CHAPITRE X
Ciuerre tl'Hermann et de 9Iftrbod. — Tlort
d'Hermann.
Tibère renonça à la conquête de la Germanie, où tant d'argent et d'hommes avaient été engloutis. Tandis que le peuple, à Rome, en voyant les trophées pris sur l'ennemi, croyait déjà toute cette contrée soumise, les nations qui l'habitaient, depuis le Rhin jusqu'à l'Elbe, étaient toutes redevenucs libres. Le seul château du Tau* nus n avait pu être arraché aux Romains.
Hermann, l'homme à qui cette liberté était due, sut, une fois le danger passé, se conserver la confiance des tribus. Sa popularité lui acquit bientôt un pouvoir non moins étendu que celui que Marbod s'était créé au Sud par sa politique astucieuse. Ces deux puissances partageaient toute la Germanie. Marbod, tant que Rome avait porté ses regards sur les nations du Nord , et s'en était déclarée la suzeraine, avait gardé une stricte neutralité dans la lutte ; mais lorsqu'il vit ces peuples abandonnés à eux-mêmes, il crut le temps venu de poursuivre ses projets de souveraineté universelle sur la Germanie, et de combattre dans Hermann un rival qui commençait à devenir trop redoutable. Il attira à lui Inguiomar, Je compagnon d'armes d'Hermann , qui avait partagé avec le héros l'honneur de tant de combats, et qui déserta alors sa cause pour se ranger du côté des Marco ma ns. Le rôle qu'Hermann commençait à jouer blessait l'ambitieuse susceptibilité de ce prince, qui, se voyant condamné au second rang , préféra se soumettre à un étranger que de
ramper sous 6on neveu. Marbod commença par inquiéter les Lombards et les Semnones. Ces peuples implorèrent 17. le secours du libérateur. Il n en fallut pas davantage pour mettre en présence les deux partis. Une bataille sanglante se donna, disputée vivement de part et d autre. De part et d'autre, l'aile droite fut défaite. Cependant ce combat eut pour résultat la retraite de Marbod, qui laissa le champ de bataille à son rival. Ses ennemis qui étaient en grand nombre , l'accusèrent de lâcheté , et profilèrent des circonstances pour entraîner à la désertion une grande partie de l'armée. Marbod, obligé de fuir dans ses États, demanda du secours à Tibère, qui, d'abord, lui fit répondre qu'il ne voyait pas trop comment, après la neutralité que les Marcomans s'étaient fait un devoir de garder pendant la lutte des Romains et des Chérusques , il pouvait en implorer de lui, mais qui, au fond satisfait d'être appelé à s'immiscer dans ces différends, envoya bientôt après son fils Drusus en IUyrie avec la mission de se faire médiateur entre les deux partis.
Hermann, qui eût pu écraser Marbod, ne profita point de ses avantages, et s'arrêta dans sa marche. Il accepta l'intervention romaine et consentit à la paix.
Mais cette médiation de Drusus fut plus pernicieuse au roi des Marcomans que n'eût pu être pour lui la continuation de la guerre. Les mécontents étaient en effet en gTand nombre à sa cour, et Tibère , par une perfide politique, sut sous main les exciter à la révolte et leur fit promettre son appui. Une conspiration se forma contre le prince, dirigée par Catualda, noble Gothone, qui, chassé par Marbod de sa patrie, vint maintenant lui disputer la couronne. Catualda entra dans la Bohème, et à l'aide des relations qu'il avait avec les conjurés , il s'empara sans coup férir de la résidence royale où tous les
trésors que Marbod y avait assembles des dépouilles de tant de peuples tombèrent en son pouvoir. Ce coup fut si subit que Marbod se vit contraint de se réfugier dans le Norique et de venir implorer la protection romaine. Il écrivit à Tibère comme un prince puissant à son allié. Mais Tibère se contenta de lui offrir un asile et une pension en Italie, tandis que dans le sénat il fit le tableau du pouvoir dont avait joui ce roi qui , dit-il , plus que Philippe, que Pyrrhus et qu'Àntiockus, avait été redoutable aux Romains; il se fit gloire de la politique qu'il avait suivie pour le faire tomber.
Marbod accepta un asile à Ravenne, et survécut encore dix-huit ans à son infortune.
\ 8. Mais Catualda ne fut pas plus heureux. Une nouvelle conspiration le précipita du trône aussi facilement qu'il y était monté, et il fut obligé de fuir devant Vibilius que les Hcrmondures, en se soulevant, mirent à leur tête, et qui le chassa de ses États. Gomme Marbod, il vint chercher un refuge chez les Romains qui lui assignèrent le Forum Julium pour séjour. Les nombreux partisans de ces deux princes qui avaient avec eux passé sur les terres romaines, furent reportés sur la rive gauche du Danube, où un Quade de nation, nommé Ivan1, leur fut donné pour roi. Ces Quades qui habitaient la Moravie3 formaient eux-mêmes une tribu des Suèves, et leur royaume naissant servit alors de rempart aux Romains contre les autres nations suéviques.
Hermann vit d'un œil tranquille ces révolutions du Sud qui protégeaient son pouvoir dans le Nord. Mais