‹ Histoire des Germains depuis les temps les plus reculés jusquà̕ Charlemagne. Pour servir di̕ntroduction à lh̕istorie de le̕mpire germaniqueChapitre 122 sur 123 · Voy Jean Diacoii, Rervm ital , p. Il, I. I*r · texte numérisé non relu

Voy Jean Diacoii, Rervm ital , p. Il, I. I*r

Le roi renvoya le pape en Italie, et le fit accompagner par les archevêques de Cologne et de Salzbourg , et par' quatre évêques, du nombre desquels étaient ceux de Worms et de Freisingen.

La guerre des Saxons ne lui permit pas alors à luimême de quitter la Germanie.

11 ne se rendit dans la péninsule que vers la fin de

I année suivante , après que la tranquillité eût été rétablie sur l'Elbe.

L'armée de Pannonie avait, pendapt ce temps., continué ses succès, et avait poussé ses conquêtes jusque sur la Drave. Le brave Gérold, gouverneur de la Bavière, avait payé de» son sang une de ses victoires sur les Âbares ; ? l'intrépide Erich périt aussi , peu de temps après , assassiné dans une sédition populaire à Tarsécora, ville de la Liburnie , province située entre L'Istrie et la Dalmatie.

Karl, avant son départ, tint à Mayence rassemblée des États, et arriva à Rome le 24 noyembrê de Tan 800.

Les événements qui allaient avoir lieu avaient depuis longtemps été préparés.

Il s agissait d'abord de disculper le pape des accusations portées contre lui par ses ennemis, afin que le peuple, respectant sa personne, respectât aussi ses décrets.

II fut donc cité dans l'église de St. Pierre devant un conseil des évéques de Rome et de ses environs , et des évêques qui avaient suivi Karl en Italie. Le roi était lui-même présent avec tous ses courtisans ; mais l'assemblée se déclara incompétente , ne reconnaissant aucune juridiction qui pût juger Tévêque de Rome. Les accusateurs du pape furent tenus cependant de déclarer le lendemain devant le même conseil quels étaient les torts qu'ils reprochaient au pontife ; il fut laissé à ce dernier le soin de se purifier lui-même de cette accusation.

Léon se leva donc, et montant en chaire, jura sur l'Évangile et devant tout le peuple assemblé , d'être innocent des méfaits dont l'accusaient ses ennemis1.

Après cette cérémonie vint la fête de Noël.

Karl assista avec toute sa cour, dans l'église du Vatican, à la grand]- messe que le pontife lui-même célébra. A la fin du service, le pape se tournant vers le roi , qui eut l'air de feindre quelque surprise, lui plaça sur la tête une couronne d'or, et, à haute voix, le proclama empereur des Romains. Tout le clergé , tout le peuple , qui avaient en suspens attendu ce moment de la cérémonie , répondirent à trois reprises par leurs acclamations au salut du pontife , qui fut le premier à se jeter aux genoux du nouvel empereur , et à lui prêter un serment que tout rOccident reconnut.

Ainsi s'accomplit cet acte qui mit sur la tête d'un roi germain la couronne des Césars , et qui régénéra cet empire d'Occident, qui depuis passé trois siècles avait été détruit.

Cette époque, si célèbre dans les annales, termine l'histoire de l'antique Germanie, et avec elle commence, à proprement dire,' cet âge intermédiaire, qui sépare l'antiquité païenne des temps modernes. Les tribus germaniques, toutes réunies sous un même sceptre, à l'exception de celles delà Scandinavie et de celles qui avaient pris possession de l'Angleterre , forment désormais un tout compacte, ont une commune hiérarchie , suivent la même croyance, et sont toutes soumises à la même législation en ce qui concerne leurs rapports avec l'État. Karl, dont

le titre de Grand, que lui donna son siècle et que respecte

1. Voy. dans Baronius , Annal, eceles. ad ann. 800, le discourt prononcé par le pape.

la postérité, récompensa la valeur, continua la soumis- * sion de la Saxe, et, pour mieux s'assurer du pays, trans- 801. porta environ dix mille familles saxonnes en Flandre, en France, sur le Mein et dans Rome, imitant en cela l'ancienne politique des- Césars , dont il porta la couronne et dont il eut toute la puissance. Il les remplaça par des colonies slaves, qu'il tira des pays d'au delà de l'Elbe. En même temps des colons militaires , pris parmi les Francs, furent distribués dans les divers districts saxons, qui reçurent toute l'organisation territoriale de la Gaule et de l'Italie. Pour protéger celte frontière septentrionale, fut institué le margraviat du Nord, et pour protéger celle du Sud-Est, fut institué celui d'Autriche ou d'Orient1, dont les souverains devaient jouer plus tard un si grand rôle. Tout le sol de cette contrée naguère encore si sauvage, changea peu à peu de face, et avec cette civilisation implantée de force par le conquérant , dont on a blâmé le despotisme, mais des vues profondes et politiques duquel la postérité lui tient compte', elle se couvrit de culture, et à mesure que les forêts tombèrent, s'embellit, sous les successeurs de Karl, de villes et de bourgades, dont un des castels royaux qu'il y établit, dont une église entourée de murailles, dont un monastère furent presque toujours le premier noyau.

La Germanie barbare cessa donc avec le nouvel empire auquel l'élément romain et l'élément germanique qui s'unirent pour le former, et auquel le nouveau culte qui devint unitaire dans toute son étendue firent à la fois donner le titre de saint par rapport à l'Église, et de romain et de germanique par rapport aux deux éléments qui le composèrent.

Page 1