I. Voy. mes Vieux Châteaux du duché de Bade, fol. 1S
bald et Grimoald, de manière qu'à celle époque le duché avait quatre souverains. Le dernier, Grimoald, qui avait survécu à ses frères, ayant péri victime d'une sédition, Karl, vainqueur des Allemanes, parut dans le Norique , et rétablit Tordre parmi les Bavarois. Il leur donna pour duc Hubert, fils de Grimoald, et ayant vu Sunehilde, une des proches parentes de ce prince , dont la beauté le frappa , il la prit pour épouse et l'emmena en Austrasie, ainsi que Bilitrude, veuve de Grimoald, qui y suivit cette nièce1. La malheureuse Sunehilde fut toutefois plus tard repoussée de son lit , et termina ses jours dans un couvent.
Tiarl parut une seconde fois en Bavière en 728, appelé oar de nouveaux troubles qui y avaient éclaté, sans que les annales fassent connaître ce qui les provoqua.
■ A la même époque avait lieu au Nord l'invasion des 728. Saxons qui entrèrent sur les terres de l'Austrasie. Karl, avec sa vigueur accoutumée , ayant réglé les a flaires du Sud, courut s'opposer à leurs déprédations.
La coalition des Saxons était alors encore , suivant le témoignage de Béda2, partagée, comme aux temps de l'antique Germanie, en diverses tribus, qui toutes avaient leur chef indépendant l'un de l'autre , et qui seulement en temps de guerre éljsaient un duc pour les commander.
Cette coalition redoutable comprenait alors tous les peuples du Nord de la Germanie , depuis le Bas-Rhin et la Baltique jusqu'à la Bohème.
Les nations qui la composaient étaient partagées en trois grandes tribus, sous les noms d'Ostphaliens, d'Engriens et de Westphaliens.
Les premières , aussi nommées toutes collectivement
1. On croit qu'elle était Cille de Théodcbcrt. *. Béda, L. V, c. 11.
O&tlœnder, c'est-à-dire habitants de l'Est, recouvraient les campagnes de la partie septentrionale du Holstein et la partie orientale de la Saale et de l'Elbe jusqu'à la vieille Marche. Celles de la province d'Engern étaient les descendants des anciens Angrivares, restés sédentaires dans le pays depuis les guerres que les Romains leur avaient faites. Les Westphaliens , ou habitants de la province occidentale , comprenaient toutes les autres peuplades de la coalition de l'Ouest en deçà de l'Aller, et par conséquent aux frontières de FAuslrasie et de la Thuringe. Chacune de ces grandes tribus était donc subdivisée en plusieurs peuples qui , chacun indépendant l'un de l'autre, avaient tous leur chef politique qu'ils élisaient.
C'était l'époque des prédications de St. Boniface, dont nous aurons plus tard occasion de parler.
Pendant que cet apôtre de la Germanie s'efforçait de propager la foi au sein de la Thuringe , les peuples de cette dernière contrée, exaspérés contre le pouvoir tyrannique de leurs ducs , Théobald et Hédène, appelèrent contre eux les Saxons.
Karl Martel entra dans la Thuringe , et en chassa ces hôtes turbulents.
En Italie régnait Luitprand , l'un des rois qui a le plus fait honneur *au trône des Lombards.
Cunibert, resté seul maître du royaume après la mort de Bertharide (689), laissa la couronne à son fils Luitbert, jeune enfant qui monta sur le trône sous la tutelle du doc Asprand.
La paix dont le royaume jouit au dehors pendant ces deux règnes, fut troublée à l'intérieur par la double révolte du duc de Trente, Alachis, qui toniba en 694 en combattant contre son souverain, et par celle de Ragoubert, duc de Turin, qui, mettaut à profit la minorité
de Luitbcrt , battit les troupes royales en 704 près de Novarra.
Aribert, fils de ce duc, qui mourut peu de temps après sa victoire » continua la guerre contre le jeune prince , dont battit l'armée près de Pavie. Il s empara de sa personne , et l'ayant fait tuer dans un bain , il se fil reconnaître roi sous le nom d' Aribert II. Il poursuivit sans relâche tous ceux qui avaient tenu le parti de Luilbert, et entre autres Asprand, qui se vit contraint de fuir en Bavière, où il demeura pendant prés de dix ans.
Asprand parvint cependant à mettre dans ses intérêts le duc Théodebert ; il traversa avec ce prince les Alpes penntnes , et vint livrer à Aribert , sous les murs de Pavie, une bataille qui fut vivement disputée de part et d'autre. Les troupes d' Aribert conservèrent même leur position. Mais craignant pour le lendemain, et avec le dessein de se réfugier chez les Francs, Aribert, qui s'était chargé d'or, voulut passer le Tessin et se noya dans ses flots (713).
Sa mort laissa le trône à Asprand, qui cependant n en jouit que trois mois. Les Lombards, voyant la maladie le consumer, nommèrent, encore de son vivant, son Gis Luitprand pour son successeur.
L'Italie, à l'époque qui nous occupe , était agitée par les querelles des images, querelles qui, de Constat tinople, où l'esprit sophistique avait déjà excité tant d'interminables disputes, envahirent le monde chrétien.
Les images avaient été inconnues aux premiers temps du christianisme. Ce ne fut guère qu'après le règne de Constantin que la coutume s'introduisit d'avoir chez soi des crucifix, des statuettes et des bas-reliefs ou tableaux représentant la vierge, les apôtres et d'autres personnages bibliques, dont l'apparition sensible excitait la piété ; car
alors il n'y avait point encore d'autels érigés pour le saints, point de messes célébrées en leur nom.*
Mais peu à peu cet usage s'introduisit aussi dans l églises. D'abord transportées dans les temples comme orm ment, ces images devinrent l'objet d'un culte particulier? et le peuple finit par leur attribuer des vertus et (les m" racles.
Déjà l'empereur Philippique Bardane avait cru devoj mettre un terme à cet abus , en défendant ce culte dani un synode tenu à Constantinople. Il s'était à ce sujei brouillé avec le pape Constantin.
I^êon llsaurien ayant renouvelé cette défense par un décret, excita une révolte parmi les Grecs , qui vinrent avec des vaisseaux jusqu'à Constantinople, dans le dessein d'élire un nouvel empereur.
Cette sédition augmenta la sévérité du prince. H n'avait ordonné que l'abolition du culte des images, et il fit maintenant abattre toutes les statues et les représentations du Christ avec les saints.
L'ordre fut envoyé en Italie, dans l'exarchat et dans toutes les provinces qui dépendaient encore de l'empire , d'en faire autant. L'empereur écrivit lui-même à ce sujet à 1 evéque de Rome. Sur le refus du prélat, il le menaça de sa disgrâce et de le déposer.
Grégoire , loin de se rendre aux désirs du souverain, fit fomenter une sédition parmi le peuple, et, sous prétexte que les mesures prises par Léon étaient injurieuses à la religion catholique, il l'excita à refuser Je tribut.
Basile était à cette époque duc et gouverneur de Rome au nom de l'empereur. Ayant reçu du souverain l'ordre de s'opposer aux intrigues du pape, il prit la résolution, de concert avec deux autres officiers impériaux , de s'emparer de la personne du pontife, mort ou vivant. Mais le
i re-
peuple le prévint, égorgea les deux officiers, et s'étant emparé de Basile , le força d entrer dans un couvent.
Exhilarate , duc de Naples , s'avança vers Rome avec un corps d'armée, afin de venger cette injure. Le peuple exaspéré sortit en armes au-devant de lui, et le tua ainsi que son fils. Les mêmes scènes de désordre avaient aussi lieu A Ravenne où, dans une émeute populaire, l'exarque Paul fut tué.
Grégoire, non content d avoir soulevé les provinces italiennes dépendantes de l'empire, mil aussi de son côté le roi des Lombards , qui jusqu'alors s'était contenté du I rôle de spectateur. Luitprand profita des circonstances I et en tira parti. Il entra dans l'exarchat , et vint mettre le siège devant Ravenne, dont il s'empara après quelques jours de blocus. Les autres villes comprises sous le nom général de Pentapolie, ou territoire des cinq villes de Rimini, de Pisaure, d'Ancône, d'Osmo et de Vocone, se rendirent les unes après les autres. L'exarque Eutychius promit de grosses sommes au roi et aux différents ducs lombards, s'ils voulaient rentrer dans la neutralité et ne plus soutenir les rebelles. Mais déjà Luitprand avait jeté le plan de la conquête de ce qui restait aux impériaux en Italie , et les autres grands vassaux restèrent fidèles à la politique de leur prince ét aux promesses qu'ils avaient faites au pape. Leurs secours sauva le pontife.
Cependant d'un autre coté les armes victorieuses des Lombards menacèrent bientôt aussi le territoire que l'ambitieux évêque avait lui-même convoité.
Grégoire , pour arrêter leur marche, eut recours aux Vénitiens , et parvint à les persuader de joindre leurs armes à celles de l'exarque, et à chasser les Lombards de Ravenne.
Les Vénitiens, dont nous avons décrit l'origine, et qui.
depuis la prise de possession qu'ils avaient faite des lagunes où ils s'étaient fortifiés, avaient été régis par des tribuns pris dans leurs rangs, avaient, en 697, changé la forme de leur gouvernement, et tous ensemble, peuple, tribuns et clergé , ils avaient dans la ville d'Héraclée mis un duc à la téte de leur république. Le duc Orso, à la prière du pontife et de l'exarque Eutychius, qui avait cherché an refuge à Venise, fit équiper une flotte, qui parut tout à coup devant Ravenne. Hildebrand , petit- fils du roi , et Pérédée, duc de Vicence , qui étaient renfermés daos la ville , n'eurent que le temps de rassembler leurs troupes pour se préparer au combat. Mais le premier fut pris dans la mêlée, et le second, après une vigoureuse résistance, tomba percé de coups. Les Vénitiens s'emparèrent de Ravenne, et bientôt après toute la Pen lapon e fut de nouveau arrachée aux Lombards.
En même temps Tbrasimond , duc. de Spolette , et Romoald, duc de Bénévent, se révoltèrent contre l'autorité de Luitprand.
Le roi , par une politique raffinée, non-seulement fit alors la paix avec l'exarque, afin de délivrer Hildebrand du pouvoir des Vénitiens, mais il fit encore alliance avec lui, afin de pouvoir mieux se venger de la perfidie du pape et de la défection des deux grands vassaux. 729. Son armée parut en effet bientôt après sur les terres de Spolette et de Bénévent, et força les deux ducs révoltés à lui demander pardon et à lui donner des ôtages. Ensuite, réunissant ses troupes à celles des impériaux , il s'avança sur Rome, et vint placer son camp dans la plaine de Néron devant le château de St. -Ange.
Dans cette extrémité, le pontife, qui avait en vain demandé du secours à Karl Martel , et qui connaissait la grandeur d'âme de Luitprand , eut recours à sa géné-
rosîté. Jamais suppliant n'avait été renvoyé sans grâce par le souverain. Le pape le savait. 41 prit courage, et entouré de son clergé et de quelques Romains de distinction , il vint le trouver dans son camp , et lui fit un tel tableau du tort que la religion aurait à souffrir, si un roi, qui jusqu'alors en avait été le soutien, s'en déclarait l'en ue mi , et combien , au contraire, en la soutenant , il s'attirerait de louanges de la part de tous les fidèles et de la postérité, que, vaincu par ses paroles, le prince se jeta à ses genoux , soit qu'il sentit quelques remords , soit qu'il se laissât séduire par le ton de majesté que le pape avait su prendre, soit enfin qu'il fût entraîné par cette inconstance naturelle à l'homme qui lui fait tout à coup changer de dessein. Il rompit le traité fait avec l'exarque» et jura au pontife de respecter et de faire respecter le Saint-Siège. Tout ce qu'il fit pour Eutychius, fut de le raccommoder avec le pape , et de faire lever l'excommunication que Grégoire avait lancée contre lui.
Mais les peuples de l'Italie , que les intrigues du pontife avaient soulevés, n'en continuèrent pas moins leur refus à l'autorité impériale , et proclamèrent même un nouvel empereur , du nom de Tibère , plus généralement connu sous le surnom de Pétase. Grégoire, qui avait tout à redouter de cette sédition, excita maintenant les Romains contre ce rebelle qui , pris en combattant , fut décapité et dont la téte fut envoyée à Constantinople. Grégoire espérait par là faire oublier à la cour d'Orient les torts qu'il avait eus envers elle. Mais Léon ne se laissa joint éconduire. Il renouvela, au contraire , ses ordonnances contre les images, et pour se venger du pape, dont 730. les projets d'agrandissement ne lui avaient point échappé, il détacha du patriarchat de Rome les évèchés de l'Illyrie, de la Calabre et de la Sicile , qui jusqu'alors en avaient
fait partie, et les réunit au patriarchat de Constantinople. On peut dire quelle cette époque date la séparation de l'Église grecque et de l'Église latine , dont les disputes ultérieures forent d'une moindre importance pour lesdeoi patriarchats, et ne furent qu'une conséquence de la désunion qui ne cessa d'exister entre eux.
Cependant les Sarrasins d'Espagne menaçaient de pins
en plus la Gaule.
731. Eudon, duc de Gascogne, avait rompu le traité qui l'unissait à Karl Martel, et s'était allié à Manuza, gouverneur des provinces en deçà de l'Èbre, qoi lui-même s'était révolté contre l'autorité des califes. Il lui avait donné sa fille en mariage. Karl, sur la nouvelle de celle rupture , entra aussitôt dans l'Aquitaine , la ravagea jusqu'à la Garonne, et après avoir battu Eudon dans deux combats , le força de capituler.
Eudon cependant, qui comptait toujours sur le secours de Manuza, temporisa autant que possible, pour ne point remplir les conditions de cette capitulation.
Mais Manuza fut lui-même attaqué par Abdérame1. que l'émir des Sarrasins avait nommé vice-roi d'Espagne. Il fut mis en fuite , et bientôt après fut assiégé dans une de ses places. Ayant toutefois trouvé moyen de s'échapper, il se retira dans les montagnes, où cependant poursuivi et ne pouvant éviter d'être pris, il se précipita du haut d u" rocher. Son épouse Lampagie, d'une rare beauté, f«l envoyée prisonnière au calife.
Eudon voulut venger la honte de sa fille, et attira ainsi les Sarrasins dans la Gaule. Abdérame s'avança jusq«à Bordeaux , dont il fit le siège. En vain le duc d A<F laine demanda du secours à Karl Martel ; avant qu