II
tu HISTOIRE DES FRANCS.
qui raffectionnait, décida que leâ noces seraient célébrées en ce lieu. Dagobert y vint donc , mais en roi , avec une nombreuse suite de leudes , dans tout Tappareil de la grandeur et de la puissance. Les fêtes furent somptueuses , et des deux parts se manifestait une égale joie. On n'eût jamais soupçonné que la bonne intelligence dût être si promptèment troublée entre les deux princes. Elle le fut dés le troisième jour. Dago* bert i rejetant aifin ces dernières apparences de soumission qu'il n'affectait plus qu'à regret , prétendit que, pleinement roi de l'Austrasie, il n'était ni de sa dignité ni de son droit , de ne posséder qu'une portion de ce royaume. Il réclamait, comme s'il en eût été dé* pouillé, toutes les villes que son père s'était réser* vées. Chlotaire offensé repoussa durement cette présomptueuse réclamation. DagobervJf son tour la renouvela avec plus de chaleur encore et plus de hauteur. Il demandait tout à l'heure : maintenant il exige , et même il menace. Ce n'était plus le fils satisfait et reconnaissant des dons accordés par la libre générosité de son père ; c'était le prince avide et impatient , signifiant l'irrévocable volonté de recouvrer son propre domaine. On ne saurait dire quel eût été le terme de ce scandaleux différend , et si l'ingrate ambition de Dagobert se fût effrayée même de- la guerre. Mais l'indulgente faiblesse de Chlotaire tempéra insensiblement l'aigreur de ses premiers refus. Àrnould, infatigable conseiller de paix, obtint de lui qu'il s'en remit k la médiation de quelques évêques et de quelques leudes. On en choisit douze , qui furent
constitués arbitres de ce grand litige. Ils arbitrèrent donc y et tout se concilia. Dagobert acquit les pays situés au*-delà des Ârdennes et des Vosges. On laissa à Chlotaîre ceux qui étaient par-delà la Loire et vers la Provence.
Dagobert n'eut pas tout ce qu'il attendait ; mais • Chlotaîre ne conserva pas tout ce qu'il prétendait retenir. Ce fut une transaction, une concession réciproque, un traité. La condition du roi d'Âustrâsie changeait. On attribuait des droits à ce prince , quand on se bornait à les réduire ; on lui réconnaissait des titres pour exiger , en ne lui refusant qu'une partie de ce qu'il exigeait. On ne lui donnait plus, on lui rendait; ce n'était plus faveur , mais justice. II devenait roi , d'un titre égal et pareil ; il cessait d'être dépendant et inférieur. La division des royaumes allait être presque aussi complète qu'au temps de Théodebert. II ne restait qu'à peine une ombre de cette réunion salutaire, acquise , il n'y avait encore que dix ans , au prix de tant de trahisons et de meurtres.