U HISTOIRE
mériens; le règne d'Alyâtte, époque de leur expulsion, s'étend, d'après le même calcul, de 6i5 à 558; mais il ne faut pas songer aux premières années de cet intervalle, puisqu'elles furent occupées par une guerre contre les Grecs. Cela est encore bien vague; mais, pour le commencement de l'invasion, une date plus précise semble donnée par d'autres textes d'Hérodote. Le siège de Ninive, formé par Cyaxare, fut, selon lui, interrompu par l'invasion de ces mêmes Scythes qui avaient chassé devant eux les Cimmériens et qui les poursuivaient; puis les Scythes dominèrent vingt-huit ans en Médie; Cyaxare régna en tout quarante ans, et Astyage trente-cinq, jusqu'à la réunion de cet empire au royaume <les Perses ^ événement qui, d'après Hérodote lui-même, appartient à l'année ôSg, puisque Cyrus, mort en 53b, n'a gouverné l'empire que vingt-neuf ans 2. Le règne de Cyaxare s'étend donc de 634 à b^k. C'est en 625 qu'il a ruiné l'empire de Ninive, de concert avec Nabopolassar et ses Chaldéens^. Mais la bataille de l'éclipsé, entre les Lydiens et les Mèdes, est du 9 juillet 597, date précise et certaine, déterminée par le calcul astronomique*, si, du moins, on doit admettre, avec Hérodote, que ce fut une éclipse totale. Or, cette bataille, l'historien dit qu'elle fut livrée entre les armées de Cyaxare et d'Alyatte, après cinq ans d'une guerre cau-
* Liy. I, ch. cm, cvi, cxxx. les Mèdes, Ninive subsista encore
* Hérodote , I , ccxiv. qnelqaes samées. {\ oyez Annales des ^ L'empire , et non la ville encore , Sargonides , S 5 . )
M. Opperl ayant fait connaître, en * Voyez de Saulcy , iJecAercAc* «wr 1862 , qu'après le désastre du roi, la chronologie de Ninive, de Babylone vaincu, en 626 , par Nabopolassar et et d'Echatane {subfine).
sée par le refus de livrer aux Mèdes les Scythes fugitifs, lorsque le gros de la horde eut été massacré par les Mèdes. Ce massacre aurait donc eu lieu vers 609 ou 6o3, et Hérodote se serait gravement trompé en le plaçant avant la chute de la puissance ninivite. Il serait même postérieur à la destruction de la ville.
Supposerons-nous une inadvertance d'expression dans les récita résumés par Hérodote? Auraient-ils parlé d'un brusque dérangement apporté par l'invasion scythique à une guerre mal terminée? Et reporterons-nous à 6^5 le commencement des vingt-huit années ? De 6^5 à 597 il y a juste vingt-huit ans. Il faudrait donc supprimer le texte sur les cinq ans de guerre contre la Lydie et supposer que l'assujettissement des Mèdes succéda subitement à leur plus éclatant triomphe, enfln supposer que la ruine définitive de la capitale assyrienne eut lieu dans cet intervalle même, puisque nous savons aujourd'hui que la dynastie des Sargonides traîna dix-neuf années encore, mais pas davantage, une existence humiliée. Enfin il n'est pas plus possible de reporter avant 6 25 une conquête de vingthuit ans, qui se serait terminée sous le règne de Cyaxare, puisque , en supposant que l'expulsion des Scythes datât seulement de 626, vingt-huit ans de plus nous reporteraient à 654, c'est-à-dire bien avant la campagne des Assyriens contre Phraorte, qui est de 634 ou 635 ^; assurément ce n'est pas là un épisode de l'histoire de la Médie sujette des Scythes. Et quand même, ce qui est en soi moins vraisemblable, on reporterait la bataille de l'é-
^ Voy. De Saulcy, ubi supra {$^), publié à la suite de son rapport au et Oppert. Tableau chronologique, ministre, en 1 856.
dipse à l'année 610, où la zone de complète obscurité s'arrête à une ligne tirée de Sardes à Issus ^; quand même on admettrait que, sur les bords de l'Halys, elle était assez sensible pour effrayer les deux armées; que l'on supprimât ou non les cinq années de guerre antérieure, il faudrait encore placer sous la domination des Scythes et la défaite de Phaorte par les Assyriens et les grands succès de Cyaxare contre Ninive, c'est-à-dire que l'on aurait deux impossibilités pour une.
Ainsi le chiffre de vingt-Jiuit ans est, dans tous les cas, inadmissible, et ne peut nous servir à déterminer l'époque de l'invasion cimmérienne. Tout au plus pourrait-on en tirer le chiffre de huit ans (ou peut-être de dix-huit), qui ne nous exposeraient pas aux mêmes contradictions ; seulement, si Cyaxare prit part à l'assaut de Ninive, en 607, et si la guerre de Lydie a commencé en 602, il faut supposer que le roi des Mèdes a attendu quelque temps pour présenter ses réclamations ou pour y donner suite. Si l'on préfère, pour la bataille de l'éclipsé, la date de 610, l'invasion des Scythes serait reportée à quatorze ans plus haut environ^, et pourrait fort bien, selon le récit d'Hé-
* Ces détails astronomiques , que vvv rt' éxeci ^p^ov. Un copiste , au Heu je ne connaissais pas en i86â, se de rvr??' aura écrit in;x)^, et un autre, trouvent dans le quinzième volume choque de ne pas trouver le v euphodu Zeitschrift der d. m. G. p. ôai- nique devant le mot àxrcû, aura co- 52 9. pié wv ôxTà xai ehiotri^ comme on
* Cinq ans de guerre en Asie Timprime aujourd'hui. Si Ton adopte Mineure et huit ans de conquête scy- le chifiî'e de dix-huit ans, ce serait thîque. Le chiflGre de vingt - huit ans plus simple encore : x>;' au lieu de 117 ' ; des manuscrits me parait facile à ex- une simple moucheture a pu transpliquer. Hérodote aura écrit Étti [lév former \i en x.
rodote , avoir interrompu la première guerre contre Ninive , celle qui ruina l'empire assyrien en laissant subsister la ville. Gyaxare serait revenu contre celle-ci après l'expulsion des Scythes et la guerre contre les Lydiens. Mais la guerre en Asie Mineure, de 6 1 5 à 6 1 o , devrait alors coïncider avec les premières années d'Alyatte, c'est-à-dire avec la guerre de celui-ci contre les Grecs ioniens, et aussi avec la présence des Cimmériens dans la presqu'île. Mieux vaut donc accepter la tradition de l'éclipsé totale, la guerre de. Lydie en 6oa, et penser qu'entre la fin de sa guerre d'Ionie et cette date le roi de Lydie s'était débarrassé des Cimmériens, peut-être avec l'aide des Scythes fugitifs de Médie. Plaçons l'arrivée de ceux-ci en Asie Mineure en 6o8 ou 609, peu avant la destruction de Ninive; ils auront pu se jeter sur la Médie, vers 617, ou, si l'on veut, commencer, en 626, par la Bactriane et l'Hyrcanie, une invasion qui, l'année suivante, aurait arrêté la politique triomphante de Gyaxare; les Gimmériens devaient déjà être en Lydie à une date antérieure de quelques années à celle-là. Renonçons donc à l'hypothèse d'Hérodote, peu d'accord d'ailleurs avec la géographie, que les Scythes venus en Médie étaient ceux qui avaient chassé les Gimmériens; renonçons à leur faire franchir le Bosphore cimmérien et à supposer que, se trompant de route dans leur poursuite, ils laissèrent le Gaucase à droite et arrivèrent, par le Daghestan, aux portes Gaspiennes. Bornons-nous à admettre deux invasions scythiques, l'une en Europe, en franchissant le Volga (le faux Afaxe d'Hérodote), l'autre en Asie, en franchissant l'Iaxarte, c'est-àdire le véritable Araxe; reconnaissons-les pour indépen-
dan tes Tune de l'autre, et, par conséquent, la chronologie des Mèdes pour incompétente à rien décider touchant les dates de Tinvasion cimmérienne , à Texception de la bataille de l'éclipsé, qui, comme je le disais tout à l'heure, peut fournir une limite inférieure à l'expulsion des Gimmériens; la limite supérieure est donnée par la fin de la guerre entre Alyalte et les Ioniens, et l'expulsion se trouve ainsi placée entre 610 et 602.