INVASION DE LA MACEDOINE ET DE LA GUECE PAR LES GAULOIS
Le récit do rinvasioii gauloise en Macédoine et en Grèce a été traité par M. Amédée Thierry avec toute l'étendue et tout l'intérêt que demande un sujet si dramatique. Je n'ai pas le dessein de le recommencer ici dans tous ses détails; je m'attacherai plutôt à faire ressortir les mœurs des tribus qui y prirent part, la nature des obstacles qu'elles rencontrèrent et les résultats de ces événements.
La grande invasion de la 12 5® olympiade fut, dit-on, déterminée par l'arrivée d'émigrants qui venaient de la Gaule pour partager le domaine des héritiers de Sigovèse , et le trouvèrent trop étroit. Strabon pense, mais sans l'affirmer, que cette émigration elle-même fut causée par des dissensions intestines^; il tient, d'ailleurs, pour certain que les Tectosages venus- de Gaule étaient ceux-là mêmes qui s'établirent en Asie; et l'on connaît, par le témoignage de saint Jérôme, la persistance, parmi ces colons, de la langue que l'on parlait dans la Gaule belgique. On n'a donc pas le droit de nier que des aventuriers d'Occident soient venus retremper l'esprit gaulois et la passion gauloise des aventures chez les Hly riens de race celtique , avant
' Strabon, IV, i (vol. I, p. 3oi-3o2); cf. Gontzen, besonderer Theil,
la mémorable entreprise de l'an 279. Mais quand eut lieu cette émigration? Etaient-ce bien les guerriers nés au delà du Rhône que nous verrons combattre en Grèce et en Asie, comme le font entendre Pausanias^ et Callimaque '\ ou étaient-ce leurs dçscendants? C'est ce qu'il n'est ni possible d'éclaircir à fond ni bien intéressant de savoir; cependant nous trouvons plus loin quelque motif de vraisemblance à l'opinion de Strabon.
Le premier flot de la grande invasion se dirigea vers la Thrace, sous la conduite d'un chef que Pausanias appelle Cambauk^; mais il n'y pénétra pas bien avant, les Gaulois ne s'étant pas trouvés assez forts pour livrer bataille auœ Grecs, comme s'exprime cet écrivain, le seul qui parle de cette première expédition. S'il faut prendre ce mot à la lettre, on doit penser que les Gaulois, laissant à gauche la chaîne du Rhodope, s'étaient dirigés vers la côte sud, depuis longtemps semée de colonies helléniques. Les Gaulois, qui faisaient une expédition de pillage, devaient, en effet, se diriger de préférence vers les lieux o\\ se trouvait le plus riche butin; et, comme nous le verrons tout à l'heure, ils pouvaient choisir en connaissance de cause; d'ailleurs, les montagnards du Rhodope pouvaient leur offrir des obstacles très-sérieux. Mais ce n'était là qu'un essai.
(T Voulant recommencer l'entreprise sur un autre point, ff continue Pausanias, les compagnons de Cambaule, alléffchés par le butin qu'ils avaient déjà fait, et pleins d'arcr deur pour le pillage, formèrent autour d'eux une grande cr armée de fantassins et de cavaliers*, qu'ils partagèrent
' 1 , m-iv. ^ Paus. X , xix , édit. Tauchnitz.
' Voyez Gonlzen , ubi supra, * Èvfjyov hè néXtala oi ànov Ka/Jit-
cen trois corps pour attaquer trois pays différents. Kéréfflhrios^ se chargea de conduire le premier contre les îfThraces et les Triballes; Brennos^ et Akichorios' me- Tnèrent le second en Péonie; Bolg* se dirigea avec le der- «rnier contre la Macédoine et VIllyrie.ii II s'agit peut-être ici des Illyriens Autariates, qui avaient récemment envahi la Péonie, et que Cassandre avait ensuite établis sur le mont OrbeP, chaîne parallèle an Rhodope, à droite du fleuve Nestus. Laissons de côté , pour à présent, l'armée de Thrace et suivons d'abord celle du Belge.
Ptolémée Ceraunus, méprisant ces ennemis ou ne croyant pas à une attaque, rejeta l'offre du roi des Dardaniens, qui lui promettait vingt mille soldats; il repoussa avec indignation l'insolente proposition des Gaulois, qui voulaient mettre son royaume à rançon; mais la catastrophe ne se fit pas attendre. L'armée de Ptolémée fut complètement défaite et presque anéantie; lui-même, couvert de blessures et jeté à bas de son éléphant, fut pris et décapité, ou, selon Memnon, déchiré par les vainqueurs : la phalange macédonienne n'avait pu arrêter l'impétuosité des Gaulois®. Mais, si les qualités militaires de leur race se retrouvent ici chez les émigrés tectosages, la barbarie, qu'on lui a si souvent reprochée, s'y retrouve aussi tout
€a«A^ èical pareifravres 'SfoXxts Thierry, HisL de& Gaul. t. I , p. i A5.)
f*âv lii^élos oint èXàxt<r1ot hè rtOpoi- * Le Belge , le Tectosage (?). ( Ibid.
(Tdïftrav xal es rd îirTrixôv. p. iSg.)
* Certbrwyz, tr gloire, 5) dit, d'après * Diod. XX, xix. Owen,M. A.Thierry (t. I, p. 187). ' Diod.fiagm.duliv.XXll, Q'an-
Le Brenn , le chef. née de la 1 a 5' olymp. (année 979),
^ Ou Kichorios, Cyçwiawr ou ëdit.Tauchnitz,VÏ, lx; Justin, XXIV,
Acyçwiawr, le collègue (?). (Amédée v; Pausanias, ubi supra.
entière. Des sacrifices humains suivirent la victoire, et ceux des prisonniers qui ne furent pas offerts aux dieux furent tués à coups de javelot ^
La Macédoine demeura livrée à d'affreuses dévastations, tandis que ses soldats éperdus, ne sachant à qui se fier après un désastre si imprévu et si complet, se donnaient tour à tour à ceux qui leur faisaient espérer une revanche, et les déposaient ou les tuaient en voyant persister le fléau. Deux souverains furent ainsi élevés et renversés en moins de quatre mois. Enfin Sosthène surprit les Gaulois enorgueillis de leur victoire, el, sans doute, aussi peu capables de sévères précautions que leurs frères le furent dans les guerres d'Occident. Sosthène délivra son pays par un coup de main , et ne voulut , dit Justin ^, accepter que le titre de général. Les débris de l'armée gauloise revinrent dans leur pays ^.
La bande du Brenn , qu'on appelait PrauSy dit Strabon *, avait d'abord paru en Macédoine ^, dont la Péonie est souvent considérée comme partie intégrante. Elle comptait, selon Diodore,* i5o,ooo hommes portant des boucliers, 10,000 cavaliers*^ avec 2,000 chariots; plus, une foule de marchands, c'est-à-dire évidemment d'hommes qui sui-
^ Fragm. de Diod. dans Amédée Thierry, p. 1 4 1 . Pour Memnon , voy.
Phot, 396-927, ou, dans Tëdition spéciale de Memnon, par Orelli, le chapitre xiv.