‹ Histoire des Germains depuis les temps les plus reculés jusquà̕ Charlemagne. Pour servir di̕ntroduction à lh̕istorie de le̕mpire germaniqueChapitre 110 sur 123 · Ou Aistulphe · texte numérisé non relu

Ou Aistulphe

Sunehiftde fui contrainte de se retirer dans le monastère de Cbelles. Cependant elle protégea la fuite de sa bellefille Cbj}mide qui , traversant le Rhin pour échapper à la tyrannie de ses deux frères, se réfugia en Bavière, où, contre leur volonté , mais influencée par Sunehilde , qui espérait par la se faire un parti, elle épousa le duc Odilon.

Ce prince se souleva eiuenet contre le pouvoir de Karloman , et entraîna le duc de Souabe dans sa défection. En même temps Hunold tentait dans l'Aquitaine de se rendre indépendant, comme l'avait été son père.

Les deux princes réunirent leurs forces, et marchèrent d'abord contre ce dernier. Ils traversèrent la Loire à 742.

Orléans» s'emparèrent de Poitiers et de Loches, et mirent en fuite les troupes d Hunold , qui se vit forcé de reconnaître de nouveau leur suzeraineté. Ils renouvelèrent ensuite le partage de leurs États, et soit politique, soit que les seigneurs voulussent voir rétablie la royauté , ils élevèrent sur le trône un fils de Ghilperich II, le dernier des Mérovingiens qui , sans pouvoir , porta la couronne sous le nom de Childerich IIP.

Rarloman passa le Rhin vers l'automne de la même année, et s'avança chez les A lie mânes jusque sur les rives du Danube. Les peuples de la Germanie s'étaient tous coalisés, et la défection d'Odilon, bientôt suivie de celle de Théodebald , duc d'ÀUemanie , avait aussi entraîné celle de Théodorich , duc des Saxons. Les Esclavons avaient , de leur côté, fait alliance avec les Bavarois, et leur avaient envoyé un contingent de troupes.

Odilon, à la tète d'une puissante armée, vint prendre 745.

1. Plusieurs historiens ont écrit que ce prince ne régna que sur U Neuslrie et la Bourgogne. C'est une erreur qui est prouvée par plus «l'un document de l'Austrasie , qui porte pour date une des années du règne de ce souverain.

position sur les rives du Leck , rivière qui, des monts du Tyrol descendant vers le Nord , se jette dans le Danube et sépare les campagnes de la Souabe de celles de laL^vière. 11 en palissada les bords, et éleva partout des retranchements, afin d'en disputer le passage à Tannée d'Àustrasie qui, grossie des troupes que Pépin venait d'amener, se disposait à' l'attaquer. Tous les pouls furent détruits , toutes les embarcations furent tirées à terre sur la rive droite.

Karloman et Pépin placèrent leur camp sur la rive opposée, et pendant quinze jours les deux partis s'observèrent.

Odilon n'était pas sans crainte sur les résultats de celte campagne. Il chercha à intimider les deux princes au nom de la religion, et leur envoya le nonce du pape, qui était alors auprès de lui, et qui tenta en vain de leur persuader de se désister de leurs entreprises hostiles contre la Bavière, que le prince des apôtres protégeait.

Cependant le lendemain même de cette ambassade, les Francs , qui étaient parvenus à trouver un des points de la rivière guéable, profitèrent des ténèbres de la nuit pour la traverser en silence et sans être vus. Ils surprirent le camp des ennemis qui, forcés dans tous leurs retranchements , furent mis dans une affreuse déroute. Parmi les prisonniers se trouvèrent Gunzebald, évèque de Ratisbonne, et Sergius, ce même nonce du pape, à qui 1 Pépin reprocha maintenant avec ironie la mauvaise foi dont il avait fait preuve en lui annonçant le courroux du prince des apôtres , tandis que la victoire qu'il venait de remporter, prouvait, au contraire, l'intercession de St. Pierre en sa faveur.

La perte de cette bataille dissipa la coalition germa* nique. Théodorich, avec ses Saxons, reprit le chemin du

Nord ; les Souabes rentrèrent dans leurs montagnes, et les Bavarois, qui avaient le plus souffert, se retirèrent jusque derrière I'Inn.

Karloman et Pépin , après être resté pendant près de deux mois dans la Bavière , et avoir enfin forcé le duc Odilon à reconnaître de nouveau leur suzeraineté , partagèrent leurs armées, pour agir séparément contre les Souabes et les Saxons.

Pépin défit les derniers sur leurs Alpes, et Karloman, poursuivant Théodorich , l'assiégea dans le château (THochstbourg1, où il s'était renfermé ; il le contraignit de se rendre.

Les deux peuples obtinrent la paix , qui , cependant acceptée par nécessité , ne devait point , comme nous le verrons par la suite , avoir' de fondements bien solides.

Tandis que les deux princes étaient ainsi occupés dans la Germanie, le duc Hunold d'Aquitaine, profitant de^eur éloignement , reprit les armes , et s'avança ut dans la Neustrie, vint jusqu'à Chartres, qu'il mit à feu et à sang. 744. La fin des hostilités au delà du Rhin permit à Karloman et à Pépin de repasser le fleuve avec la plus grande célérité et de repousser cette nouvelle agression jusqu'au delà de la Loire* Hunold, dégoûté, se démit du pouvoir. Il envoya son épouse dans un couvent, et se retira lui-même dans un monastère de l'île de Rhé, où pendant vingt- cinq ans il vécut séparé du monde , jusqu'à ce que l'amour des armes se réveillant en lui, il changea de nouveau le chapelet contre le glaive. Il laissa, en attendant, le gouvernement de ses États à son fils Waïfar.

L'année suivante, les Saxons et les Allemanes se ré- 745. voilèrent de nouveau. Théodebald, excité par Odilon ,

1. On croit qu'il était situé sur remplacement du monastère de Gertrudenberg . près d'Osnalirtick.

traversa lui-même le Rhin et se répandit dans. la plaim d'Alsace.

Karloman marcha vers les Saxons, prit pour la seconde fois Théodorich prisonnier, et revenant au Sud, entra dans 710. l'AHemanie, et après avoir réduit cette province» en convoqua le peuple devant son tribunal.

Entre Canstadt et Zuflenhausen, non loin du Neckar, s'élève une hauteur1 où, d'un côté l'armée des Francs, de l'autre les guerriers allemanes parurent en armes devant lui. A un signal donné , la première fit un mouvement, et enveloppant les Allemanes qui, sans soupçons, attendaient l'issue du traité qui devait leur donner la paix, iUes fit tous prendre prisonniers. Les principaux auteurs .de la révolte, et Théodebald à leur tète, furent décapités en sa présence.

Une action si barbare lui causa plus tard des remords: dégoûté du monde et de ses grandeurs, il se démit de 747. l'empire , et cédant ses États à Pépin , auquel il recommanda toutefois son jeune fils Drogon, il alla, suivi de quelques seigneurs et ecclésiastiques, se jeter aux pieds du pape Zacharie, et fonda sur le mont Soraete. près de Rome , un monastère qu'il dédia à St. Silvestre, et où il prit lui-même l'habit de moine. Quelque temps après, ne se trouvant point encore assez isolé, il le quitta pour l'abbaye du Mont-Cassin, où il donna l'exemple de la plus profonde humilité.

L'esprit remuant des peuples , que Karloman avait domptés , se réveilla en apprenant cette retraite. Ils lui avaient prêté serment comme au chef de l'Auslrasie; mais ils ne se crurent point liés par les mêmes serments envers son successeur.

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