‹ Histoire des Gaulois d'OrientChapitre 3 sur 40 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

LES CIMMERIENS.

Les faits les plus anciens qui nous montrent la race gauloise en rapport avec les peuples orientaux, ce sont les invasions des Cimmériens dans l'Asie Mineure. Le tableau de ces invasions n'a été tracé en-détail par aucun historien, au moins de ceux dont les écrits sont parvenus jusqu'à nous; aussi n'ai-je ici que deux questions à traiter : la fraternité des Cimmériens avec nos ancêtres et la chronologie de ces invasions. Encore, pour la première, devrai-je plutôt l'indiquer que la développer. Elle a été examinée par M. Amédée Thierry dans l'introduction de son Histoire des Gaulois, et je n'aurai guère ici qu'à rappeler ses arguments.

Outre le langage de Diodore\ de Strabon^ et de Plu-

* Liv. V, cb. xxxii : <Paai rtveç èv TOts tsaXaiots ;^p<Wi$ roxis T))y k(Tiav ^âaav Karahpafiàvras àvofiaiopiévoxjs hè Kinfispiovs rùirovs sîvai, ppcLX^ "^^ XP^^^ "^ XéStv (pdeipavTOs èv rf tùv xaXorjiJLévcjv ILi^^pdûV tspo&rjyopia.

* Voyez le second fragment de Callinus, dans l'ëdition de Bach (cf.

Sirabon, VII, ii) : kns èxeivoûv. . .

o Kififiépios xXr}6eiYf Bàtnropos (Uotrethéûvios ov xoLxôàç eUAiet) oïov K.tpL€piKà$, KipLfiepiovs roùs Kip.- ^povç ovofiaaâvTùtyv t«p ÈXXijvùnf.

tarqueS et, si Ton veut,- la racine du iilot Kififiépioi, c'està-dire le nom de Kimris, que les Gallois se donnent encore à eux-mêmes^, le nom de la Tauride, dont le Bosphore a conservé si longtemps l'épithète de Cimmérien, tandis que Taur, en kimrique comme en gaélique, signifie montagnard et représente ici les habitants du Tchatyr-Dagh, qui s'étend de Sébastopol à léni-Kalé; puis surtout le nom des cavernes que se creusaient ces peuples , sans doute pour se soustraire aux rigueurs d'un hiver de Crimée, et qu'ils désignaient par le mot kimrique d'argel ou argil, sont des indices qui laissent peu de place au doute, si, du moins, on les rapproche les uns des autres '. On pourrait douter toutefois que le souvenir des sacrifices humains, auxquels présidait Iphigénie, soit une preuve bien réelle que les Gimmériens del'Euxin pratiquassent cette affreuse coutume, existant encore, aux temps les plus historiques, chez les Gaulois d'Occident; peut-être , sans nier le culte sanglant de la Tauride , peut-on croire que les Grecs avaient choisi arbitrairement une région de ce qu'ils appelaient la Scythi^, pour faire rejaillir sur la plus douce figure de la famille des Atrides les fatales horreurs do sa maison. Mais cette réserve sur

' Vie de Marins ^ ch . xi .

' 11 est vrai que Fréret {Mémoire sur ks Gimmériens, si* article. Académie des inscriptions et belles-lettres, t. XIX, p. 592-698) regarde ce nom comme dërivé du breton A;tmmar d associé)», et pns par les Bretons insulaires pour exprimer leur ligue formée contre les envahisseurs saxons. Mais celte hypothèse, fûtelle vraie, laisserait encore au nom

des Gimmériens une racine gauloise; et c'est dans la langue gauloise aussi que Posidonius et Festus cherchaient et croyaient trouver Vétymologie de ce nom , ainsi qu'il résuite des citations do Fréret lui-même, au même endroit(p.59i). — M.deCoursonm'a^ sure que le nom de Kimri ne se trouve chez les Bretons que vers le xii' siècle.

^ Histoire des Gaulois, introduction, p. LVI-LVII.

DES GAULOIS DORIENT. 3

un détail des preuves ne doit pas nous induire à rejeter l'existence de la race gauloise dans l'Europe orientale, à une époque à la fois ancienne et historique. Les témoignages en deviennent, d'ailleurs, de plus en plus nombreux lorsqu'on approche du siècle j[jui vit s'opérer l'établissement des Galates. J'aborde donc , sans plus de préambule, ia question des dates auxquelles on doit rapporter les invasions des Cimmériens dans l'Asie Mineure.

Je dis les invasions, quoique Hérodote, le sexii' historien qui mentionne ce fait/ n'en signale qu'une seule, assez longue, il est vrai. Mais Strabon, dont les textes, sur ce sujet, ont été réunis ou, du moins, indiqués par M. Bach, dans sa savante édition de Callinus, affirme qu'il y en eut plusieurs. Parlant, au troisième chapitre de son premier livre, des migrations de peuples, il assure^ que les Cimmériens, nommés Trérons, ont plusieurs fois dévasté le pays à droite du Pont-Euxin et les Etats voisins, tantôt la Paphlagonie, tantôt la Phrygie, oà ils réduisirent le roi Midas à se tuer. Il avait dit plus haut^ que les Cimmériens avaient pénétré en lonie, dès le temps d'Homère ou peu avant lui, et que ce poëte connaissait le Bosphore cimmérien, puisqu'il parle de ce peuple. J'avoue que ce raisonnement ne me parait pas avoir une portée bien grande. Quoi qu'en dise le savant commentateur ^ M. Tiersch a eu raisoa de ne pas voir des souvenirs historiques fort

* Liv. î , c. m , p. 97 du I" vol. nei, Asii Samii carminum quœ superdans l'éd. Tauchnitz ; Leipzig ,1899. sunt, ( Disposait , emendavit , illustra-

* Ibtd. f. 9. vit Nie. Bachius; Lips. i83i; note ^ Callini Ephmi, Tyrtœi ApUdr des pages 8-9.)

authentiques dans la mention qu'Homère fait des Gimmériens; elle montre seulement qu'ils habitaient déjà dans la région de l'Euxin; mais le souvenir d'incursions de ce peuple en Asie Mineure, à des époques diverses, est tout autrement sérieux.

Strabon dit que les Trères en ont fait aussi plusieurs, et il les compte au nombre des peuples gaulois, quoiqu'il les distingue des Trérons. Il raconte [ubi supra) que Kob, chef des Trères, fut expulsé de son pays par Madys, roi des Cimmériens, qu'il appelle, un peu plus haut, Madys, l'habitant de la Scythie (toC SxvôiXoC). Et, comme ailleurs^ il dit aussi que les Trères, qui ruinèrent Magnésie, étaient des Cimmériens, il résulte clairement du rapprochement de ces divers passages que, selon le plus éminent des géographes anciens, les Trérons et les Trères étaient deux tribus cimmériennes; que les Cimmériens eux-mêmes appartenaient à la race qui a peuplé la Gaule, et que les Trères ont habité la Scythie, ainsi que d'autres Cimmériens. Mais en résulte-t-il que toutes les dévastations opérées dans l'Asie Mineure par lés Cimmériens, Trérons ou Trères, à des époques reculées, soient le fait de hordes parties de la Scythie? Strabon semble le penser, j'en conviens; les mots à droite du Pont-^Euxin, qu'il emploie en parlant de la Paphlagonie et de la Phrygie, indiquent une invasion venue par la Thrace, ou, du moins, allant de l'ouest à l'est. Mais il ne se met pas en peine jl'en faire la preuve, et il nous est permis d'en douter.

Rien, en effet, n'empêche de voir, dans ces traditions

' Callini Ephesii , etc. p. xiv, i (-2* fragnlent de Callinus).

remontant jusqu'aux temps homériques , le souvenir, confus sans cloute, mais persistant, des luttes et des déplacements qui se sont produits dans TAsie Mineure, à mesure que des migrations successives, arrivant de la haute Asie, venaient heurter des migrations antérieures. Si l'on ne doit pas nier qu'une invasion kimrique ne se soit opérée d'Europe en Asie aux temps purement historiques, ce n'est pas une raison pour soutenir que d'autres Cimmériens n'étaient point arrivés par l'est dans l'Asie Mineure, et plus tard peut-être passés en Europe par l'Hellespont ou le Bosphore. Peut-être même d'autres morceaux de Strabon se rapportent-ils directement à ces fluctuations de races, signalées par le génie investigateur des d'Eckstein et des Stark.

Il dit \ en effet, que, selon Callisthène, Sardes fut prise une première fois par les Ciramériens, et, selon les témoignages réunis de Callisthène et de Gallinus, une seconde fois par les Trères et les Lyciens. Or il ajoute que Gallinus représente l'invasion des Cimmériens comme dirigée contre les Esions, c'est-à-dire contre les Asiens, la Méonie s'appelant jadis Asie; cette dernière remarque était de

* XIII, IV. — Voyez le 5* frag- vat, wi9 ifv ai SipSet^ éàXùù^av, d-

ment da Caltinus de Bach : Oi/o-i 3é xiiovaiv oîisepi vàv Ywjypiov latrli

KaXXttrdévïjs iXôJvai rd; SapSeï; dira Xéyeadat Ûatoveïs rovç katoveîs,

Kiiifxepiœv ^pôirov, étff ivà TpTj- râ/a yàp »> Urjovia, ^mv, kaia

p&v Kai Avxiùnf, Ôvep xai KaXXivov èXéyero ' xaff Ô xai Ôfirjpos sUprjKev '

ivXovp ràv Tffs éXeye/a, ^otvrrh> ■ j,„,^ ^, ^,,^, K««<r7p/ou i^Çl péeSpa. ^(/JaroL hè rifv M K^pov xai Kpo/-

(Tov yevéadat âXoxriv, Aéyovros hè (Strabon, livre XIII, chapitre iv, au

rov KaXXivùv rifv é^ohov r&v ILtpL- troisième volume, page i54 de Vé-

(lepicûv èiri roiis Ùmov^as ysyové- dition Tauchnitz.)

Denaetrius de Scepsis. Si Gailinus se reportait réellement à l'époque oii l'Asie c'était la Méonie, à celle oii les habitants de la Lydie portaient le nom à'Astatiques^ nous serions ramenés vers les temps où Cariens et Méoniens, Lydiens et Phrygiens, cherchaient encore leur place définitive.

La seconde prise de Sardes, disaient Gailinus et Callisthène, comme ou le voit dans ce passage, fut l'œuvre des Trères et des Lyciens. Cette alliance entre un peuple kimrique et une nation de l'Asie Mineure fait supposer quelque chose de plus qu'une brutale et rapide incursion de pillards; on y peut voir soit des vues d'établissement durable, soit même le résultat d'un établissement déjà ancien, prolongé peut-être depuis les grandes migrations dont je parlais tout à l'heure ^

Si , d'autre part, Etienne de Byzance ^ appelle les Trères un peuple thrace, et cite, en même temps, l'hémistiche de Gailinus :

Jpripeas âvhpas âytov,

cela ne prouve point que Gailinus plaçât leur patrie dans

^ Cette alliance avait frappé Fréret {ubisupra, p» 6o3 ) ; mais , comme ffStrabon place les Trères (d'Asie) «rdans la Dictylitis, canton de F Asie, ffdont Homère nomme les habitants 9 Lyciens, yt le savant écrivain pense que les Lyciens, qui se joignirent alors aux Trères cimmériens, étaient ffles Trères voisins de la ville d'An- (rtandros ou ceux de la Lycie rtroyenne.i Quand cette conjecture

serait vraie, elle se rapporterait encore à un établissement durable formé, en Asie Mineure, par un peuple kimrique, établissement dont Torigine n'est point indiquée et qui devait remonter loin déjà, puisque ces Trères y avaient perdu leur véritable nom.

* Au mot Tpffpos, — Voyez troisième fragment de CalUnus, dans Bach.

ce que nous appelons la Thrace. Lorsque, en efl'et , Ton entend Hérodote nous dire que les Thraces sont, après les Indiens, la race la plus nombreuse'; quand, à son tour, Strabon attribue à la famille des Thraces les Gètes, qui habitaient les deux rives du Danube, les Mysiens, les Bithyniens, les Phrygiens eux-iïï(^nies -, dont nous verrons plus loin le caractère ethnographique; quand, enhn, Etienne de Byzance s'exprime ainsi , Èc/li Se if Spaxv X^P*» ff Uépxv XéyeTCLi xcù Àp/a^, on a peine à ne pas reconnaître, sous la dénomination de Thraces, le sens primitif de peuples ariens, et à ne pas interpréter le passage d'Etienne comme un souvenir confus d'anciennes migrations des populations ariennes vers l'Asie antérieure.

L'époque de la seconde prise de Sardes est déterminée par M. Bach avec une certaine approximation*. En effet, comme il le remarque , et comme Strabon le disait clairement^, Callinus parlait en contemporain de l'attaque impétueuse des Cimmériens, lorsqu'ils marchaient à la conquête de ce pays avec iafaria «jui, dans tous les temps, appartient à leur race :

Nûv S' èiti KifÂfieplûJv al paras ép/eroLi o^piiioépyojv.

* SprfïHœvhèé&vosyLéyurlàvè&lt, nous aurons vu rétablissement des

liera ye Ivhoits, isravT&Jv àvOpdlyjreov. Galatos parmi eux. (V, m.) * Voyez p. 6 à 17 de l'édition de

' Vn, III, 8ub imt, Callinus, par iM. Bach.

^ Au mot SpoLKïf, M. d'Eckstein * Voyez le deuxième fragment de

(Questions relatives aux peuples se- Callinus, ibid. p. Si-Sa. On ne sait

tnitiques, S 1 1, subjinem) insiste sur si le grand fragment de Callinus se

le caractère arien des populations rapporte ou non à la guerre des Cim-

phrygiennes et raéoniennes. Il sera mériens ; aussi n'ai -je point osé en

question de celui des Phrygiens quand faire usage.

Or, Strabon le dit au même passage, cette expédition est antérieure à celle où périt Magnésie (du Méandre) ^ puisque Callinus en parlait comme subsistant encore et victorieuse des Ephésiens; il écrivait donc avant Archiloque, chez qui les malheurs de Magnésie sont déjà passés comme en proverbe^. Or les témoignages unanimes de l'antiquité placent Archiloque au temps de Gygès, dans les premières années du \if siècle *. En admettant donc même qu'il écrivît peu après la prise de Sardes, cçt événement devait se trouver reporté au vni®, mais non à une époque plus ancienne; car, puisqu'on a mis en doute, chez les anciens, si Callinus fut antérieur à Archiloque \ il est à croire qu'il ne le précéda pas d'un bien grand nombre d'années, et M. Bach n'est pas trop téméraire quand il le place vers I l'ère des Olympiades.

} La ruine de Magnésie fut opérée, comme la prise de

: Sardes, par la tribu des Trères : ail arriva jadis que les

- ff Magnètes disparurent (dpSrjv àvcupedfjvou) sous les coups

rrdes Trères, peuple cimmérien qui fut longtemps puis- L crsant,7) dit Strabon au même endroit. Mais M. Bach fait

' ÀXXy)S hé Ttvos è(p6hov rwv KiyL- KXaieiv là Saffiœv, où jà HayvT^rojv

fiepiœv (léfivtfrai tgpea^vrépas (rffç *«**«•

Kœtà Mayvïffria^) è KaXXâ^of .,^èv ij è^al Kal ro vedirepov elvou roô KaA-

TY^v Jlàpheûûv &Xûû<Tiv hrjXoT. (L. XIV, Xivov Texp.aLipe(Tdat ^tgàpet/Jtv, Stra-

c. i;ëd. Tauchn. t. III , p. 186-187^) bon devait avoir sous les yeux les

* KakXîvos (lév ovv d)s eitrvxow- morceaux entiers de ces poêles. —

Tœv éri r&v Mayvijrwv fiéfirrrrat nal Voyez aussi (p. 7-8 de Bach) quel-

xaTopdovvTCùv èv ra> *apbs È(^eaiofJs ques mots de Clëment d'AIexaadrie

taoXép.eo , kpx^iXo^os hè ijhrj Çaiverat sur ce sujet.

yvûopiicûv titfv yevofiévrjy avroiscTVfi- ^ Voyez Bach, p. 6.

(popâv '' Ihid. d. i^. td-th.

observer^ que Tinvasion dont il s'agit ici fut passagère, puisque le géographe ajoute que, Tannée mivantey les Milésiens prirent possession de l'emplacement de cette ville. M. Franck, cité par l'auteur allen)and, en conclut que cette invasion n'est pas celle dont parle Hérodote. Une autre invasion encore est celle de Lygdamis, qui m'avait d'abord paru devoir être confondue avec cette dernière; mais que l'on examine de près le passage de Strabon, et on l'en distinguera. C'est, en effet, après avoir parlé des invasions répétées que les Cimmériens-Trérons firent dans l'Asie Mineure et de la catastrophe du roi de Phrygie , Midas, que l'auteur grec ajoute immédiatement : «^Lygtrdamis avec sa bande {yovs avToC àywv) poussa jusqu'en ff Lydie et en lonie, et prit Sardes; mais il fut tué en Ciff licie. Les Cimmériens et les Trères firent souvent de semer blables invasions; les Trères et Kob furent enfin expul- (Tsés, dit-on, par Madys, roi des Cimmériens^. -n Or, comme l'auteur vient de l'appeler Madys le Scythique, nous verrons tout à l'heure qu'il doit être considéré comme le chef ou l'un des chefs de l'expédition racontée par Hérodote. Qu'on ne s'étonne pas, du reste, si Strabon parle ici d'une prise de Sardes qu'il aurait oubliée dans l'autre passage; il connaissait assurément l'histoire d'Hérodote, et cependant il omet aussi (voyez liv. XIII) la prise de Sardes mentionnée par ce dernier. C'est ce Lygdamis dont l'invasion aux environs d'Ephèse est mentionnée par Callimaque ^,

* Édit. de Callinus, p. i/i. des Trères et celles des Ciramëriens.

* Sir. I, m; éd. Taiich. t.I,p.97. ' Voyez dans Bach la citation de — L auteur dit encore (Xlï, viu) Y Hymne à Diane, au sujet du 3" 1 que la Phrygie subit les invasions ment de Cailinus.

et que le poëte alexandrin regarde comme venu du Bosphore cimmérien, parce que, pour un poëte, tous les Cimmériens devaient venir de là. Gallimaque assure, du resrte, que ses bandes innombrables {ypafiddœ hov) furent anéanties par la puissance de Diane.

Cette répétition si fréquente de faits semblables dans les mêmes contrées, plusieurs fois rappelée par Strabon S faits dont, sans doute, nous sommes loin de pouvoir fournir l'énumération complète, nous doit induire à pen-

* Fréret, quoique très -persuadé du long séjour des Cimmérifens en Asie Mineure (p. 60 a, 6o3, 606), perd de vue ia succession des fdils , quand il prétend , contrairement à ce que nous venons de voir, que Strabon place à la même époque la prise de Sardes et celle de Magnésie. Il suit lui-même cette opinion erronée, et joint à ces faits la catastrophe de Midas , concluant de là qu il faut rejeter, pour cette dernière, la date d'Eusèbe (697), quatrième année de Gygès. crEn effet, dit-il, comme, rr selon Strabon, les Cimmériens resff tèrent maîtres des plaines du Caysrrtre ou de la Lydie, pendant un r? temps considérable après la desrr traction de Magnésie et le pillage

frde Sardes Oygès n'aurait pas

ffété en étal de s'engager dans des ff guerres contre les villes grecques fr(6oo-6oi).î> Strabon, nous l'avons vu , rapporte aux Trérons le malheur de Midas, et aux Trères la prise de Magnésie; et le règne de Gygès peut

avoir été postérieur d'une ou deux générations à la prise de Sardes. Je dirai plus : je n'ai point retrouvé te passage relatif au séjour des Cimmériens sur le Caystre ; mais on ne voit pas pourquoi, même après un échec, un roi de Lydie n'aurait pu tourner les armes d'aventuriers pillards eontre ses voisins d'Ionie. Dans l'invasion du vni* siècle, les Cimmériens avaient dû combattre les deux peuples ; c'est un poëte ionien qui parle de la campagne de Sardes. Si Fréret dit que Gygès aida les Milésiens a coloniser Abydos, ce fut apparemment après la guerre d'Ionie, qui put se terminer par la prise de Magnésie et être alors transportée ailleurs par les Cimmériens, car rien ne prouve qu'ils n'aient pas emporté cette ville comme alliés ou mercenaires des Lydiens. La concession de l'emplacement de Magnésie aux Milésiens serait le premier effort de Gygès pour regagner l'alliance de cette puissante cité.

Hérodote fait entendre (livre I, cha-

ser que, même à une époque peu reculée, il n était nullement besoin, pour mettre ces peuples en mouvement, pour exposer la Lydie ou l'Ionie à leurs incursions, d'événements tels que la grande invasion des Scythes, et qu'il y avait des Cimmériens beaucoup plus rapprochés de l'Ionie que ceux de la vallée du Dniester.

Arrivons enfin aux faits racontés par Hérodote. Sous Ardys, fils de Gygès, dit l'historien d'Halicarnasse, des Cimmériens, chassés de leur • pays par des Scythes nomades, se jetèrent sur l'Asie et s'emparèrent de Sardes, dont cependant ils n'occupèrent point la citadelle K Les Scythes , dit-il ailleurs ^, pressés eux-mêmes par les Massagètes, avaient passé l'Araxe (le Volga?)* et pénétré dans le pays qu'ils habitèrent depuis, pays qui s'appelait alors Cimmérie. A leur approche, les Gimmérienfi se divisèrent, les chefs voulant résister et le peuple s'enfuir. On en vint aux mains; les princes trouvèrent des forces égales à celles de la plèbe *, et livrèrent une bataille dont les morts furent ensevelis sur les bords du Tyras ^. Une guerre civile n'est pas une préparation efficace à une résistance acharnée contre des ennemis extérieurs, et il fallut quitter le pays. .

Hérodote ajoute que les Cimmériens fugitifs gagnèrent

pitre XIV ) que sa guerre contre Milet mais il n'en peut pas être ici ques-

et Smyme est du commencement de tion.

son règne. ^ Soutenus, sans doute, par cette

* Voyez Hérodote, livre I", cha- clientèle qui joue un grand rôle dans pitre XV. , Thistoire des Gaulois.

* Liv. rV, ch. XI. ^ C'est-à-dire du Dniester. (Voyez , ^ C'est ainsi qu'Hérodote appelle à ce sujet, Strabon, livre VU, cha-

riaxarte, dans son Histoire de Cyrus; pitre m. )

l'Asie par la Chersonèse (Taurique), et, conséquerameiit, par l'Abasie K Mais, soit qu'ils aient pris ce chemin, soit, ce qui est plus vraisemblable, qu'ils aient reflué vers le midi pour passer le Bosphore de Thrace et non le Bosphore cimmérien^, toujours est-il qu'il faut, avec l'historien des Gaulois^, reconnaître, dans ces envahisseurs, non le peuple cimmérien tout entier, mais une bande eflarouchée par l'approche des Scythes: Kififiepidyv . . , où (léya yevécrdcu rov tzravTO? jxcJpior, àXXa (pvyvv ^ (rid/Tiv rivet ^iCbtrdûcTÇLV Û7ro2xv6û5v, comme le disaient les auteurs lus par Plutarque. Le gros de la nation avait reflué vers l'Europe occidentale et s'avançait graduellement, d'année en année, à travers le continent, c'est-à-dire opérait de l'est à l'ouest, ce que certains auteurs ont cru qu'il avait opéré de l'ouest à l'est \

N'osant retourner dans leur pays, les Cimmériens, passés aloi^ dans l'Asie Mineure, y commirent de longs ravages, ou, du moins, de longues pilleries. Ils n'épargnèrent pas même les hommes de leur propre race qui s'y trouvaient établis, s'il est vrai, comme le dit Strabon, qu'ils chassèrent de leurs établissements Kob et ses Trères. Arrivés en Lydie, sous Ardys, ils occupèrent Sardes, à l'exception

* Hérodote, II, xii. — Les diffi- ^ Introd. p. lix-lxi.

cultes de ce détail engagent Fréret '* Plutarque, Ftcrfc Manu*, xi; cf. (p. 606 , 609 à 61 1 ) à nier que cette Amédée Thierry, introduction. — Pluinvasion vint réellement du dehors ; tarque donne au chef suprême de c'est trop de rigueur. ceux qui pénétrèrent alors en Asie

* Si toutefois ceux-là n'étaient pas Mineure le nom de Lygdatnis, soit des Cimmériens de la Chersonèse, par erreur, soit que ce nom se recomme M. Thierry incline à le croire, produise dans l'histoire des Cimmé- (Introd. p. Lix.) riens.

DES GAULOIS D'OHIENT. 13

de la citadelle, et ils demeurèrent la terreur du pays pendant tout le règne de Sadyatte, qui dura douze ans; ce lut seulement Âlyatte qui parvint à les repousser de l'Asie *. n faut croire, du reste, qu'ils ne restèrent pas toujours dans les bassins de l'Hermus et du Méandre, puisque, selon Hérodote lui-même, les six dernières années de Sadyatte et les cinq premières du règne suivant furent occupées par une guerre des Lydiens contre Milet. Où allèrent alors les Cimmériens, et que devinrent ceux qui les avaient précédés dans l'Asie Mineure ? Nul écrivain de l'antiquité ne le fait entendre; il est à croire que beaucoup périrent, et que le reste gagna la Thrace et les régions du moyen Danube, oii nous allons voir de vastes établissements gaulois.

Maintenant examinons à quelles dates on doit rapporter ces événements. Ce fut, dit Hérodote, sous le règne d'Ardys, le second des Mermnades, que les Cimmériens pénétrèrent en Asie Mineure. Or Sadyatte, le successeur de ce prince, régna douze ans, Alyatte cinquante-sept, et Crésus quatorze, soit quatre-vingt-trois ans de la mort d'Ardys à la ruin€ du royaume lydien, rapportée à l'année 544 ou environ dans le Ratùmarium temporum du père Petau ^. Ardys, qui régna quarante-neuf ans, occupe donc, par approximation, l'espace chronologique qui s'étend de 676 à 627. C'est là qu'il faudra placer l'invasion des Cim-

' Hérodote, I, XVI.— Polyen( VU, * II' partie, p. 1/17. — Il s'enrë-

II) raconte qu'il avait conduit à cette fèreà un passage de Diogène-L.aërce,

guerre des chiens vigoureux , qui se mais ne donne pas comme rigoureux

jetèrent sur les Cimmëriens et les le résultat auquel il arrive. La prise

mirent en fuite. de Babylone est de 538.

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