‹ Histoire des FrancsChapitre 53 sur 214 · LIVRE VU (619). ^ lOT · texte numérisé non relu

LIVRE VU (619). ^ lOT

tronque lui commandait h son tour. Son enfance avait été cependant confiée à Arnould, docte et pieux éyô* que de Metz. Mais niThabileté^ ni la patience du saint prêtre , n'avaient pu dompter cette rude et farouche humeur^

Sitôt que le prince eut passé l'âge de l'enfance > Chlotaîre le remit, pour le gouverner et pour l'instruire aux affaires, k Sadrégésile, dont il avait éprouvé laGdélité, et qui était duc d'Aquitaine. Celui-ci, fier de son rang et de la bietiveillance du roi , estimant d'ailleurs imprudent de flatter^ par de trop obséquieuses jdéférehces , les fâcheuses inclinations de son élève, en usait librement et peu respectueusement envers lui. La fierté du prince en fut offensée. Ce qui n'était apparemment, dans l'esprit du duc, qu'une combinaison nécessaire et sage, Dâgobert le prit pour un insolent témoignage de son mépris et de sa haine. Se croyant haï, il ne tarda guère de haïr. Il y eut d'ailleurs, comme il est d'habitude, d'empressés et lâches flatteurâ qui, pénétrant les dégoûts du pripce^ ne firent faute de les irriter. « Le duc, à les croire, mé- )* ditaitde profonds-desseins. Où ne tendait point son i> ambition ? Quelle fortune si haute où il n'aspîrâl? * Pourquoi ces dédains, si ce n'est qu'on voulût abais- » ser le prince; et pourquoi l'abaisser, si ce n'est/pour « se faire roi, ou régner au moins sous son nom? » ^

Dâgobert ne prêtait que trop complaisamment l'oreille à ces absurdes fourberies, et, de plus en pluâ irrité, il résolut à la fois de se délivrer de l'importun gouverneur, et de venger par la plus éclatante offense

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toutes celles que son orgueil lui attribuait. Un jour donc que Chlotaîre chassait dans une forêt éloignée, il fit asseoir Sadrégésile à sa table, et bientôt après, prenant pour prétexte que le duc, à qui il avait trois fois présenté la coupe, Tarait obstinément et indécemment repoussée, il s'abandonna tout-à-coup aux émportemens de la plus furieuse colère. Ce ne furent d'abord que d'aigres reproches et d'injurieuses menaces. Mais bientôt de plus coupables violences succédèrent. Ne tenant compte ni de l'infaillible mécontentement du roi , ni de la dignité dont Sadrégésile était revêtu, Dagobert, préparé à tout pourvu que sa haine eût satisfaction , fit saisir le malheureux duc , l'osa faire battre de verges, et , pour le flétrir encore mieux, lui fit couper la barbe; car c'était, de tous les affronts , celui que les Francs tenaient pour le plus ignominieux (1).

Mais le jour finissant , Chlotaîre revint , et sa douleur fut profonde en entendant les trop justes plaintes de Sadrégésile. Résolu de punir et de réparer, autant qu'il se pouvait, FinexcusaMe témérité de son fils, il veut qu'on le cherche et qu'il paraisse à l'instant même devant lui. Dagobert, informé delà colère du roi, s^en effraie, et loin de songer à la désarmer par des soumissions , il n'a d'autre pensée que de la braver de nouveau et de s'y soustraire. Il s'enfuit donc, ajoutant audacieusement à sa faute, la faute plus grave d'une éclatante désobéissance envers son père et son roi.

(i) Si barbant alicujus tonderit non volentis, eu m s€x soliiUs com'^

A une assez faible distance était le Heu , devenu célèbre, où le saint évêque Denis avait souffert le martyre pendant la persécution de Dioclétien , en même temps que Rustique et Ëleutbère. Une charitable et courageuse femme ensevelit secrètement leurs Corps dans le même lieu, et après qu'il s% fut passé bien des années , ces sépulcres ayant été reconnus , sainte Geneviève , au temps d'Attila , y fit élever une chapelle. La piété des chrétiens les amenait en grand nom* bre et assidûment dans cette chapelle , pour solliciter la protection des martyrs. C'était une croyance déjà ancienne et accréditée , que leur intercession bienfaisante s'y était plusieurs fois manifestée par des miracles. On en citait même un tout récent,* d'une espèce peut-être bizarre, mais qu'avait vu, disait-on, et qu'attestait Dagobert. Ce prince chassait un jour; le cerf , après avoir long-temps défié l'ardente poursuite des chiens , se sentant épuisé dé forces et de vie^ était entré et s'était arrêté dans là chapelle. La meute attachée à sa trace arrive presque aussitôt , bruyante , haletante ; mais à peine a-t-elle touché le seuil , une soudaine et inexplicable stupeur la saisit. Rien ne put le lui faire franchir ; les cris et les fouets des chasseurs , ni son vorace instinct qui eût dû suffire. On crut à un obstacle invisible et mystérieux qui la retenait ; on jugea que les saints faisaient ce prodige pour préserver leur sépulcre d'une si indécente profanation.

Cet asile donc que protégeaient doublement les vénérables reliques des martyre et de si unanimes convictions , fut celui qu'osa choisir Dagobert pour s'y

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réfugier contre les ressenlimens de son père, Celai-ci, donl ces offenses redoublées redoublaient à }eur tour la séverilé , fit marcher à l'instant des gardp^ , qui eurent ordre de Faller saisir dans sa retraite, et de l'en arracher sans roénagemenl:. Mais sojt que le res-; pect du saint lieu leur inspirât en effet une sincère ter* reur, soit peut-être aussi que la vindicative humeqr de ce jeune prince leur eûi fait prévoir de fâcheux et inévitables effets de sa haine , les gardes, proOtant de la commune croyance, prétendirent que le niiracle du cerf se renouvelait , et qu'une puissance cachée et irr résislible les repoussait de la chapelle, chaque foÎ3 qu'ils faisaient effort pour y pénétrer.

Chlotaire toutefois ne se laissa point persqader par ce récit , jugeant impossible et même inj|irieu:|c pour les saints qu'ils eussent pris en leur protection un fils coupable et rebelle. 11 remplaça donc les premiers gardes par d'autres , et prescrivit k ceux-ci des ordres encore plus rigoureux. Mais l'exemple était donné, et il fut suivi. On eut moins de crainte de désiQhéjr pu roi, que de violer un si saint asile et d'encourir Ip dwgereuse inimitié d'un prince si jeune et si implacable. L'excuse déjà alléguée le fut de nouveau , et Chlotaire, toujours incrédule, ne manqua point de la v^fkter, comme il avait déjà fait. Fatigué cependant de ces résistances, et ne voulant plus commettre sa volonté à d'imbéciles soldats faciles à épouvanter ou à séduire^ il en réserva pour lui-même l'exécution. Voilà donc le roi qui sort précipitamment de son palais , et qui marche à la poursuite de l'héritier de son trône, résolu de

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