‹ Histoire des FrancsChapitre 84 sur 214 · LIVRE IX · texte numérisé non relu

LIVRE IX

rent l'ancienne amitié qui les unissait , et se jurèrent mutuellement foi et appui pour la défense de leurs biens et de leur pouvoir. L'alliance faite, ils s'appliquèrent à flatter les leudes , à les circonvenir , à les engager dans leurs intérêts. En peu de jours, leur parti devint si puissant , qu'aucun autre ne pouvait plus se former. Rassurés alors et reconnus maîtres de TAustrasie , ils firent de nouveau proclamer leur roi Sigebert. On croit même qu'ils délibérèrent s'ils n'entreprendraient pas d'étendre sa domination , comme avait fait Dagobert, sur la Neustrie et sur la Bourgogne. On ajoute qu'ils y auraient réussi. Mais le traité de partage leur fît abandonner ce dessein , et ainsi fut justifiée la prévoyance de Nantédiilde et de Dagobert (1).

Le partage toutefois ne comprenait que les royautés et les terres, et ce prince avare avait rassemblé de riches trésors. Chunibert et Pépin , quoique résignés à se contenter de TAustrasie, ne jugèrent pas que ces trésors , trouvés cependant en Neustrie, dussent être abandonnés à Chlovis. Ils envoyé^ rent donc vers Nantéchilde, et lui firent savoir leur résolution d'en exiger une part au nom du roi Sigebert; La reine, souhaitant de refuser et n'osant , proposa de tenir un plaid pour régler cette prétention. On y consentit, et Chunibert et Pépin vinrent en Neustrie. L'assemblée se fit à Compiègne. La réclamation débattue, le résultat fut qu'un tiers des trésors serait

(i) Vie du duc Pépin.

altrîbuQ au rei, d'Austraaie ^ un auire Iters à Chloyîs, ie dernier tiers à sa mère (!)•

Celle îoiporlante négaciation fui la denaîère de la mémorable vie de Pépin. Quelques mois s'écoulèrent donl aucun événement ne troubla la paix. Après quoi la mort vint , et il s'éteignit dans sa gloire et dans sa puissance. La modération, l'équité , l'habileté de $oa administration avaient enfin désarmé tous ses . anciens ennemis . L' Au&trasie entière déplora sa perte ; ces r^rets étaient légitimes. Tant que Dagobert avait écouté les conseils de Pépin , il avait obtenu et mérité Faffection de.ses peuples» Depuis que Sigebert , instruit et dirigé par ce duc, gouvernait, FAustrasie, heu* reuse et contente, n'éprouvait plus ni oppressions ni déchiremens. Ce fut un homme de résolution , mais en même temps de conciliation et de prévoyance, qui eût tenté et achevé les plus grandes choses, mais qui en craignait l'injustice , quoiqu'il en méprisât les périls. On peut douter, malgré d'assez plausibles excuses , si ce ne fut pas une faute , dans sa jeunesse , d'avoir suivi ceux qui préférèrent de livrer son pays au roi de Soissons , que de tenir la fidélité promise aux enfaqs de Théodoric. Il faut le blâmer ou d'avoir

(i) C'était la loi des Ripuaires: «Mulier, si viram saperyixerit ter-

tiam partem de omoi re quam simul conlabon^veriot,^ sU>i stii4eftl eviodH care. » (Lex Bipuariorum, tit. 3^, art. a).

Il est pourtant douteux, quoi qu*en ait dit un de nos historiens, que ce f oit là \fi motif de la décision ; car il y atait deux autres reines, outre Nanthéchilde, et la loi ripuaire ne devait pas avoir une bien grande autorité pour les successions et pour les mariages de la Neustrie. La règle était , comme il a été déjà dit, que chacun fiU jugé par^sa loi.

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