I . Fréterai™ , Chrahic. , c
prétend qu'on avait enlevé les reliques. Quoi qu'il en soit de cette assertion , qui donne une idée des mœurs de ce siècle , Martin fut à peine arrivé' à Écri1, où la cour se trouvait, qu'au mépris des serments de ces prélats, il fut lâchement mis à mort.
Ebrouin n'employa pas moins de ruses et ne fit pas moins de tentatives pour s'emparer de Pépin. Mais ce dernier lui échappa , et fut bientôt après délivré de son ennemi par un noble franc , du nom d'HermannTried , qui , dépouillé de tous ses biens par Ehrouin , et menacé par lui de la mort , le prévint et le tua. Comme 682. le meurtrier se réfugia auprès de Pépin, on eut alors qoelques soupçons qu'ils avaient été d'intelligence.
Pépin fit un traité avec Wara ton qui succéda à Ebrouin, mais qui bientôt après fut renversé par son propre fils Gislimar, qui le dépouilla de sa dignité pour s'en saisir. Les Neustriens reprirent les armes, et s'avancèrent victorieux jusque dans les environs de Namur. Gislimar toutefois mourut au retour de cette expédition, et Waraton reprit le pouvoir.
Mais ce fut pour peu de temps.
Sa mort mit à sa place Berchar,- ministre que sa hauteur, ses cruautés et ses emportements rendirent bientôt odieux aux Neustriens. Les mécontents passèrent en foule en Àuslrasie , auprès d'Héristall qui les appuya d'autant plus volontiers qu'il n'attendait depuis longtemps qu'une occasion pour recommencer la guerre.
Thierry voulut en avoir raison et s'avança avec son armée, commandée par Berchar, jusque sur les rives du Daumignon, petite rivière qui se jette dans la Somme.
i. In villa" Erchroco. — Frédégaire , Chronic. , c. 97. — Voy. Maillon , Annal. Benetl. , l. XVII , 23.
Pépin vint placer son camp sur la rive opposée, et cependant envoya des ambassadeurs au roi pour lui faire des propositions de paix.
Les conditions n en ayant point été acceptées, il traversa la rivière et remporta sur l'armée royale une victoire complète. Ses résultats furent la prise du trésor royal, de la ville de Paris, et de la personne du roi qui, après la perte de la bataille , s'y était réfugié. Berchar , qui était aussi parvenu à se sauver, fut assommé par les Neustriens.
Pépin , maître de tout l'empire franc , ne laissa à Thierry que le vain titre de roi, et prenant lui-même le titre de duc et de prince des Francs, il s empara de toute l'autorité militaire et administrative des trois royaumes. Le pouvoir delà couronne devint nul, au point qu'à commencer de cette époque, les années du règne des maires du palais furent comptées comme on comptait celles du prince qui végétait sur le trône.
Pépin, avant de retourner en Austrasie, laissa à Thierry, pour observer sa conduite, un noble seigneur du nom de Norbert, qui possédait toute sa confiance. Pour se justifier aux yeux de la nation , il réinstitua les champs de Mars ou assemblées délibératives des Etats , qui depuis longtemps avaient été négligés ou n'avaient été convoqués que très-irrégulièrement. Quoique le principe démocratique qui animait ces assemblées dans leur origine, au sein des forêts germaniques, fit maintenant place à l'aristocratie du cfergé et des grands vassaux, leur réinslitution fut d'autant plus politique que, d'un côté , elle fascina la nation, en lui conservant en apparence ses libertés, et que, de l'autre, elle sanctionna le pouvoir que le maire du palais venait d'usurper.
Cependant plusieurs peuples de la Gaule , el dans la
Germanie les Frisons, les AUcmancs et les Bavarois avaient pendant ces longs troubles secoué le joug.
Déjà le christianisme avait pris quelques racines chez la première de ces nations par les prédications de Wilfried, évêque d'York, qui, chassé de son diocèse parEcfried , roi de Northumbcrland , avait été reçu avec amitié par Algise, duc des Frisons.
Àlgise avait laissé la couronne ducale à Ratbod qui , ^attaqué par Pépin , contraignit tous les prêtres chrétiens à quitter le pays. Pépin cependant le vainquit et le 689. força de reconnaître de nouveau la suzeraineté des Francs.
Une nouvelle prédication eut lieu alors, tenue par le moine Willibrord qui , favorisé par Pépin , prêcha pendant quarante ans la foi chrétienne dans la Frise cis-rhénane , et abattit les arbres sacrés des Frisons. Cependant en 697, une nouvelle expédition fut encore entreprise contre Ratbod qui enfin, de nouveau soumis, cimenta la paix par le mariage de sa fille Teutsinda avec Grimoald, 711 . (ils de Pépin.
Le roi Thierry était mort en 690 sans que sa mort fit plus de bruit qne celle d'un particulier. Ses deux fils devis III et Ghildebert furent successivement placés sur le trône l un après Vautre, sous la régence de Pépin qui, en 698, donna au second ce même Grimoald pour maire du palais.
Pépin fit aussi la guerre aux AUemanes et aux Souabes 709 chez lesquels il porta le fer et l'incendie, sans cependant pouvoir réduire ces peuples qui ne retombèrent que plus tard sous le joug , vaincus par Karl Martel.
Childebert mourut en 711, et laissa la couronne à son fils Dagobert III , prince qui n'eut guère plus d'autorité que ses prédécesseurs.
Grimoald périt trois ans après assassiné au mois d'avril 714, lorsqu'il se rendait à Jopil, château situé sur la Meuse, où son père était malade. Arrivé à Liège , il y tomba dans l'église de St. Lambert sous les coups d on Frison, qu'un de ses ennemis puissants parait avoir soudoyé.
Hérislall ne survécut point longtemps à son fils, et mourut lui-même le 16 décembre de la même année. Il avait nommé à la mairie de Neustrie et de Bour-, gogne le jeune fils de Grimoald qui , après la mort de son aïeul, tomba sous la tutelle de sa grand'mère Pleo trude.
La double mort de Pépin et de Grimoald jeta l'empire franc dans une nouvelle révolution.
Indépendamment des deux fds que Pépin avait eus de Plectrude , ce même Grimoald et Drogon , créé duc de Champagne, existaient deux autre fils, Karl et Childebrand, qu'il avait eus l'un et l'autre d'une concubine nommée Alpaïde.
Plectrude, pour assurer le majorât à son petit-fils qu'elle avait auprès d'elle à Cologne , fit jeter en prison Kari qu'elle redoutait.
Mais les Neustriens et les Bourguignons ne voulurent point être régis par une femme et inspirèrent à Dagobert III le courage de se soulever contre son autorité et do forcer les Austrasiens, qui déjà avaient reconnu Théodebald pour leur duc, à rentrer dans le devoir.
Théodebald, conduit par les seigneurs austrasiens qui tous réunirent leurs bannières , marcha au-devant de l'armée royale ; il l'attaqua dans la forêt de Cuise , non loin de Compiégne.
Les Neustriens furent vainqueurs, et élurent pour leur maire Kaginfricd, lequel s'allia avec les Frisons. 11 porta le
roi à continuer la compagne , et ravagea tout le pays jusqu'à la Meuse. Les Saxons firent aussi des courses sur les terres d'Austrasie. Mais pendant que ce royaume était ainsi attaqué de tous côtés, Karl parvint à s'échapper de Cologne , et reparaissant au milieu de Tannée qui, électrisée à sa vue comme si c'eût été Pépin lui-même , le reconnut pour son duc ; il se mit en état de rétablir les affaires.
La mort de Dagobert survint à propos pour \ai donner 715. du temps. *
Quoique ce prince laissât un fils, du nom de Théoderich ou Thierry, les Neustriens, dans l'état de trouble où était le royaume, redoutant la minorité de cet enfant, appelèrent à la couronne ce même Daniel , fils de Childerich , qui, après la mort de son père, avait été écarté du trône et qui, délaissant le monastère où il avait pris les ordres, reçut maintenant d'eux le sceptre sous le nom de Chilpérich II.
La guerre recommença entre les deux partis. 7 k;
Ratbod , après la mort de Pépin , s'était emparé de la Frise cis-rhénane que le duc des Francs lui avait enlevée. Il renouvela avec Ghilperich le traité d'alliance fait avec son prédécesseur et ouvrit la campagne en s'avançant jusqu'à Cologne, sous les murs de laquelle il donna rendezvous à son allié.
En vain Karl, placé entre les deux armées, manœuvra pour empêcher leur jonction. 11 livra une bataille aux Frisons, qui fut sanglante de part et d'autre , mais qui cependant rut assez à leur avantage pour leur permettre de garder leur position et d'y attendre les Francs qui , débouchant par la forêt des Ardennes, vinrent en effet les rejoindre.
Les deux corps réunis ravagèrent tout le pays jusqu'au
Rhin, et firent le siège de Cologne, où Plectrude et son fils Théodebald se tenaient renfermés.
Cependant le siège traîna en longueur, et sachantd'ailleurs. que Karl, après s'être remis de ses pertes, s'avançait de nouveau pour débloquer cette place, ils acceptèrent les propositions qui leur furent faites par Plectrude, et l'argent qui leur fut donné pour qu'ils effectuassent leur retraite.
Karl, qui suivait tous leurs mouvements, se rabattit sur les Àrdennes, où il arriva avant aux , et attaquant à l'improviste leur camp à Amblève, non loin du couvent de Stabulon, il les mit dans une entière déroute et s'empara du camp et de tous leurs bagages.
717. Cette action encouragea les Austrasiens, et dès Tannée suivante, ils s'avancèrent jusqu'à Cambray.
L'armée royale, commandée par Raginfried et Chilpe* rich, était postée près du village de Vinci.
Karl, avant d'engager l'action, envoya des députés au roi, afin de lui proposer un accommodement; il s'offrit de déposer les armes, s'il voulait consentir à le reconnaître dans toutes les charges et dignités dont son père avait été investi. Ces propositions n'ayant point été acceptées, Karl, quoiqu'inférieur en nombre, mais confiant dans la valeur de ses troupes, donna le signal du combat. Il fut sanglant et vivement disputé. Mais enfin le sort des armes décida en faveur de Karl, qui mit pouria seconde fois l'armée de Chilperich en déroute et le poursuivit jusqu'à Pans.
Les Frisons n'avaient point pris part à cette campagne.
Karl revint sur le Rhin et s'empara de Cologne , où Plectrude tomba en son pouvoir avec ses petits-fils 1 et les trésors de Pépin. 11 prit, comme son père, le titre de duc et de prince des Francs, et cependant mit sur le trône
1. Théodebald; et Hugues et Arnoul , fils de Dragon, frère A? Grirooald , que Pépin créa duc de Champagne en 698.
d'Auslrasie un fils de Dagobert II, du nom de Cl o taire, aiin , sans doute , d'avoir plus de raisons légales de continuer la guerre contre Chilperich.
Raginfried , ne se fiant plus à Ratbod, eut recours à Eudoo, duc d'Aquitaine, qui, pendant les guerres civiles des Francs , s était rendu maître de presque tous les pays d'au delà de la Loire.
Clovis et ses successeurs, qui avaient chassé les Goths de ces contrées , n'y avaient transplanté que peu de Francs.
Les Gascons, reçus par Thierry et par Théodebert, et qui des Pyrénées avaient étendu leurs colonies jusque sur la Garonne, profitèrent des troubles des maires du palais pour se rendre en partie indépendants; s'alliant aux Aquitains, ils mirent, en 696, à leur tète le duc Loup, qui avait été officier de Childerich, et à qui succéda Eudes ou Eudon1, lequel transmit sa dignité à ses descendants sous" le nom de ducs de Gascogne ou d'Aquitaine.
Ce prince entra avec joie dans l'alliance de Chilperich, 719. laquelle légitimait en quelque sorte son indépendance ; il traversa la Loire avec ses troupes, et vint faire sa jonction avec l'armée royale qui, commandée par Raginfried, prit le chemin de l'Austrasie.
Rarl s'avança au-devant d'elle, et remporta pour la troisième fois une victoire décisive entre Rheims et Soissons. L'armée du roi fut mise dans la phis épouvantable déroute. Tous les chemins étaient couverts de fuyards. Chilperich ne se croyant point en sûreté à Paris, en parlit avec ce qu'il put emporter de ses trésors et se retira auprès d' Eudon au delà de la Loire.
Raginfried rallia les débris de l'armée, et tint encore