‹ Histoire des FrancsChapitre 86 sur 214 · LIVRE IX · texte numérisé non relu

LIVRE IX

entre Herïhanfrîed et le comte OEnulf. Hermanfried, qui avait épousé la (ille d^iEga , était d'humeur hautaine et impétueuse, et puisait d'ailleurs dans cette alliance plus de confiance encore et plus de fierté* Il lua Œnulf. Ce meurtre souleva le peuple et le plus grand nombre des leudes. On prit les armes. Nantéchilde elle-même reconnut la nécessité d'abandonner HermanlVied à ses ennemis. Ils le poursuivirent, pillèrent ses biens , firent un grand carnage de ceux qui raccompagnaient, et le réduisirent à chercher un asile en Austrasie, dans la basilique de Reims. Quelle était la vraie cause de ce désordre? Sans doute Tambition d^Hermanfried , et elle avçrtait , comme il arrive souvent, dans son empressement et dans sa violence.

Enfin révénement attendu se réalisa.; jËga n'était plus. On s'assembla précipitamment pour l'élection de son successeur, et la fortune de Chlovis inspira un choix si heureux , que toute grande qu'était cette perte , on crut bientôt n'avoir rien perdu. Car ce fut à Erchinoald que les suffrages des leudes et de Nantéchilde firent échoir cette imposante et redoutable dignité de maire du palais de Neustrie. Erchinoald avait un premier avantage assez important; il était de ia famille de 3ertrude, aïeule duroi, et il rejaillissait ^ sur lui quelque chose de la confiance et de l'affection que l'extrême bonté de cette reine lui avait fait accorder autrefois par les leudes. Cette alliance d'ailleurs était comme un nouveau gage de fidélité. Mais son caractère en était un meilleur encore et plus sûr. II. 13

Ërchinoald était afTectueux , patient, plein de réserve et de modestie. 'Ni l^ambition, ni la cupidité , ni Torgueil , ne le délournèrent jamais des voies de la prudence et de l'équité. Il fut tel que l'exigeaient en ce temps Fobéissance toujours incertaipe des leudes , et la domination toujours menacée d'un si jeune roi. >Ega n'avait pas fait voir plus d'habileté, et Ërchinoald eut bien plus de désintéressement, de sincérité, de constance.

Toutefois, i£ga, continuant une autorité établie antérieurement , avait pu , comme pendant le règne de Dagobert , l'exercer à la fois et sans partage, sur la Neustrie et sur la Bourgogne. Mais Ërchinoald , récemment élu et dans de moins favorables conjonctures, ne conserva pas long-temps cette faculté. Les Bourguignons, à qui Chlotaire avait pu persuader autrefois qu'il était désavantageux qu'un maire fût interposé entre eux et leur prince, forcés maintenant, par la minorité de Chlovis , d'admettre de nouveau cette in* tervention, prétendaient qu'au moins, s'il fallait qu'un maire du palais commandât encore parmi eux , ce ne fût pas celui de Meustrie. Nantéchilde et Ërchinoald s'alarmèrent des périls où les engageraient peut-être l'orgueil et l'ambition de ces leudes , s^ils résistaient trop ouvertement à leur volonté. Ils ne cherchaient plus qu'un expédient pour y déférer sans se nuire , et pour éviter l'affaiblissement de leur puissance ^ même en consentant qu'un nouveau maire y participât. La difficulté était épineuse ; ils réussirent cependant à la surmonter.

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