CHAPITRE III
Les guèveft dans les Gaules.
Rome , délivrée de ces étrangers , n'eut plus rien à démêler avec les peuples germains jusqu'à l'arrivée de César dans les Gaules. Les différentes nations gauloises qui s'étaient successivement établies en Italie, et qui, peu à peu , avaient fini par être enclavées dans la République , avaient fait donner à toute la partie de la Péninsule, placée sous le versant oriental des Alpes, le nom de Gaule cisalpine.
La Gaule transalpine, ou d'au delà des Alpes, qui exprime la position de ce pays par rapport aux Romains qui lui imposèrent ce nom , s'étendait depuis ces montagnes jusqu'à l'Océan, et depuis la Méditerranée jusqu'au Rhin. Là les Romains ne possédaient encore que le bassin de la Durance et le littoral de la mer qu'ils avaient réduits en une province dont la partie la plus rapprochée de l'Italie a jusqu'aujourd'hui conservé le nom de Provence. Tout le reste des Gaules était libre et habité par les trois grandes tribus belge, celtique et aquitaine,
toutes différentes de mœurs, de langage et de coutumes, . et que composaient elles-mêmes une foule de petites nations. La dernière tribu tenait le pays le plus méridional aux frontières des Pyrénées , entre ces montagnes , la Garonne et l'Océan ; la seconde s étendait depuis cette rivière et le Rhône jusqu'à la Marne et à la Seine/ et depuis l'Océan jusqu'au Rhin. La première comprenait tout ce qui au Nord était renfermé à l'Ouest par ce fleuve.
Les peuples les plus puissants de la Gaule celtique avaient toujours été les Arvernes 1 et les ;Eduens. Ces derniers, qui occupaient le pays auquel les Bourguignons imposèrent leur nom au cinquième siècle, étaient les plus proches voisins de la province romaine, et ils avaient jusqu'alors entretenu avec les Romains une étroite amitié. Des froissements politiques ayant amené une rupture entre eux et les Arvernes, ces derniers s'unirent contre eux avec les Séquaniens, qui habitaient la Franche-Comté, et appelèrent à leur secours les Germains, qui profitèrent de l'occasion pour se ruer dans la Gaule.
Au delà du Rhin, depuis nos frontières jusque dans la Bohême, s'étendent plusieurs chaînes de hautes et de moindres montagnes , dont les principales sont la Forêt- Noire, l'Alb, le Spessart et l'Odenwald, alors toutes recouvertes d'impénétrables forêts, et qui, liées ellesmêmes au Harz et au Bcehmerwald, formaient avec ces dernières l'immense et célèbre forêt hircinienne , dont le Harzwald a seul conservé le nom. La Forêt-Noire, qui s'étend depuis la Suisse , dont elle est séparée par le Rhin, jusqu'au cours de l'Enz, petite rivière qui se jette dans le Neckar, était alors connue sous le nom d'Abnoba