‹ Histoire des Germains depuis les temps les plus reculés jusquà̕ Charlemagne. Pour servir di̕ntroduction à lh̕istorie de le̕mpire germaniqueChapitre 120 sur 123 · Ibin-al-Arabi · texte numérisé non relu

Ibin-al-Arabi

porte la nouvelle queWitikind , profilant de son absente, avait de nouveau soulevé les Saxons qui , entre Duitz et Coblentz, avaient déjà porté le pillage sur toute la rive droite du Rhin.

Force fut au roi de retraverser les Pyrénées , où péril à l'arrière-garde son neveu Roland 1 , cette figure historique dont la poésie du moyen-âge s est plus tard emparée, et que vinrent attaquer et défaire dans la vallée de Roncevaux les populations chrétiennes de ces montagnes unies aux Musulmans.

779 Karl envahit pour la quatrième fois la Saxe jusqu'à l'Elbe, et pendant trois années consécutives , en occupa militairement le territoire. Les missionnaires s avancèrent dans le pays sous la protection de ses armées. Sturmio et les moines de Fulde prêchèrent aux tribus de l'Est ; r Anglo-Saxon Willehad à celles qui couvraient le pays entre l'Ems et l'Elbe ; et le Frison Lindger aux peuplades situées entre FEms et l'Yssel. Pour mieux dompter l'esprit de révolte et arracher le pays à la barbarie, Karl y éleva des châteaux, y fonda des églises et des monastères, et y établit huit évêchés2, à la téte desquels furent placés des hommes habiles, et dont il traça lui-même la circonscription. Tout le pays , pour me servir de l'expression do décret royal, fut réduit en province selon la coutume romaine, et partagé entre les évéques.

. Le roi passa en 781 en Italie , pour régler d'un côté les affaires de l'église romaine , et de l'autre pouf chercher par la médiation du pape à ramener à son devoir le duc Thassillon de Bavière. Il se rendit à Pavie et de là à Rome , où il fit couronner ses deux fils puinés Pépin et

1. Eginhard, Vita Ctu-oli-3fagni,esl le seul historien qui en parle.

2. Ces évéchés furent placés à Brème, à Halberstadt, i Hildcshcim à Werden, à Padcrborn, à Minden, à A son bourg et à MUnster.

Louis, l'un roi de Lom hardie, l'autre roi d'Aquitaine. Sa • marche ressembla à un triomphe.

Quoique le père de Karl eût laissé au pape l'exarchat de Ravenne , abandonné à lui-même par les empereurs d'Orient, et sur lequel le roi franc avait aussi peu de droit que le pontife, 1 evéque de Ravenne avait su se mettre en possession de toute l'autorité , et y commandait en souverain. Karl, par un décret qui prouve toute la puissance qu'il exerçait en Italie et la nullité de pouvoir qu 'y avaient les empereurs de Constantinople, remit de nouveau l'exarchat au pape, en s'en réservant toutefois les droits suzerains , comme il les exerçait sur la ville et le duché de Rome. Car la fameuse donation de Pépin et de Karl, fausse ou non, n a jamais, sous le régne du dernier, empêché que les monnaies papales ne fussent frappées à l'effigie de ce souverain franc; que les deux villes de Rome et de Ravenne ne fussent comptées au nombre des villes métropolitaines de sa couronne et que, selon les circonstances, des envoyés royaux ne se rendissent dans les villes de Rome , de Ravenne et de leur territoire, aussi souvent que le besoin l'exigeait.

Thassillon, duc de Bavière , avait, du vivant de Karloman, tenu le parti de ce prince, et n'avait pas peu contribué à entretenir l'inimitié qui exista entre Karl et son frère. - L'esprit d'opposition de ce duc s'était surtout manifesté depuis la chute de Didier dont il était le beau- Gis. Les guerres continuelles dans lesquelles le roi franc était entraîné, faisaient désirer à ce dernier un accommodement avec ce prince, et il chargea le pape de sa médiation qui, en effet, eut par ses ambassadeurs le résultat de porter Thassillon à venir trouver le roi à Worms , et à lui donner des otages pour assurance de sa fidélité.

82. Cependant les Saxons n'étaient rien moins que soumis. Tandis que les missionnaires leur administraient le baptême, que les forteresses s'achevaient et que partout la paix semblait régner, il se formait au sein des forêts germaniques une nouvelle conspiration (Mus terrible que toutes les précédentes et dont le chef était ce même Witikind, plus que tous les autres ennemi du nouveau culte et du joug étranger

Karl était dans la plus grande sécurité, et déjà il avait commandé à ses deux généraux Gail et Adalgis, de lever un corps de Saxons, afin de s'en faire un renfort contre les Slaves Sorabes qui habitaient au delà de l'Elbe et de la Saale, et qui à l'instigation' de Witikind s étaient approchés de laThuringe, lorsque pendant la marche sur le mont Gundel, aux bords du Weser, se firent toutât-coup, comme au temps de Varus, entendre les cris sauvages de ces mêmes auxiliaires, qui, supérieurs en nombre à l'armée des Francs , la cernèrent de toute part, et renouvelant le combat du Teutobourg , massacrèrent les deux généraux, et firent périr avec eux la plus grande partie de l'armée.

Karl devint furieux en entendantee rapport. Il avait jusqu'alors été assez modéré par politique; il fut systématiquement cruel par vengeance.

Il parut dans la Germanie, inflexible et irrité, portant partout le pillage, le fer et la flamme, et massacrant tout ce qui lui résista. Arrivé sur l'Aller, il convoqua les nobles du pays , et en faisant saisir quatre mille cinq cents

1. On nous a conservé la formule de leur serment ; je la transcris ici littéralement dans le texte original :

«Hilli kroti Woudana ilp osk un otken Pana Viiikin ok ketta of ien «oiskena Karlcui ten Slaktenea. Ik tif ti in our union scapa un lat Knfe. «,1k slakle ti ail Franco up tinen iliken Ârtis beka.t

qui avaient pris part à la révolte, il les fit tous massacrer en uo seul jour.

Ce cruel châtiment, loin d'abattre le courage de la natioo, ne fit que l'aigrir. Elle se souleva en masse. Witi- 783. kiod, à la tête de l'armée saxonne, vint prés de Detmold, attaquer l'armée de Karl supérieure en nombre, et lui livra une bataille qui resta indécise. Dans plus d'un combat partiel, les Saxons eurent l'avantage. Mais ayant ten(é une seconde bataille rangée sur les rives de l'Hase, ils furent défaits et mis en fuite. Karl resta au milieu d'eux pendant l'hiver de 785 , et tandis que ses armées atteignaient au Nord le Weser et l'Elbe, il tenta de ramener dans l'intérieur du pays la confiance et la paix. Pour mieux réussir auprès èa peuple , il chercha à soumettre les chefs ; il députa vers Witikind qui s'était réfugié au delà de l'Elbe un de ses gentilshommes du nom d'Amalauwin, qui réussit avec tant de honneur dans sa mission que cet audacieux Westphalien consentit enfin à se rendre à la parole du roi ; Witikind déposa les armes et vint, accompagné d'Albion , autre chef saxon , trouver le roi dans sa villa d'Attigny et y recevoir le baptême avec 785. * toute sa suite. Karl lui donna le duché d'Angri. La soumission de ces deux chefs arrêta l'insurrection,

et leur exemple influa sur la conversion réelle du peuple saxon.

Pendant dix ans la paix ne fut plus troublée.

Cette tranquillité fut mise à profit par le gouvernement royal , pour consolider les institutions antérieures que la dernière guerre avait ébranlées ou détruites. Les étatablissements religieux, dont les habitants avaient été tués ou dispersés furent relevés ; la division territoriale , sous le rapport ecclésiastique, tracée en 770 et 780, fut suivie de la division politique en comtés, à la tête desquels fu-

rent placfè, avec des guerriers francs, des comtes auxquels fut adjugée une partie des térres saxonnes, et qui, avec la mission d'y maintenir la paix publique, devaient y rendre la justice à la manière des Francs. Les églises reçurent des djmes, et les lois les plus sévères forent promulguées en leur faveur , afin d'empêcher tout retour aux superstitions et aux coutumes païennes.

Karl, à la prière du pape, passa de nouveau en Italie vers la fin de 786, afin de régler les différends du pontife et du duc de Bénévent. Il reçut à cette occasion l'hommage de ce dernier prince, qui se reconnut vassahde la couronne de France, et livra pour otages au roi, comme gages de sa fidélité, ses deux fils Grimoald et RomoaM, dont le second fut toutefois bientôt après rendu à son père. Grimoald suivit le roi à Aix-la-Chapelle , ou ce souverain se rendit. Mais le fils resté auprès du duc et ce prince lui-même étant morts l'un et l'autre à peu d'intervalle, les principaux seigneurs de Bénévent députèrent vers le roi , afin de réclamer le seul héritier de la couronne ducale qui existât encore. Karl leur rendit donc Grimoald, qui reconnut cet acte de clémence par sa fidélité.

787. Adelgis , en effet , étant parvenu par ses intrigues à faire rompre le projet de mariage de Rolrude , fille de Karl, avec Constantin, Auguste et héritier de la couronne de Constantinople, et ayant obtenu des secours de l'impératrice Irène, cingla maintenant vers l'Italie; il comptait d'autant plus sûrement sur la coopération du doc de Bénévent que les liens les plus étroits du sang les unissaient 1 .

Il était aussi parvenu à gagner à sa cause le ducTbas-

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