les trônes de Bourgogne et d'Austrasîe étaqt renversés, le roi de Soissons, dont il n'avait jamais été l'ennemi, suffisant à peine au soin difficile d'accoutumer a sa domination ses nouveaux rpyaumes, Agilulph juge^ l'occasion opportune , et conçut l'espoir d'obtenir de moins rigoureuses conditions.
Le premier essai qu'il en fit fut de tenter secrètement Tavarice de quelques leudcs dont il prévoyait que le suffrage serait décisif. Il j\e s'était point abusé, et la corruption des serviteurs de Chlotaire justifia pleinement ses combinaisons. Chue, Gondeland(l), Warnachaire lui-même s'engagèrent à le seconder; ils se vendirent pour mille sous d'or. Ces conditions faites, et ces assurances obtenues, le roi lombard envoya trois ambassadeurs à Chlotaire; c'étaient Agiulf, Pompège et Gauton. Ceux-ci proposaient le rachat du tribut; mais ils n'en offraient que trente-six mille sous d'or. Il est vrai que depuis la mort de Contran et de Childeberl, et à plus forte raison depuis la rport de Théodebert et de son frère , l'ancien traité , selon les maximes du temps, semblait ne plus engager les
(i) Gondeland était maire du palais en Neustrie.
Lombards. Il est vrai aussi qu'ils offraient de renou-. yeler Faili^ince , et que dans le désordre où étaient; encore les possessions mal unies du prince franc, il ' n'était pas d'un médiocre avantage pour lui que sa frontière dltalie fût en sûreté. Aussi résista-t-il faible^ inent ^wx représentations spécieuses et intéressées dç $es conseillers. Un nquyeau traité fut fait aussitôt pour fibolir et rempl?icer l'autre. Chlotaire accepta l{]i dérisojre somme d'argent que promettaient les ambas^ sadeyrs. J^es Lombards ne furent plus tributaires, et. prirent \m rapg égal à ceilvii des Francs. Mais une. étroite et perpétuelle amitié fut jqrée entre le$ d^U^; princes.
C§ fqt comme la dernière action d'Agilulph. Cç pripce n)ort, il se plissa en Lombardie un événement, que je ne saurais ipe résoqdre à omettre, tant il peut ^idevt si je pe m'abuse, au jugement des mœurs de ce si^çlç. Chlotajre d'ailleurs y eut quelque part, et y prît pn rûle généreux çt digpe, que n'ont pas toujours su remplir lefi rpis chez des peuples et en des siècles qui ne se crpyaiept pi ignorans , pi barbares. Le fîji d'Ar gilulpb avait repris, on pe dit pas pour quel intérêt, l'ancien projet d'Amalazonthe et de Théodat. Il méditait, à ce qu'pn assure, d'assujétir les Lombards ^ Tobéissapce des empereurs grecs. Les' grands, indir gliés , le Grent descendre du trône , et lui dpnnèrept bientôt après du poison. A sa place fut mis le dpc de Turin, qui avait épousé la s^qeur de ce prince. Cette reine, qui avait nom Gondeberge, et en qui se réunidr saient beaucoup de vertus et de Beauté^ devait è sa
, mère d'être du sang des rois francs. Il y évaît a sa cour un jeune Lombard présomptueux et hardi, que faisaient remarquer sa taille élevée et la gracieuse régularité de ses traits. Il arriva que la reine, frappée à son tour des rares avantages qu'on louait en lui, mêla elle-même ingénument et avec bonté quelques mots flatteurs à ces louanges vulgaires. Adalulf, c'était le nom du Lombard , interpréta follement ces paroles , fort simples cependant et fort innocentes , comme le lui suggéraient son orgueil et son ambition. 11 osa croire que la reine avait conçu de l'amour pour lui , et poussant jusqu'au plus révoltant excès l'aveuglement et la confiance, un jour qu'il se trouvait seul fortuitement avec elle, il lui fit l'insolente prière de le laisser entrer dans son lit. Gondeberge, étonnée, ne repoussa à'abord cet outrage que par des reproches et par des menaces. Mais Âdalulf , de plus en plus abusé , et ne pouvant croire k la sincérité de sa résistance , s'imagina qu'il lui suffirait, pour en triompher, de redoubler d'assurance et d'empressement. La reine alors , se livrant à toute l'impétuosité de sa colère, lui prodigua sans ménagement les termes les plus injurieux et les plus amers, et comme il restait cependant immobile et incrédule encore devant elle, ne trouvant plus que ce fût assez du langage pour exprimer le dégoût et le mépris qu'il lui inspirait, elle lui cracha au visage»
Adalulf, confondu , reconnut enfin son erreur et Taffreux péril où il était engagé. On eût pensé ^ que 6oa plus pressant intérêt devait être de se dérober à
ce péril. Il en embrassa un second non moins impor-' tant à ses yeux^ et non moins pressant. Mesurant avec rage et désespoir son affront^ il ne lui suffit plus de ne pas mourir, il lui fallait être vengé. C'était un grand et hardi dessein, mais qui ne se trouva pas supérieur à sa haine. Pendant que Gpndeberge, incertaine, délibérait encore si elle Tirait accuser, plus irréconciliable et plus prompt, il Tavait déjà accusée.
La révolution qui avait précipité le fils d'Agi lulph ne s'était pas accomplie sans opposition et sans désordres. Unanimes pour changer de maître , on ne rétait plus pour en reconnaître un nouveau. Quelques chefs, prétendans jaloux de cette couronne, s'en étaient vus frustrer avec déplaisir, et parmi eux le duc qui gouvernait la Toscane, plus puissant et plus ambitieux qu'aucun autre, avait entrepris de faire prévaloir ses droits par les armes. Ce fut sur ce fondement, chose étrange, qù'Adalulf établit le double espoir de son salut et de sa vengeance. Sachant de quelles méfiances et de quelles craintes était obsédé l'esprit du roi , il jugea facile de les irriter et de les faire servir h la ruine de son ennemie. 11 se présenta donc devant ce prince, et lui dit : « La trahison a de » plus dangereux complices que tu ne penses. Tù » crois que, satisfaite d'être reine, Gondeberge te par- » donne enfin la ehute et la mort de son frère. Désa- » buse-toi. Trois fois elle a vu en secret le duc de » Toscane 5 trois fois elle s'est concertée avec lui. Le » poison est prêt : ta mort doit expier celle d'Adaload. p Le duc aura ta couronne, et Gondeberge, passant
102 HISTOIRE t)ES FRANCS.
» de toû lit datis le sien , la partagera àVec lui. Avisis ]> maintenant, et décide s'il t'est plus expédiebi d'at- » tendre ou de prévenir Paccomplissement de leur » ôriniè. » Des circonstances ignorées prétaietit sans doute quelque vraisemblance à rartiflciêusfe révélatioti d'Adalulf. Le roi y crut, et préoccupé de l'idée que la conservation de sa tle et de sa couronne dépendait de la promptitude de ses détermination^ , sur l'hearfe même il Gl enlever Gondeberge, et lui âssigtia pour lieu d^exîl Luraello. Mais à peine y fut-elle , qu'un ordre vint qui changeait Texll en une étroite prison.
Elle y languissait depuis trois ans, reléguée, comme un criminel vulgaire et convaincu , dans une tour isolée, îorsqu*enGn Chlotaire, ému de pilié, se souvenant qu'elle sortait de sa race, et la soupçonnant victime de quelque odieuse et secrète trame , résolut de demander compté àii pritice lombard de Cette longue et dure captivité d'une reine. Il lui envoya des ambassadeurs chargés de savôii* les causes d'un si injurieux traitement , et d'en réclamer avec chaleur la réparation. Mais te roi , dont le temps n'avait atTaibli ni la conviction, ni la côlérè, répondit dédaigneusement par le faux récit des trahisôti^ imaginaires de Gondeberge. Ansoald alors, l'un des envoyés de Chlotaire, toUs les tnoyens de persuasion étant épuisés, eut rheureuse et téméraire inspiration de recourir à eette périlleuse ressource, a qui là crédulité de son siècle attribuait une infaillible efQcacité : « Permets le com- » bat, dit-il au Lombard, et que le jugement de Dieu » en décide, p Le combat fut permis : il n'eût été ni