‹ Histoire des Germains depuis les temps les plus reculés jusquà̕ Charlemagne. Pour servir di̕ntroduction à lh̕istorie de le̕mpire germaniqueChapitre 12 sur 123 · Aujourd'hui Magstadt · texte numérisé non relu

Aujourd'hui Magstadt

les qu'ils espéraient réduire en leur pouvoir. Telle était leur confiance dans le succès de leur entreprise, qu'ils mirent le feu à leurs bourgades, à toutes leurs demeures, et qu'ils brûlèrent même tout ce qu'ils ne purent transporter avec eux. Leur dessein était de déboucher par Genève , où un pont jeté sur le Rhône devait leur faciliter le passage , et de traverser ensuite la province romaine. Mais Césafc averti à temps, prévint leur projet, et il se mit en devoir de les contenir. Les Helvétiens , déchus de l'espoir de forcer cette position , s'adressèrent alors aux Séquanicns , dont ils obtinrent en effet le passage sur leurs terres, et après les avoir traversées, ils se répandirent*sur le territoire d' Autun, où ils commencèrent à tout piller et à tout dévaster. Leur projet était d'aller s'établir dans les plaines fertiles qu'habitaient les Santooes, voisins eux-mêmes des possessions romaines. Mais César ne leur en donna point le temps. Il les joignit sur les bords de la Saône, où le manque de bateaux les avait déjà retenus vingt et un jours, et où, à l'aide de radeaux, ils n'avaient encore pu passer que les trois quarts de leur armée. Il livra un combat sanglant aux Tiguriens qui furent alors défaits, et après avoir traversé le fleuve, il atteignit le reste des alliés, qui eut le courage de l'attendre à quelques milles de Bibracte 1 ; il le vainquit complètement. Cette journée fut décisive. César, victorieux, força tous ces peuples à mettre bas les armes, et les contraignit de regagner leurs foyers, pour empêcher que les Germains eux-mêmes ne s'en emparassent. Il ne permit qu'aux Boïens de s'établir parmi les i£duens, qui leur cédèrent des terres et qui leur donnèrent le droit de cité.

l C'est aujourd'hui Bévray, près d* Autun.

Celte victoire eut ira grand retentissement dans la Gaule. Elle releva le courage des alliés de Rome , sur lesquels s'était appesanti le joug d' Arioviste, et qui mirent alors en elle tout leur espoir. Us envoyèrent des députés à César, pour lui faire un tableau fidèle de leur situation , et lui exposer la manière tyrannique dont ils étaient traités par le chef des Suèves. Ils le conjurèrent de les délivrer des Germains. César, heureux de trouver une occasion favorable détendre -lui-même son pouvoir dans la Gaule, sans toutefois qu'on pût l'accuser d'invasion, la saisit avec avidité : il fit demander un entretien à Arioviste, en le priant de stipuler l'endroit où ils pourraient se réunir , à moitié chemin l'un de l'autre. Le Suéve lui fit répondre, que, dans l'état de fermentation où était la Gaule , il y avait pour lui trop de danger de s'avancer avec peu d'hommes dans le pays , et que trop de difficultés se présentaient pour y conduire une armée. Cette réponse évasive força César de lui envoyer son ultimatum ; il lui fit dire, qu'allié des yEduens , il était de son devoir de les protéger , et qu'il exigeait donc de lui le renvoi des otages qu'il en avait reçus, et la retraite au delà du Rhin de toutes les troupes qui occupaient leur province.

Arioviste , dans sa réplique , se fonda sur le droit du glaive i et il répondit à César que les lois de la guerre laissaient au vainqueur la liberté de traiter à son gré les vaincus ; que les Romains ne se gouvernaient pas à la volonté d'autrui dans leur conquête , mais à la leur ; et que , ne prétendant rien leur prescrire à cet égard , il croyait devoir exiger d'eux le même respect pour lui ; qu'il avait imposé tribut aux /Eduens après sa victoire , et que César avait tort de vouloir diminuer ses revenus ; qu'il ne leur rendrait donc point leurs Otages, mais

qu'aussi il ne leur ferait point la guerre, pourvu qu'ils satisfissent au traité et lui payassent tribut comme auparavant; que s'ils ne le faisaient, le nom d'amis et d'alliés du peuple romain ne leur servirait de rien ; qu'en vaiu César les prenait sous sa protection , qu'il devait Lieu savoir que nul ne s'était pris à lui qui ne s'en fût repenti, et qu'il lui apprendrait à ses dépens quelle était la valeur d'une nation invincible, qui depuis quatorze ans n'avait jamais eu de revers.

Arîoviste, en envoyant cette réponse, fit marcher son année sur Besançon, la capitale des Séquaniens, ville forte dont il espérait s'emparer, et où il savait qu'il trouverait en abondance des provisions de bouche. Il voulait en faire le pivot des opérations de la campagne qu'il prévoyait devoir s'ouvrir. Sa réponse arriva au camp de César, en même temps qu'une députation des iEduens rapportait au Proconsul que les Harudes, appelés par Arîoviste, pillaient leurs terres, et qu'une autre des habitants de Trêves lui annonçait qu'une nouvelle armée de Suèves se concentrait sur les bords du Rhin, sous la conduite des deux frères Nasuo et Cimber. César leva donc aussitôt son camp. Il avait marché pendant trois jours, lorsqu'il apprit le mouvement de l'ennemi , et son intention de s'emparer de Besançon. 11 ne songea plus qu'à le prévenir ; et, en effet, sa diligence, ses marches forcées de nuit et de jour le portèrent au sem de celte ville que l'ennemi n'avait point encore abordée. Les habitants le reçurent comme un libérateur, quoique leur crainte fût grande, et que le tableau qu'ils lui firent de l'horrible aspect des Germains jetât même l'épouvante parmi les Romains. César eut besoin de toute "son éloquence pour retremper le courage de ses soldats et les rappeler à leur devoir. 11 laissa une garnisou dans la ville , et s'avança

au devant d'Ariovisle. Diviliac, le chef des /Ed tiens, le guida dans sa marche, et pour éviter l'aspérité des montagnes et la sombre horreur des forêts, il le conduisit par des chemins plus faciles, dont la longueur ne lui permit toutefois d'avoir des nouvelles de l'ennemi qu au septième jour. Arioviste, averti de son approche, lui envoya une ambassade, et lui fit dire que l'entrevue qu'il lui avait proposée, pouvant maintenant avoir lieu sans danger, il était disposé à l'accepter.

On convint du rendez-vous , qui fut assigné sur une hauteur , située dans une plaine , à égale distance de chaque armée , et où , selon les conventions prises , les deux généraux se rendirent, accompagnés seulement chacun de dix cavaliers. Ils se parlèrent sans mettre pied à terre. César, après avoir rappelé au Germain la reconnaissance qu'il devait au Sénat et au peuple romain qui l'avait reconnu Roi, et l'obligation qu'il lui avait à luimême de cette faveur, puisque c'était à son entremise qu'il la devait, lui représenta, que Rome, dont l'alliance avec les Mduens avait toujours été si intime, ne pouvait souffrir que le pouvoir de ses alliés diminuât. Il lui réitéra donc la prière qu'il lui avait déjà faite de rendre aux iEduens leurs otages , et de ne plus les inquiéter non plus que les autres Gaulois amis de ces peuples. Il exigea de nouveau le renvoi au delà du Rhin d'une par* tie des Germains , et si la puissance d' Arioviste ne s'étendait pas jusqu'à l'ordonner, du moins de ne point en attirer d'autres.

Le Suève éluda ce dernier point dans sa réponse, et reprochant à César de se mêler de ses différends avec les yEduens, il lui fit remarquer que ce n'était qu'à l'appel d une partie des Gaulois, et sur les promesses qu'il en avait reçues, qu'il avait traversé le Rhin ; que les terres qu'il

occupait lui avaient été cédées par eux , que les autres Gaulois, qui voulaient l'en chasser, avaient été vaincus par lui, et avaient, à la fin des hostilités, accepté le tribut qu'il leur avait imposé ; que tant qu'ils resteraient Gdéles au traité, il ne les inquiéterait en aucune manière, et que s'il avait fait venir d autres Germains de ce côté du fleuve, ce n'avait été que parce que le soulèvement des Gaulois avait dû lui faire craindre pour sa propre sûreté, il lui dit ensuite qu'il espérait que Rome ne voudrait pas se faire payer son amitié jusqu'à exiger qu'il abandonnât le pays ; qu'il préférait y renoncer ; qu'il était venu dans ces provinces avant les Romains , et qu'aussi peu qu'il se croyait en droit de leur dicter des lois dans les régions qu'ils occupaient, aussi peu il leur reconnaissait celui de l'inquiéter dans celles qu'il avait conquises ; que cette alliance de Rome et des iEduens n'était qu'un prétexte, puisque les Romains n'avaient porté aucun secours à ce peuple contre les Séquaniens, et qu'il n'avait non plus servi leurs intérêts pendant leurs guerres avec les Allobroges ; que s'il ne se retirait, il le traiterait en ennemi; qu'il savait bien qu'il ferait plaisir aux plus grands de Rome qui lui avaient dépéché des courriers exprés et qu'il pouvait par là gagner leurs bonnes grâces ; mais que s'il voulait se retirer et lui laisser libre la possession de la Gaule, il le servirait en récompense, et porterait ses armes victorieuses partout où il voudrait.

L'entretien dura encore quelque temps, sans qu'ils pussent s'entendre; il fut interrompu par un messager qui vint avertir César que l'armée ennemie avait fait un mouvement et que déjà quelques traits avaient été lancés. Le sort des armes devait donc décider la querelie.

Cependant Arioviste dépécha encore deux jours après

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vers César pour une seconde entrevue, soit avec lui, soit avec un de ses lieutenants. Mais le Proconsul ne trouva plus à propos d'y aller, et envoya vers lui Valerius Proculus, jeune homme plein d'honneur et de vertu, de qui le père avait été fait citoyen romain, et qui, par la connaissance qu'il avait de la langue gauloise, pouvait traiter avec Ariovisle qui l'avait apprise depuis le temps qu'il demeurait dans la Gaule. Soit néanmoins que le chef des Suéves l'eût soupçonné de venir comme espion, soit qu'il n'eût cherché qu'à tendre des embûches à son ennemi, il fit jeter cet envoyé dans les fers ainsi que Marcus Titius qui cependant avait avec lui droit d'hospitalité, et que César avait donné à Valerius pour l'accompagner.

Il partit le même jour , et vint camper au pied d'une montagne, à une lieue et demie des Romains. Cependant, quoique les camps fussent rapprochés et que les escarmouches devinssent dès-lors journalières, les Germains refusèrent pendant quelque temps de livrer une bataille générale. Leur armée était composée de sept peuples : Suéves, Marcomans, Harudes, Triboques, Vangiones, Némètes et Sédusiens. César apprit à la fin par quelques prisonniers que ce qui les empêchait de hasarder le combat, c'était la superstitieuse prédiction de leurs alrunes qui s'opposaient à ce qu'on l'engageât avant la nouvelle lune, temps regardé en effet par les Germains comme le plus favorable à toutes les entreprises. César profila de cet avertissement pour faire attaquer le camp et les contraindre d'accepter la bataille. Les Germains se rangèrent alors par nation à égales distances , et pour ôter toute . espérance de retraite , mirent derrière eux tous leurs chariots. Les femmes, montées dessus, leur tendirent les bras en passant , et elles les encouragèrent à combattre pour leur liberté. L'aile droite des Romains fut la pre-

mièrc qui reçut le choc de l'ennemi. Ce choc fut si impétueux qu'ils n'eurent point le temps de lancer le javelot, et qu'ils furent contraints de le jeter, pour mettre l'épée à la main. Les Germains s'avancèrent en un immense carré, inébranlables derrière le mur de leurs boucliers, jusqu'à ce que les plus agiles et les plus audacieux parmi les Romains, étant parvenus à briser celte barrière, les arrêtèrent. La mêlée fut alors terrible et sanglante. L'aile gauche des Germains fut rompue; mais l'aile droite plus nombreuse eut pendant quelque temps l'avantage, et elle se fût fait jour, si le jeune Crassus qui commandait la cavalerie et qui n'était point engagé dans la mêlée , n'eût fait avancer la troisième ligne et n eût rétabli le combat. Dès-lors, l'issue de la bataille ne fut plus douteuse. Les Germains furent défaits , et gagnèrent en désordre les rives du Rhin, que quelques-uns traversèrent à la nage ou dans des nacelles, mais où le plus grand nombre fut tué ou fait prisonnier. Les femmes et les enfants suivaient en criant cette fuite précipitée. Dans cet épouvantable tumulte, les deux épouses d'Arioviste, l'une, Suève d'origine , l'autre , sœur de Vocion, Roi du Norique, trouvèrent la mort, ainsi qu'une de ses deux Allés; l'autre tomba au pouvoir du vainqueur. Arioviste lui-même atteignit dans une barque la rive droite du fleuve. César, en poursuivant la cavalerie ennemie, eut le plaisir de délivrer de ses chaînes Valerius Proculus, qui raconta que les Germains avaient déjà trois fois en sa présence jeté le sort pour savoir si on le brûlerait sur-lechamp ou si on remettrait sa mort à une autre occasion ; il ne devait la vie qu'à la fortune. L'issue de ce combat fut la dispersion de toutes les forces combinées des Suèvcs sur le Rhin ? et leur expulsion totale hors des Gaules. Il ne resta en dec;à du fleuve que les Vangiones, les Né-

mêles et les Triboques, qui, avant l'arrivée d'Ariovisle dans la Gaule , s'étaient déjà vraisemblablement établis sur la rive gauche du Rhin , et avaient forcé les Médiomatrices qui s'étendaient jusqu'au fleuve , à leur céder des terres !. Après la défaite du chef dont ils avaient adopté la querelle , ils rentrèrent dans leurs foyers , en se soumettant au vainqueur. Les M arcomans se retirèrent dans leurs forêts , et les Sédusiens et les Harudes sur les hauteurs agrestes de l'Alb et sur les rives du Danube , d'où ils étaient sortis, et où le nom des derniers s'est jusqu'aujourd'hui perpétué dans le canton du Hard.

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