CHAPITRE IV
I)Agobekt(619).
Le sort du quatrième fils de Théodoric était, comme on sait, resté incertain. Ce jeune prince, ainsi que plusieurs Taffirmaient , avait-il péri dans sa fuite , en tentant le passage de la Saône; ou bien, échappant à tous les hasards , s'était-il enfermé dans quelque retraite écartée, où il attendait, roi inconnu, de plus favorables jours? C'était un texte fécond de récits divers et contraires. Le peuple , comme il arrive toujours , préférant la supposition la moins naturelle, attendait, plein d'anxiété, l'infaillible et prochaine apparition de Childebert. Chlotaire lui-même , souvent ébranlé , croyait à son tour, à forcé de craindre.
De ces importunes rumeurs qui se multipliaient par le temps , bien loin de s'amortir et de s'épuiser, il y en eut une qui frappa plus vivement son esprit. Childebert vivait , disait-on ; sa mort n'était qu'une fable imaginée pour dissuader de le poursuivre. U vi-
yait , et l'on saTait , avec certitude , par leâ soins de qui. Celait à Arles qu'il était caché; c'était dans un monastère de filles qu'était sa retraite ; c'était Restiçule, abbesse de ce monastère , qui , méprisant l'intérêt et la sûreté même du roi , lui dérobait témérai: rement la tête de son ennemi.
Chlotaire se laissa troubler et persuader. Il donna ordre de saisir l'abbesse , et de l'amener devant lui. Elle vint donc ; mais celte simple et pieuse fille nia invariablement tout ce qui s'était dit contre elle. Elle ignorait que Childebert fût vivant'; elle n'avait point donné asile à ce prince ; la pensée même ne lui en était pas venue à l'esprit t et ces réponses , si claires et si décisives , elle les confirma par un serment solennel. Elle avait une telle réputation de candeur et de pureté , qu'après l'avoir entendue , personne n'osa mettre en doute la sincérité de son témoignage. Chlotaire lui seul , que ses secrètes terreurs rendaient plus méfiant et plus opiniâtre , persévéra encore quelque temps dans ses absurdes soupçons , et il voulut que l'abbesse continuât d'être prisonnière.
<Mais à cette crainte en succéda promptement une autre, et à cette volonté rigoureuse, de nouvelles et bien différentes volontés. De sa première femme, nommée Haldetrude, Chlotaire avait, eu un premier fils , nommé Mérovée. Haldetrude mourut , et Bertrude , sa seconde femme , lui donna un second fils , à qui le nom de Dagobert fut donné. A son tour mourut la reine Bertrude , deux ans apiès la folle tentative d'Aléthée. Le roi alors prit pour troisième femme
Sichitde , et il en eut un troisième fils , qui s'appela Charibert(l).
A peine aVàît-on appris que le.roi refusait de faire Cesser la caplivitë de Tabbesse d'Arles, un mal violent et soudain saisit Mérovëe; On fit craindre à Chlotaire que ce ne fut un avertissement de son injustice 5 et bientôt, les progrès du mal ne s'atrêtant point , il finit par se croire frappé en effet, en expiation du traitement souffert par la sainte fille vouée aii service de Dieu. Espérant donc conjurer le malheur qui le menaçait, il la délivra précipitamment, et la renvoya , avec de grands témoignages dé repentir, dans Sotî motlastére. Ge fut toutefois un sacrifice sans fruit; cette générosité tardive et contrainte ne servît de rien à Mérovée : h tîiort ne se laissa point désarmer.
Dagobert devenait ainsi le premier parmi les enfans dé Chlotaire. Ce jeune prince , en qui s'atinonçaient d'heureuses et éclatantes vertus, faisait craindre aussi de dangereuses faiblesses. Il était impétueux , hautain, indocile ,, avide de commander, rebelle à qui-
(i) Selon Daniel et Velly, Dagobert serait fils dllaldetrude, et selon Telly, Chàrihert serait fils de Bertrude.
Mais le moine de Saini-Denisj auteur, presque conlemporain^de la vie de Dagobert, dit formellement, et en deux endroits , que Bertrude était ïi irtère de ce prince.
il dit aussi, une première foii, qae Charibert était né de Sichllde, et une seconde fois, que Braudulf , frère de Sichiide, était Toucle de Gharibert.
Frédégaire atteste' également que Charibert était oeven de Braudulf.
Daniel et Mézerai reconnaissent que ce prince eatSicbiide pour mère.
Seulement Mézeral ne donne à Ghiplaire que deux femmes* Danieli plus ezact| lui en donne troil.