I. Cologne, Colonia Agnppma
Uo soldat romain, fait prisonnier à la bataille de Teutobourg, et qui depuis quarante et un ans était resté captif parmi eux, fut alors délivré. Les Cattes se virent contraints de faire leur soumission et envoyèrent à Rome des députés et des otages, afin d'obtenir leur pardon.
Tandis que ces événements se passaient sur le Rhin , une révolution éclatait chez les Quades, et précipitait du trône le roi que les Romains leur avaient donné. Ivan , prince doué de grandes qualités, mais hautain, avait, depuis trente-deux ans qu'il tenait le sceptre , régné avec gloire ; il avait agrandi ses États, en soumettant plusieurs petits peuples qui l'entouraient , et en réunissant aux Quades les Marconians, dont il arracha le pays à Vibilius.
Cet accroissement de puissance avait éveillé la jalousie de ses voisins , et par son orgueil il indisposa contre lui ses propres sujets. Son impopularité lui fut funeste. La trahison sortit du sein même de sa famille, et bientôt en querelle ouverte avec les deux fils de sa sœur, Sidon et Vangion , que Vibilius excita sous main à la révolte , il se trouva entraîné dans une guerre dont le résultat lui fut fatal. Les Hermondures, unis aux Lygiens, peuple de la Silésie vinrent en armes soutenir le parti de ces deux princes. L'armée d ivan n'était guère composée que d'infanterie ; et il n'avait de cavalerie qu'un corps d'Iaziges 9 sarmates qu'il tenait à sa solde.
1. Ces Lygiens formaient une coalition composée de plusieurs peuplades, dont les principales étaient les A ries, les Hclvécones, les Manimes , les Élisiens , qui paraissent avoir donné leur nom à la Silésie , et les Naharvals. Voyez Tacite , Germ. , 43.
2. Le mol Iazyges ne veut lui -mémo dire qu'archers. C'est de l'espèce d'armes dont ils se servaient autrefois que les Iazyges modernes en Hongrie portent encore leur nom. Ces Iazyges cependant no sont quo les descendants des Kumanes qui se sont mêlés aux Magyare» vainqueurs , et en ont adopté la nationalité. Il ne faut pas les confondre avec les Iazyges sarmates dont il est ici question.
Malgré le traité qui l'unissait à Rome , et qui l'engageait à servir les Romains contre les Germains, il n'avait pu obtenir de secours de Claude, et l'empereur s'était contenté de lui permettre, en cas de malheur , de se réfugier sur les terres de l'empire.
Ce malheur arriva. Ivan, couvert de blessures qu'il avait reçues en combattant, se vit contraint de se réfugier à bord des vaisseaux qu'il tenait prêts sur le Danube, et qui le conduisirent dans la Pannonie. Rome resta spectatrice passive de cette lutte , et reconnut sans difficulté l'autorité des deux neveux de ce prince, auquel elle avait elle-même donné la couronne, et dont elle vit maintenant partager les États sans qu'elle y mît opposition.
Néron suivit, à l'égard de la Germanie, la politique passive de son prédécesseur.
Au Nord, au delà du canal que Drusus avait faiteons- 54. truire, s'étendait, sur la rive droite du Rhin, une vaste étendue de terrain que les Chamaves d'abord, et ensuite les Tubantes, et plus tard les Usipètes avaient habitée. Depuis de longues années, ces terres étaient abandonnées , et elles servaient aux Romains à faire paître le bétail et les chevaux des légions cantonnées dans la Basse-Germanie. Les Frisons voulurent tout à coup en prendre possession. Avitus, alors préposé au gouvernement militaire de cette province, s'y opposa, en leur faisant savoir qu'il ne pourrait le souffrir, tant qu'ils n'auraient pas obtenu de Rome la permission de s'y fixer, et que, dans le cas contraire , il serait obligé d'employer la force pour les en chasser. Cette menace porta les deux chefs de cette nation, Yerritus et Malorix, à faire eux-mêmes le voyage de Rome. On leur fit voir tout ce que cette capitale renfermait de brillant et de curieux, et on les conduisit au théâtre de Pompée, où le spectacle attira toutefois moins
leurs regards et leur attention que le nombre et la pompe des spectateurs. S'élant fait expliquer quels étaient dans la loge des sénateurs et des chevaliers qu'on leur désigna, les étrangers qu'ils y aperçurent , et ayant appris que c'étaient les ambassadeurs des nations qui, par leurs vertus guerrières et leur amitié envers les Romains, recevaient cet honneur, ils se levèrent, et franchissant l'espace qui les en séparait , ils allèrent s'y asseoir , en disant fièrement qu'aucun peuple ne surpassait le Germain en bravoure et en droiture.
Néron combla de distinctions leurs personnes , leur donna môme le droit de citoyen romain, mais ne crut pas devoir obtempérer à leur demande. De retour dans leur patrie, ils n'abandonnèrent point cependant encore leurs prétentions, et il fallut enfin qu'Avilus sévit contre eux par les armes, pour les contraindre à évacuer ces terres. 55. Peu d'années après, une autre tribu, errante dans la Germanie, voulut s'emparer de ce même territoire. C'était les Âmsibares1, nation qui primitivement habitait la rive droite de l'Ems , et qui, chassée par les Chauques , se trouvait contrainte de chercher de nouvelles demeures. Les services qu'ils avaient rendus aux Romains pendant les guerres de ces derniers contre les Chérusques, leur donnèrent l'espoir qu'ils ne s'opposeraient point à ce qu'ils s'arrêtassent sur ces terres incultes. Boiocal , leur chef, qui, pendant cinquante ans avait servi sous Tibère et sous Germanicus, vint trouver le général romain, et lui fit le tableau du malheureux sort auquel son peuple était condamné ; mais Avitus dut lui refuser en lui objectant les ordres de son gouvernement. Quelques prières que fit le vieillard , quelqu' invocation qu'il fit aux Dieux, le