CHAPITRE XXXII
Guerres de* Sarrassftus eo Km pagne et daim le» Gaules* — Campagnes de Karl Martel.
Les Sarrasins d'Afrique, sous la conduite de leur gouverneur Zama, entreprirent, en 721, de s emparer de la Gaule narbonnaise, où les Francs, pendant leurs troubles domestiques, avaient laissé les Goths étendre leur puissance.
Les Wisigoths, que leurs victoires sur les Suèves et la retraite des impériaux avaient rendus seuls maîtres de toute la péninsule espagnole , s étaient eux-mêmes affaiblis par leurs dissensions intestines. D'héréditaire qu'avait été la couronne dans la famille des Balten, elle avait fini par devenir élective , et avec l'adoption du catholicisme, le clergé, non moins que les seigneurs, avait obtenu une grande influence dans le choix des souverains. De là les désordres sans nombre qui depuis Récarèdeler troublèrent le pays, et qui surtout continuèrent après la mort de Chindasuintha , où il y eut toujours deux partis en présence.
A Sisenand succéda Flavius Chintilla, second (ils de Suintilas, qui parvint à se faire rendre le trône que son père avait occupé (635); il le transmit, du consentement de la nation, à son fils Tulga (639) qui, deux ans après, le laissa de nouveau vacant. Tulga, mort jeune et sans enfants, avait plusieurs frères, qui tous furent mis de côté. Le royaume tomba au pouvoir de Chindasuintha, né près de Valladolid, qui, maître d'un parti nombreux, s'empara du sceptre malgré l'aristocratie qui lui était opposée, et dont il brisa la puissance en faisant mettre à mort <înq cents de ses membres. Pour mieux consolider Tau-
torilé dans sa famille , il s'associa son fils ajjé Receswinlhe qui, en effet, lui succéda en 651.
Mais ce dernier n'ayant point laissé d'héritiers mâles f les États du royaume jetèrent les yeux sur Wamba, un des membres de l'ancienne famille royale, que sa piété et son courage rendaient également digne de leur choix. Ils le forcèrent en quelque sorte d'accepter le pouvoir (672).
Wamba combattit les rebelles quf s'étaient soulevés dans la Gaule et dans l'Espagne tarragonaise, et repoussa des côtes d'Espagne la flotte des Sarrasins, forte de deux cent soixante-dix voiles, qu'Envigild, ennemi du prince , y appela dans l'espoir de pouvoir se rendre maître de la couronne.
Erwigild était fils d'Ardebaste, noble seigneur qui, contraint de fuir de Constantinople a cause d'intrigues politiques, avait trouvé un refuge à la cour de Ghindasuintha, lequel lui avait donné sa fille en mariage.
La trahison n'ayant pu faire réussir ses projets, il eut recours au poison. Wamba reçut un breuvage qui lui fit perdre la mémoire , et le rendit incapable de gouverner. Il quitta volontairement le sceptre, et affaibli par le poison , se renferma dans un couvent , et céda la couronne au perfide qui lui avait donné le breuvage (680).
Erwigild eut plus tard des remords, et se fit moine à son tour, laissant le trône à son gendre Egiza.
Les Arabes firent sur l'Espagne une seconde tentative, qui fut repoussée par l'intrépide duc Théodorich.
Egiza, en 697, associa son fils Witiza à la couronne, et lui céda la partie de l'Espagne qui avait autrefois été occupée par les Suèves. Il tenta, en 698, de réprimer la trop grande autorité du clergé, et mourut en 701. laissant Witiza seul maître du royaume.
Wiliza, cruel el débauché, s'attira la haine de la nation. Deux fils du roi Chindasuintha existaient encore , l'un Favila, duc de Cantabrie, l'autre Theudefrède, duc de Cordoue. Il fit mourir le premier sous le bâton» et fit crever les yeux au second.
Roderich, fils de Theudefrède, entreprit de venger son père, et étant parvenu à se former un parti , il renversa Wiliza du trône et s'empara de la couronne.
Les deux fils de Witiza , trompés dans leur ambition , eurent recours aux Sarrasins, et se servirent, pour les attirer en Espagne, du comte Julien, dont la fille, demoiselle d'honneur de la reine et d'une éblouissante beauté , avait été l'objet de la violence du roi. Julien, pour se venger, trempa avec eux dans le complot, et porta Muza , gouverneur d'Afrique au nom des califes , à envoyer un êorps d'armée dans la péninsule.
Les Sarrasins, peuple de l'Arabie, dont la puissance fut si terrible à l'empire d'Orient, tenaient alors tout le littoral de la Méditerranée que les Vandales avaient occupé, et que Bélisaire avait reconquis sur eux. Déjà les empereurs de Rome Trajan et ses successeurs avaient porté leurs armes victorieuses jusque dans les sables d'où ce peuple était originaire, et y avaient, comme chez toutes les nations, pris à leur solde des troupes auxiliaires^ Ils n'avaient pas cependant pénétré au delà de l'Arabie pétrée , dont la population , partagée en diverses tribus , était comprise sous le nom commun de Sarrasins1.
Le christianisme avait de bonne heure été apporté dans cette contrée, et y avait en partie remplacé l'ancien culte du sabisme.
1. Soit que ce nom vienne de la ville de Saraca , soit qu'il soit la corruption de Agareni ou Hagareni , nom sous lequel ces peuples sont aussi connus el qui dérive de Hagiar, nom propre de l'Arabie pclrce.
Mais la philosophie chrétienne n'était point faile pour I Arabe, non plus que pour l'Asiatique. Les sens de ces peuples sont plus raffinés que leur raidbn ; l'imagination chez eux déborde le cœur. Ils ne comprenaient point, comme ils ne le comprennent point encore, la liberté dans l'État, ni dans la religion , ni dans la science; tout chez eux était basé sur le despotisme, qui ne pouvait s'allier avec la pure morale prèchée par l'Église chrétienne, sur laquelle le caractère profond du Germain exerça une telle influence en Occident, et sur laquelle eo Orient eut tant d'empire la subtile philosophie de la Grèce.
Mahomet le sentit , quand il conçut l'ambitieuse pensée de réunir les diverses tribus arabes et de s'en faire le chef. 11 s'érigea en prophète, et annonça une doctrine plus appropriée au sensualisme de sa natio», et plus faite que le christianisme pour un peuple conquérant.
Mahomet assujettit à sa loi toute l'Arabie.
Les successeurs du prophète, tous pontifes et guerrier», s'emparèrent de la Perse, de la Syrie, de la Palestine , de l'Égypte, et, par leurs généraux, de toute la côte d'Afrique jusqu'à l'Océan. Maîtres de ces vastes contrées» il* menacèrent à la fois Constantinople, la Sicile et ïEsnagne.
Muza dirigea en 710 la première expédition contre la |>éninsule hispanique, sous les ordres de Tarif.
L'année suivante, il fit passer d'autres troupes en Espagne, commandées par Tarick, qui effectua son débarquement à la pointe d'Europe, au pied du rocher qui en
conservé le nom !.
Ces troupes se répandirent dans la Bétique et dans la