Aujourd'hui Stadborg ou Marsbcrg
occupés à dépouiller le temple de ses richesses, et ensuite le détruisirent de fond en comble , après en avoir massacré les prêtres.
Karl s avança sur le Weser avec l'intention de ne plus déposer les armes avant d'avoir réduit toute la nation. Mais le désastre d'Eresbourg avait tellement découragé les Saxons , qu'ils lui envoyèrent des députés demander la paix.
Karl la leur accorda, mit des garnisons dans différentes places, aGn de les contenir, et après en avoir reçu des otages , leur laissa les missionnaires qui devaient en* achever la conquête spirituelle.
Tandis qu'il était ainsi occupé en Germanie , des événements d'une haute importance politique avaient lieu à Rome et en Italie.
Le pape Etienne III était mort, et avait été remplacé par Adrien Ier, ûls du consul et duc Théodol.
Didier, qui prenait le plus grand intérêt aux fils de Karloman, avait envoyé complimenter le nouveau pontife sur son élection, et avait tenté, par ses ambassadeurs, d'obtenir qu'il couronnât ces enfants. Mais le pape , loin d'obtempérer à cette demande, avait traité les députés lombards avec une telle arrogance, que, pour venger l'injure faite à sa couronne dans ses ambassadeurs, Didier était entré à la tête d'une armée sur le territoire du pontife, et s'était emparé de Faenza, deFerrare et de Commachio, lieux que Pépin avait entièrement abandonnés â la cour de Rome. Adrien avait en vain sommé, en termes énergiques, le roi lombard de les abandonner. Loin de faire droit à ses représentations, Didier s'était mis en possession de Sinigaglia, de Montefeltro, d'Urbin, de Surbio, el s'était avancé jusque sur les terres du duché de Rome, où il s'était emparé du château d'Utrtcoli. Il
envoya maintenant son ultimatum au pape , en lui réitérant sa demande , et en lui signifiant que ses troupes ne quitteraient plus les places et les villes dont il' venait de se rendre maître, ^vant que les deux fils de Karloman n'eussent reçu la couronne des mains pontificales. 11 lui f jl en même temps demander une entrevue , afin de régler ces différends.
Adrien resta ferme dans son refus, et cependant députa vers Karl , afin de lui rendre compte de ces événements. Toutes les troupes de la Toscane romaine, de la Campa- \ûe et de Pérousc , et quelques autres de la Pen la polie, furent concentrées dans les environs de Rome, que le roi lombard menaçait , mais que cependant le pontife sauva sans le secours du roi franc, en lançant contre Didier les foudres de l'Église. Tels étaient les préjugés de ce siècle, que malgré ses succès , frappé de l'anathème ecclésiastique, ce prince n'osa point continuer sa marche, et recula même jusqu'à Pavie avec son armée.
Mais le pape ne se contenta point de cette retraite, et exigea l'évacuation des villes que les Lombards occupaient encore. Il lia des intrigues avec plusieurs seigneurs et prélats du royaume, et entre autres avec l'abbé Anselm de Nonantola , l'un des plus violents ennemis de Didier. Cet Anselm, duc de Frioul et beau-frère de Rachis, avait, après que ce prince eût eu déposé la couronne pour se retirer au Mont-Cassin, été l'objet des persécutions de Didier, et il fut l'un des premiers à se ranger du côté 4» nape contre le roi.
Cette faction ennemie envoya elle-même des députés au roi franc , afin de l'engager à passer en Italie , en l'assurant que la nation était prête à se soumettre à lui, et à le reconnaître pour son prince.
Karl , dont les remontrances auprès de Didier pour la
reddition des places que les Lombards occupaient, avaient été aussi vaines que celles du pape , prêta d'autant plus facilement l'oreille à ces propositions quelles flattaient * son ambition.
La campagne d'Italie fut donc résolue.
Deux corps d'armées vinrent se réunir au pied des Alpes, toutes troupes tirées des pays francs, de la Bourgogne , de l'Allemanie et môme de la Saxe. Karl , à la tête du premier, se disposa à traverser le Mont-Cenis, et son oncle Bernard , commandant le second , tenta le passage par le mont Jovis, qui depuis ce temps fut connu sous le nom de Grand-Saint-Bernard.
Nulle route alors ne conduisait pardessus ces montagnes , et la difficulté de l'entreprise était d'autant plus grande, que Didier en avait fait fortifier toutes les issues.
Mais les traîtres de l'année ennemie découvrirent aux Francs des sentiers inconnus, et en même temps ils communiquèrent aux Lombards une terreur panique, qui, provoquant leur fuite , permit aux deux colonnes de descendre sans combattre dans les plaines du Piémont.
Karl vint mettre le siège devant Pavie, où Didier se renferma.
Pendant les travaux du blocus, qui traîna en longueur, il se rendit à Rome, renouvela avec le pape les traités faits 774. avec Pépin , et ^venant dans son camp , poussa le siège avec une telle vigueur, que le roi lombard, dans l'impossibilité de se soutenir plus longtempe faute de vivres, consentit à capituler. Le malheureux prince fut conduit en Brance avec la reine Ansa , son épouse , et jeté dans le monastère de Corbie , où il resta jusqu'à la fin de ses jours. Son fils Adelgis, qui pendant le siège de Pavie s'était tenu renfermé dans Vérone , ne s'y crut plus en sûreté après la chute de la capitale, et se sauva dans un
des ports du territoire de Pise, d'où il s'embarqua pour Constaotinople.
Ainsi finit le royaume des Lombards en Italie , deux cent six ans après qu'Albouin l'eût établi.
Karl mit sur son front la couronne de fer d'Agilulfe, et se fit reconnaître roi par la nation, à laquelle il laissa du reste ses lois et ses coutumes. Les ducs de Bcnè-
vent, de Spolette et du Frioul conservèrent leurs duchés.
Cependant les Saxons avaient profité de son absence pour s'insurger de nouveau, et ils avaient poursuivi jusqu'à Fritzlar les missionnaires qu'il leur avait laissés-.'
Karl mit des gouverneurs dans la Toscane et dan* Pavie, et repassant les monts, apparut à Duren, prés du Rhin, d'où, après avoir tenu une assemblée générale des guerriers francs, il traversa le fleuve pour entreprendre sa deuxième campagne contre les Saxons.
Il s'empara du castrum de Siegbourg, mit une garnison dans celui d'Eresbourg , et battit en deux repeontres sur le Weser les Saxons qui en vain voulurent s'opposer au passage de ce fleuve. Il contraignit les Osl- et West* phaliens à se soumettre de nouveau.
Des lettres d'Adrien , qui parvinrent au roi au milieu de cette expédition , et lui découvrirent la conspiration que tramait en faveur d'Adelgis le duc de Frioul Rotgald , auquel s'étaient joints Arigis , duc de Bénévent , Hildebrand, duc de Spolette, et Réginald, duc de Cbiusi, 776. le rappelèrent dans la Péninsule.
Rotgald , fait prisonnier , paya de sa tète celte insurrection. •
Les Saxons n'eurent pas plus tôt appris qu'il était descendu dans l'Italie, que, reprenant les armes, ils s'emparèrent d'Eresbourg, cl vinrent mettre le siège devant Siegbourg.
Karl envahit une troisième fois*leur piiys. Il rétablit la forteresse d'Eresbourg, qu'ils avaient détruite, et les reçut encore en grâce aux bords de la Lippe, où ils vinrent en foule recevoir le baptême, et où, pour les contenir, il éleva le fort de Lippstadt.
Pour lès maintenir dans la fidélité qu'ils lui avaient promise, il se rendit de nouveau au milieu d'eux, Tannée 777. suivante , et convoqua à Paderborn une assemblée générale de la nation, à laquelle assistèrent tous les seigneurs saxons, à l'exception de Witikind, l'un des chefs westphaliens, qui s'était réfugié auprès de Sigfried, roi des Danois. Une multitude d'hommes, de femmes, d'enfants, reçut encore, à cette occasion, le baptême; ils jurèrent de renoncer à leur liberté et à tout leur avoir, s'ils abandonnaient désormais le christianisme, ou cessaient d'être fidèles au roi et à ses fils. Ibin l'Arabe1, gouverneur de 4 Sarragosse, vint trouver Karl à cette assemblée, afin de lui demander sa protection pour lui et quelques autres seigneurs sarrasins contre Abdérame, qui s'était soustrait à l'obéissance du calife et s'était fait un état souverain en Espagne.
Déjà ces seigneurs s'étaient mis sous la protection de Pépin.
Karl, dont l'intérêt, dont la politique est de se servir 778. de ces Sarrasins contre les Sarrasins , écoute leur demande, et? du sein de la Germanie, passe èn Espagne et s'empare de Pampelune, d'Huesca, de Jacca, met le siège devant Sarragosse qui est contrainte de lui livrer des otages et se rend maître de Barcelonne, de Gironde , et d'autres lieux de la Catalogne.
Il se préparait a passer l'Ebre, lorsqu'un courrier lui ap-