‹ Histoire des Gaulois d'OrientChapitre 24 sur 40 · XXXII. « Ibid. VI, XX · texte numérisé non relu

XXXII. « Ibid. VI, XX

' /*fV/. II. xn. " /M. VLxiir.

f DES GAULOIS D'ORIENT. 155

dun peuple, soit d'une confédération, des assemblées générales de prêtres pour juger les grandes causes, tels sont donc les faits saillants qui se présentent dans les institutions de la Gaule européenne; et ils concordent assez bien avec l'idée que donne Strabon du gouvernement galate. Mais ces rapprochements demeurent vagues, et peuvent représenter plutôt un état social analogue que des rapports de filiation prochaine ou d'imitation directe. Il faut développer par d'autres documents ces courts passages d'écrivains qui n'avaient guère l'un les moyens, l'autre la volonté d'approfondir cette matière.

Après avoir établi qu'il ne faut pas trop étendre le sens du mot servitude^ employé par César pour exprimer la condition de la plèbe gauloise vis-à-vis des grands, et que ie système de la recommandation germanique existait dans la race gauloise, M. de Courson ^ reconnaît, d'après César, que la plèbe n'était point admise au gouvernement du pays^. Ceci donne lieu de penser que les conseils dont parle César ne se composaient alors que des Druides, juges ordinaires des causes publiques ou privées ^, mais exempts du service militaire comme des impôts*, puis des nobles, que César appelle chevaliers , et qui étaient sans cesse appelés aux armes par d'innombrables guerres de tribu à tribu. Ces traits de mœurs étaient généraux dans la race

' Hist.despeupL bretons y Ll,p,&S- ^ tr Plèbes... per se nihil audet

71, 75-78. Ouvrage couronné par rmulloque adhibeturconsilio.t) (Ca?-

rinstitut. Depuis la composition de ce sar. De bello galUco, VK xiii. )

mémoire, Tauteur des Peuples bretons ' Ibid. VI , xiii.

vient d'y obtenir un nouveau succès. " ïbid. VI. xiv.

gauloise, et pourraient, sauf peut-être la mention des Druides, s'appliquer aux Galates, chez qui cependant leurs occupations au dehors laissaient peu de place à des guerres intestines; mais il est d'autres détails, empruntés à des textes beaucoup moins classiques, et qui peuvent trouver place ici pour éclaircir ou compléter les témoignages de César et de Strabon,

Rappelant le célèbre procès d'Orgétorix \ M. de Coursoù^ fait observer que, parmi les hommes qu'amenait l'accusé. César distingue trois classes : i® omnem suarajamtliam, ad homiîium decem millia^ ce que l'auteur traduit sans hésiter par le clan (cenedl) dont il était le chef; 2° omnes clientes, c'est-à-dire ses amhacts^, analogues aux soldures aquitains^, et qui sont les recommandés^ dont nous parlions tout à l'heure; 3° ohœratosque stu>s, tous ses débiteurs. La première de ces classes, le savant écrivain la considère comme liée héréditairement à son' chef {penccwerf/); partout, en effet, dans l'étude des lois bretonnes, il retrouvera le système du clan.

Mais, avant d'aller plus loin, qu'il me soit permis de rappeler à mon tour que ce système se retrouve, presque à l'autre bout du monde connu des anciens, chez des peuples d'origine commune aux Germains et aux Celtes, mais séparés des; Gaulois à une époque primitive encore. En regard de ces analogies frappantes que des peuples de même race présentent dans l'histoire du moyen âge, et

^ Cœsar, De bello gaïlico, l, iv. «t la note de M. Régnier sur ce pas-

* HisU des peuples bretons, t. I, sage, p. 73-7/i. * Id, ibid. III, XXII.

^ Cœsar, De hello gallico, VI. xv. ^ Id. ibid. VI, xi et xui.

même, pour la haute Ecosse, dans l'histoire des temps modernes; en regard aussi des faits signalés par Tacite et Grégoire de Tours sur les institutions analogues qui se retrouvent dans une branche de la même famille, de mœurs différentes pourtant, puisqu'elle aime la vie errante, écoutons ce qu'un célèbre interprète de YAvesta.M. Spiegel , nous apprend touchant l'état politique des peuples iraniens, à l'époque où furent composés quelques-uns des plus anciens de leurs livres sacrés,

ffLa composition des peuples [stanimverfassung) , qui paraît être un caractère propre à la race dite indo-germanicpie, s'était maintenue dans sa plus grande pureté. Les Iraniens se partageaient en familles (en Zend, nmâna); un certain nombre de familles formaient un clan (vie); un certain nombre de clans une confédération (zântu), et plusieurs confédérations, une région (daghu). Comme degré le plus élevé, parait le daghu-çaçti^, placé au-dessus du daghu y et qui désigne probablement un grand empire. Comme chef de ces difl'érentes fractions, nous trouvons un seigneur (paiti); cependant il y a aussi des indices [Yaçna, xix, Bo-ôâ) que, dans plusieui^s lieux de la terre iranienne, on ne trouvait pas de daghu-^iti^ mais que la

confédération se régissait sous la forme démocratique

La coutume des assemblées populaires (le mot iranien qui les désigne est haûjamana) se trouve déjà indiquée dans Hérodote; c'était une force placée auprès du chef de

* Voyez Yaçna, LXI, xv. Ce sont l'antiquité ia plus grande. — Voyez

les chap. xxviii à lui, écrits dans traduction allemande de VAvesta,

un dialecte différent, qui, dans le introd. du l" vol. p. xiii-xiv, et

Yaçna, paraissent à M. Spiegel de introd. du II* vol. p. lxxvi.

chaque division, et elles limitaient essentiellement sa puissance. — Ce mode de composition d'un peuple remonte aum loin que nà$ sources, se maintient sous les Sassanides et siJ}siste encore avec de rares modifications ^ -n L'auteur ajoute, une page plus loin, que, si, au temps des Sas-* sanides, la population était divisée en prêtres, guerriers, laboureurs et artisans, cette dernière classe ne parait point dans le Vendidad; elle n'est nommée que dans les chapitres xiv et xix du Yaçna, probablement postérieurs au Vendidad même.

La persistance singulière de cet état de choses, peu en rapport avec les habitudes des conquérants étrangers, qui, à diverses époques, ont dominé dans Y Iran, paraît de nature à motiver une attention sérieuse. Si maintenant l'on se rappelle que les populations belges ont pu ne quitter qu'aux temps historiques les plateaux de l'Asie centrale, on pourra penser que les rapprochements marqués, faciles à signaler, entre un Code des Bretons insulaires au x® siècle et les coutumes bactriennes, se rapportent à une communauté réelle d'habitudes et de traditions; et l'on peut aussi penser qu'elle exista en Galatie^.

Revenant donc aux peuples gaulois, écoutons ce que nous dit M. de Courson : «t Ces cités (ou Etats beiges, celtes et aquitains) se subdivisaient elles-mêmes en pagi ou cantons. Quatre pagi composaient ordinairement le ter-

' Spiegel , traduction aiiemande rent plusieurs fois en Asie Mineure ,

de YAvesta, introduction du H* vo- entre le xii'et le v* siècle, et qu'elles

lume, p. iii-iY. ne vinrent pas toutes d'au ddà du

* J'ai dit plus haut que les incur- Pont-Euxin ; peut-être la Phrygie en

sions des Cimmëriens se renouvelé- avait -elle conservé quelques débris.

DES GAULOIS D'ORIEMT. 159

ritaire d'une cité; il est permis, du moins, de l'induire de quelques exemples que l'histoire fournit; n et il cite en note les quatre pagi helvétiques du V^' livre des Commentaires de César et les quatre chefs du pays de Kent, dans le V* livre. H ajoute que, d'après l'exemple des Suessions et des Helvètes, on peut admettre que chaque cité comprenait douze oppida^ comme chaque cymm/wd ou canton était partagé en douze mœna/wr (manoirs ou bénéfices) dans les lois de Hoêl-dda *. Le nombre 4 et son multiple 12 formaient, nous l'avons vu, la base de l'organisation des Gahtes. Cedernier nombre, il est vrai, résulte ici d'une circonstance accidentelle : c'est que trois tribus distinctes formèrent la colonie; ce ne sont point k cités qui comprennent ensemble is oppida, ce sont trois peuples qui se partagent chacun en quatre tétrarchies; mais la division de la cité en 4 se retrouve ici comme chez les Kimris du moyen âge (voir page suivante). Poursuivons.

Chaque tétrarque avait sous lui, dit Strabon, un juge, un chef militaire et deux sous-chefs. Un pouvoir militaire permanent devait exister aussi dans chaque cité gauloise, puisque, comme nous l'a dit César, la guerre était extrêmement fréquente entre les cités ^. Au vergobret électif et annuel des Ëduens, qui avait droit de vie et de mort^, devait correspondre, dans chaque cité, un juge suprême, car on ne peut pas supposer que toutes les causes criminelles ou civiles des Gaulois se jugeassent au pays des Garnutes : voilà le o^paTO^vXal et le Sdcol^ijs des tétrarchies gaiates. On reconnaîtra, si l'on veut, dans les

' Hist. dés peuples bretons, tome I, ^ Cœsar, De hetlo galUco, VI , xv. p. 86. , ^ W. ihid. l. XVI.

deux \/rro(/lp(tTo(pvXoLxes, les chefs des deux factions' qui,, seion César, se trouvaient dans chaque cité et qu'autorisait une coutume légale, afin que chaque chef local de parti protégeât ses partisans contre l'injure des personnes puissantes. 11 est même assez naturel que, sous un chef unique, nécessaire pour l'unité des opérations militaires, on formât, des corps séparés de ceux qui se trouvaient groupés d'avance sous l'autorité de leurs gardiem. Quant au tétrarque, nous ne savons s'il fut, dans les premiers temps, électif ou héréditaire, et la dignité royale, qui correspondrait à une tétrarchie héréditaire^ n'existait pas chez les Gaulois, au temps de César; mais ce n'est pas à dire qu'elle fût essentiellement étrangère aux moeurs gauloises, et que le fait de Déjotar, héritant du pouvoir chez les Tolistoboyes^ fût sans analogue dans l'histoire de leurs frères occidentaux. Dans tous les cas, la distinction faite par Strabon entre le chef militaire et le chef politique des peuplades gauloises, il la fait également pour les tétrarchies galates, oi!t elle était plus nécessaire encore, quand les accidents de la guerre et l'état politique de l'Asie conduisaient si souvent les troupes loin du pays.

Transportons-nous maintenant à douze siècles et à mille lieues de la conquête de la Galatie, à la cour de Hoélk Bon, dans cette Bretagne insulaire dont César a dit ^ que la partie méridionale était peuplée de Belges, conservant pour la plupart les noms des cités gauloises d'où ils étaient sortis. Ne nous laissons pas entraîner, à cause de la résidence de Hoël, à nier l'origine belge de ses su-

* Cœsar, De bello gallico, VI, xi. -i- * Id. ihid. V, xii.

jets : les Kimris réfugiés dans louest de l'île se disaient Logriens et pariaient de Londres comme de leur ancienne patrie ^

Le code que promulgua Hoël, et qui probablement, comme toutes les lois des peuples à demi barbares, représentait bien plutôt des coutumes traditionnelles quune création législative, nous apprend d'abord qu'un royaume se divisait en quatre cantrefs^ ou cantons, divisés euxmêmes en cymmwd. Chacune de ces divisions (tétrarchie) avait à sa tête un arglwyddy ou chef militaire héréditaire, qui porte quelquefois le titre de machtyem ou vice-roi, parce qu'il représente, dans son territoire, le iyem ou brennin^ c'est-à-dire le roi. Que, dans un pays resserré par la féodalité saxonne, Yarghvydd fût devenu d'électif, héréditaire, cela n'a rien qui doive surprendre, et ce n'est pas là un motif qui puisse faire contester la parenté entre le &lpaTvy6s de Strabon et cet arglwydd insulaire; il sera le mo-paiti des Iraniens, comme le cymmwd peut correspondre à leur nwÂna.

Mais les attributions de Yarghvydd n'étaient pas seulement guerrières. 11 présidait une assemblée judiciaire , où se jugeaient les causes de nobles bretons, qui, à leur tour, administraient la justice parmi les chefs qui leur étaient subordonnés^; l'arglwydd réunissait donc aux fonctions militaires celles du juge, comme autrefois le vergobret des Eduens. Mais il existait des cours supérieures à la sienne :

' Dans un vieux fragment de lé- rappelle, à ce sujet, que les quatre

gislation que cite VHisU des peuples cantons des Helvètes comprenaient

bretons, t. II, p. 79. quatre cents bourgs.

* CarU , cent , tref, village : l'auteur ^ Hist. des p. hret. t. Il , p. 7 a , 7 3 .

celle du brennin d'abord, à laquelle étaient réservées certaines causes, tant criminelles que civiles*; puis, au-dessus de toutes, celle de la confédération. Celle-ci, on le voit sans peine, correspond à la cour du drynémète en Galatie. «Le drynémète, dit Ritter, était un bois de chênes [dervy Spvs), choisi, en souvenir des coutumes gauloises, comme lieu de réunion du sénat des douze tétrarques. -n L'auteur cite en effet ^ un sanctuaire des environs de Bordeaux, appelé en gaulois vememetesy selon Fortunat, nemet indiquant un bois, une chênaie; derVy aujourd'hui encore, signifie un chêne, en breton. C'était, en Galatie, à la cour du drynémète qu'étaient réservés les cas de meurtre, que les lois kimriques attribuaient à celle du roi; mais Strabon ajoute, (rLes causes non capitales étaient jugées par les (T tétrarques et par les juges,?) ce qui donne à penser que le tétrarque avait une cour de justice supérieure à celle du juge proprement dit et analogue à celle de Yarglwydd; elle était destinée sans doute soit aux appels, soit à des causes plus graves que les débats ordinaires. La triade de hautes juridictions se trouvait ainsi conservée, bien que le degré moyen ne fût pas tout à fait le même, le tétrarque n'étant pas un roi, et chaque tribu n'ayant pas eu à! abord de chef commun. Chez les Iraniens aussi, la confédération était directement formée par les clans.

Mais ce ne fut là que le premier état pohtique de la Galatie. Quelque temps après, au rapport de Strabon luimême, la Galatie eut trois chefs, ce qui veut dire évidemment que chaque tribu en eut un, mais ne signifie pas que

* HisL des peup, bret, t. Il, p. 7 2 -7/1. — * Kkin-Asien, t. I, p. 601.

la tétrarchie fût abolie. Cet état de choses existe dès le commencement du u* siècle. Nous voyons en effet que Tite- Live ^ appelle unus ex regulis cet Eposognat qui chercha à empêcher les Tectosages de s'armer contre Manlius Vulso, et qui, lorsque ses efforts de pacification eurent échoué, lui fit savoir : profectum ad régulas Gallorumy nihil œqui impetrasse. On en pourrait déjà conclure qu'il y avait encore plusieurs regult ou tétrarques chez les Tectosages; or Tite-Live dit, de plus 2, qu'Ortiagon, Gombolomar et Gaulot, étaient les reguK des trois peuples, autrement dit les hrennins^ élevés au-dessus des machtyems, tels qu'Eposognat. Mais, au moment de la conquête, les chefs des en* vahisseurs n'auraient pas voulu se subordonner les uns aux autres.

Quant au sénat du drynémète, il était composé de trois cents membres, comme la cour du brennin kimri, à laquelle il correspondait et par la nature des causes qui lui étaient réservées, et parce que celle-ci était immédiatement au-dessus du tribunal de l'arglwydd. Un conseil fédéral existait d'ailleurs au temps de Hoël-dda. Trois objets, plutôt politiques que judiciaires, lui appartenaient : (c Changer les règlements d'un brennin, le détrôner, et ff établir de nouvelles méthodes, de nouvelles sciences chez (ries bardes. •» Encore, pour le second cas, ne faisait-il que confirmer la sentence rendue par la majorité des cours du royaume, présidées par le chef suprême'. Néanmoins, comme cour d'appel peut-être, cette assemblée de tous les Etats avait aussi un pouvoir judiciaire, mentionné par

' Tite-Live, XXXVIII, xvni. ' Hiat. des peuples bretons, t. Il,

' /èttf. XXXVIII, m. p. 78.

d'anciens recueils de lois K Son pouvoir législatif proprement dit est formellement énoncé par le code de Hoël le Bon 2, pouvoir qui, d'après le même texte, appartenait aussi à l'assemblée d'un seul Etat, ou même d'un seul clan ^ Ajoutons que les tymm prenaient part à cette assemblée fédérale^, ce qui nous explique ce nom de sénat des tétrarqueSy que Strabon donne à l'assemblée du drynémète. Cette assemblée du hois des chênes comprenait-elle, en Galatie, les druides, qui formaient le conseil annuel des Gaulois? J'en doute, je l'avoue, et ne suis pas bien sûr que beaucoup d'entre eux aient suivi Luthar et Léonnor, ou même Sigovèse, dans leurs courses aventureuses. Et, malgré la présence de femmes et d'enfants à la suite des envahisseurs, rien ne me prouve même que l'institution du clan proprement dit, comme groupe de familles, se soit retrouvée, en Galatie, dans toute sa pureté, quelque force qu'elle eût encore, douze siècles plus tard, dans la Bretagne insulaire, et bien qu'elle formât jadis l'institution fondamentale des peuples iraniens. Aussi n'ai-je point prétendu que je retrouverais en Asie les institutions gauloises tout entières. Un mot encore cependant : le service militaire et la possession du sol étaient rigoureusement inséparables chez les Kimris du x* siècle, et la possession du sol était attachée à la condition d'homme libre ^. Ce privilège des armes, revendiqué comme une marque de supériorité personnelle, ne doit-il pas se représenter à l'esprit, quand on voit les Galates si profondément séparés

* Hisu des peuples bretons, t. II, ' Hist. des peup. hreU p. 86. p. 73,78 et 83. * Ihid. p. 8/i.

' Ihid. p. 8*2. " Ihid. t. Il, p. 28 et 116-119.

des populations civilisées et pacifiques au sein desquelles ils se sont fixés. Ainsi, après la grande invasion, les Ostrogoths et les Vandales demeurèrent toujours distincts et séparés des populations indigènes; les Lombards et les Wisigoths le restèrent longtemps, et, si les Francs s'unirent plus tôt à elles, c'est que la communauté de religion les porta de très-bonne heure à appeler au service militaire les habitants gallo-romains.

A côté des faits, je ne dois pas négliger une conjecture de Wernsdorf \ qui, prise dans sa généralité, ne manque pas de vraisemblance : c'est que le système de la clientèle de peuple à peuple, cette partie importante des habitudes politiques de la Gaule, existait aussi chez les Gaulois d'Orient. Pour Wernsdorf, cries Sébasténiens des Tectosages^ sont des colons ou des alliés du peuple tectosage. Nous verrons plus loin combien cette opinion, sur ce point spécial, est éloignée de la vérité, les Sébasténiens-Tectosages des monuments étant les habitants même d'Ancyre; et, quant aux peuples du Pont ou de la Pisidie , que l'on a cru reconnaître, chez Pline ^, dans la géographie politique de la Galatie, ce ne sont que des populations administrativement réunies à la Galatie romaine ^ par suite d'événements que nous verrons dans le cours du récit. Mais, si les nom breuses cités dont l'auteur latin ne nomme qu'une très faible partie, si les cent quatre-vingt-quinze peuples ou tétrarchies qu'il dit exister de son temps dans la province sont, pour la plupart, d'anciennes cités phrygiennes ayant conservé, sous les Gaulois ou sous les Romains, une orga-

' De rep. Gai c. vi, S aa. — * H. N. V, xlii.

ûisation municipale, il paraît aussi quil s*y trouve quelques tribus gauloises ou germaniques, chez qui s'était maintenue jusqu'alors une existence distincte, à travers la durée des Etats trocme, tectosage ou tolistoboye, auxquels ils avaient été subordonnés. On ne saurait aisément nier que Pline lui-même ne l'entende ainsi dans ces deux passages * : ^ T^î partem eam insedere Gallorum , Tolistocr bogi et Voturi et Ambitui vocantur. — Uberrimam partem cr (Cappadociœ) occupavere Tectosages et Teutobodiaci. t^ Les Votures et les Ambituens doivent avoir été clients des Tolistoboyes , et les Teutobodiaques , clients des Tectosages, puisqu'ils paraissent compris dans les limites de leurs tétrarchies.

Quant à la distinction soutenue par Werjisdorf ^, que Déjotar ne fut roi que de la petite Arménie, Mithridate le Pergaménien, que du Bosphore, et Amyntas, que de la Pisidie et de la Lycaonie, parce que le titre de roi était odieux aux Galates, qui ne le reconnurent jamais dans les limites de leur pays, je ne vois rien dans l'histoire qui appuie cette conjecture. Les médailles de ces princes portent simplement^ : BdaiXeeos AriiOTOLpov^ Baaiketos A(ivvTov *, et il est douteux que Wernsdorf eût imaginé cette hypothèse, s'il n'eût été, comme Pelloutier, sous l'influence de cette idée, que les Gaulois de Tite-Live sont le même peuple que les Germains de Tacite, que les races

* PL H, N. V, xLii. comme pom* celles du prince macë-

* VI , g û . donien , père de Philippe , prince qui . ^ Ëckhel, DocL numm. vet, t. III, d'ailleurs, ne prend pas le titre de

Galatta, ^aurtXevs, comme le fait remarquer

* Et non le gf^nitif dorien ÀfxtuTat . Eckliel , /. /.

celtique et tudesque sont identiques, et que les mots de leur langue doivent s expliquer par lallemand.

Wemsdorf a une idée probablement beaucoup plus juste, bien qu'il lappuie expressément sur la même théorie, quand le silence absolu de Thistoire sur les tributs payés aux tétrarques et aux princes galates lui fait penser qu'ils vivaient du revenu de leurs domaines, n'ayant pas d'ailleurs d'armée à entretenir aux frais du trésor, dans un pays où tout Gaulois était soldat ^ Déjotar, dit-il à ce sujet, fut obligé de vendre ses meubles pour payer ce qu'il devait fournir à César; il eut un trésor à Péium, mais le témoignage de Gicéron nous apprend qu'il était grand agriculteur et soigneux nourrisseur de bestiaux. Nous verrons aussi qu'il est question, dans l'histoire, des nombreux troupeaux du roi Amyntas, et, si cette vie quelque peu patriarcale subsistait chez les princes de la clientèle romaine, à plus forte raison ces mœurs simples devaient- elles être celles des tétrarques, non -seulement au premier siècle de la conquête, mais aux temps qui suivent la guerre de Manlius.

Sans entrer dans ces divers détails, Ritter^ fait entendre que les mœurs des Gaulois s'étaient longtemps maintenues sur le sol de l'Asie, trll ne reste, dit-il (après avoir traduit le passage de Strabon), aucune trace d'un monument quelconque écrit par les Galates en langue celtique, aucun acte politique consigné par écrit Et nulle

énumération chronologique ou généalogique des chefs ou tétrarques gaulois n'a été conservée par eux durant les

» VI, 28. — * Klein-Asien, 1. 1, p. 6o3.

trois siècles de leur domination. Entourés de peuples lettrés, ils semblent n'avoir point eu d'écrit qui leur appartînt. •» Ce que dit Wemsdorf^ des goûts scientifiques ou littéraires de Déjotar, d'après Gicéron, et de Castor, d'après un témoignage de Suidas, un peu confus, il en convient lui-même, ne prouve pas grand chose en faveur de l'état ordinaire et général de la nation : cette famille vivait dans la clientèle de Rome. Les citations assez nombreuses des écrits de Castor, réunies, dans la collection Didot, à la suite d'Hérodote, montrent beaucoup d'érudition et assez •peu de critique. Ces écrits se rapportent, en général, à la vieille chronologie des Assyriens et des Grecs, aux rois de Ninive, de Sicyone, d'Argos, et aussi un peu aux subtilités néo-platoniciennes, qui cherchaient à se produire bien longtemps avant Plotin. Quant au langage de Themistius sur l'aptitude aux études de la race qui habitait la Galatie^, il est beaucoup trop tardif pour avoir aucune importance, en ce qui concerne l'histoire des Galates indépendants.

» VI, 10.— 'Ibid.

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