‹ Histoire des Germains depuis les temps les plus reculés jusquà̕ Charlemagne. Pour servir di̕ntroduction à lh̕istorie de le̕mpire germaniqueChapitre 27 sur 123 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

CMUm et Yelléda.

68. Néron était à Naples, livré à ses orgies, lorsque Julius Vindex, issu d'une ancienne famille gauloise, et luimême gouverneur de la Gaule celtique , conçut le projet de délivrer la terre de ce monstre et sa patrie de la bonté de lui obéir. Il prit le nom de César, et offrit l'empire .à Galba qui commandait dans l'Espagne tarragonnaise. A sa voix, toute la Gaule narbonnaise et viennoise se souleva , et bon nombre de Séquaniens et d'iEduens se rangèrent de son parti. Les Belges , les Tréviriens et les Lingones restèrent dans l'inaction. Tout dépendait donc delà conduite qu'allaient tenir les légions rhénanes, dont celles du Nord étaient sous les ordres de Fonteius Capito, et celles du Sud sous ceux de Virginius Rufus. Néron, au reçu de la nouvelle de ce soulèvement, donna les ordres les plus pressants à ses généraux , et mit à prix la

téte de Vindex. Rufus marcha sur Besançon, ville qui lui ferma ses portes et dont il fit le siège. Vindex vint au secours de cette cité , et les deux généraux eurent ensemble plusieurs pourparlers qui se terminèrent par la convention tacite que Rufus n'entreprendrait rien contre le soulèvement. Hais les deux armées déjouèrent ces projets et en vinrent aux mains malgré leurs chefs. Celle de Vindex fut défaite , et il en ressentit un tel désespoir, qu'il se perça lui-même de son épée.

Galba, à la nouvelle de ces événements, se déclara ouvertement contre Néron et prit le titre de légat du Sénat et du peuple romain. Toute l'Espagne adopta son parti. Cependant , ayant appris la mort du tyran qui , pour ne point tomber vivant entre les mains des gardes prétoriennes qui lavaient déposé , s était lui-même ôté la vie, il passa dans la Gaule où une députalion du Sénat vint le trouver. Il reçut les félicitations de ce premier corps de l'Etat qui lavait reconnu empereur, et il se rendit à Rome où il se mit en possession de l'empire. Mais Galba fut lui-même défait et renversé, sept mois après parOthon; Othon, trois mois après parVitellius, et Vitellius, huit mois après par le parti de Vespasien , qui avait été créé empereur en Orient, et dont Antonius Primus, qui commandait en IUyrie, servit alors la cause dans l'Occident.

Ce général organisa son armée dans la Pannonie , et 69. attira à lui les rois I talus et Sidon qui , avec 1 élite de leurs troupes, vinrent en personne se ranger sous ses drapeaux, ainsi qu'un corps de cavalerie sarmate que les Iaziges lui fournirent. Dans les rangs de Vitellius étaient les auxiliaires germains qu'il avait menés avec lui de la Gaule , et qui , couverts de peaux de bêtes et armés de longues piques, attirèrent, surtout à Rome,

les regards curieux de la foule. Ainsi Germains contre Germains venaient combattre sur le sol italique pour les deux partis qui divisaient Rome. Primus fit soulever le Norique, afin d'occuper le gouverneur de la Rhétie , tout dévoué à Vitellius ; et pour faire diversion dans la Gaule et sur le Rhin, et empêcher les légions qui s'y trouvaient de se porter sur l'Italie , il favorisa la révolte qui éclata parmi les Bataves et qui coûta ensuite aux Romains tant de sang pour la dompter.

Par le traité qui les unissait à l'empire, les Bataves étaient tenus de fournir à l'armée romaine un certain nombre d'hommes annuellement recrutés parmi eux. Cette espèce de conscription, odieuse en tout temps à ce peuple , le fut surtout à l'époque des guerres civiles de Vitellius , par la manière dont les officiers romains la réglèrent.

Parmi les plus mécontents se trouvait Civilis , noble Batave, issu du sang royal, qui longtemps avait servi sous les Romains, et avait même, en combattant, perdu un œil. Civilis, sous Néron, avait déjà été arrêté par Fonteius Capito avec son frère Julius Paulus, que ce général avait accusé de rébellion et qu'il avait fait mettre à mort. Civilis avait été envoyé à Rome, et n'avait été relâché que sur l'ordre de Galba. Sous Otbon, sa vie avait été de nouveau en danger, et tant de persécutions avait exaspéré cette âme ardente qui ne songea plus dèslors qu'à se venger. Jamais occasion ne fut plus favorable. Instigué par Primus à prendre le parti de Vespasien , il saisit ce prétexte pour soulever la Batavie et arracher sa patrie au pouvoir des Romains. Il invita à un festin, dans un bois sacré, les principaux et les plus courageux de la nation, et leur retraçant le tableau des vexations annuelles auxquelles ils étaient en proie, com-

bien l'empire était tombé bas , et quelle force les Germains et les Gaulois , qui tous étaient fatigués du joug , pouvaient déployer contre lui, il n'eut point de peine à les persuader de seconder ses desseins. Tous en Grent le serment en invoquant les Dieux.

Les Canifates, auxquels il envoya des députés, furent aussi bientôt gagnés à sa cause , et ils élevèrent sur le bouclier un des leurs du nom de Brenno, auquel ils conférèrent le commandement. Brenno fut le premier qui marcha. Il attira à lui les Frisons, et pilla le campement de deux cohortes qui avaient leur quartier d'hiver dans les environs. Vitellius avait appelé auprès de lui les meilleurs soldats, et ils avaient été remplacés en partie par des recrues de la Germanie et en partie par des Nerviens. Les capitaines romains, ne pouvant Compter sur ces troupes, prirent le parti de mettre le feu à tous les castels, et de se retirer sous la conduite d'Àquilius dans la partie supérieure de l'Ile.

Civilis marcha alors lui-même contre les Romains. La

cohorte des Tongres passa de son côté au moment du combat, et par sa défection, contribua à lui donner la victoire. 11 s'empara de la flotte, dont les équipages étaient en grande partie composés de Bataves : ce qui mit en son pouvoir une immense quantité d'armes et de munitions.

Ce brillant début lui attira l'alliance de plusieurs peuples germains. 11 rendit, sans les rançonner, la liberté aux préfets des cohortes, d'origine gauloise, et donna aux soldats le choix de se retirer ou de prendre du service dans son armée. Ceux qui prirent le premier parti reçurent eux-mêmes une part du butin , afin que la défaite des Romains pût se répandre avec plus de rapidité dans la Gaule.

Flaccus Hordéonius, qui commandait dans la Germanie , vit d abord cette révolte d'un œil assez tranquille. Mais le succès croissant des Balayes le tira enfin de son apathie, et il fit marcher contre eux Mumius Lupercus qui , avec deux légions auxquelles se joignirent les auxiliaires Ubiens , un corps de cavalerie de Trêves et une aile de Bataves, sous les ordres de Labeo, ennemi personnel de Givilis , passa le Rhin pour le combattre. Mais à peine les armées furent en présence , que les Bataves de Labeo, qui couvraient l'aile droite, passèrent à l'ennemi malgré leurs chefs. Leur défection amena le désordre qui d'abord gagna les Ubiens et les Tréviriens, dont la fuite ne put être arrêtée, et qui enfin se communiquant à l'infanterie' romaine, ébranla ses rangs et provoqua sa retraite. Elle se renferma dans Vétéra. Civilis n'attenta point à la vie de Labeo qui était tombé en son pouvoir ; mais ne pouvant toutefois le souffrir dans sa proximité , il prit des mesures pour qu'il se rendit chez les Frisons. Huit cohortes bataves, en marche pour l'Italie, ayant appris ces .événements, rebroussèrent chemin et rentrèrent dans la Basse-Germanie sans qu'Hordéonius osât les attaquer. Arrivées près de Bonn, où était cantonnée la première légion sous les ordres d'Herennius Gallus, elles se frayèrent le passage qu'il tenta de leur barrer, et passant sous les murs de Cologne, elles vinrent se réunir à l'armée de Civilis qui, n'ayant pu porter les deux légions renfermées dans Vétéra à se joindre à lui , résolut d'assiéger cette place.

Pour inspirer de la confiance aux peuples dans le succès de ses entreprises, il s'était mis en relation avec Velléda , l'alrune des Bructères , dont le nom était révéré de toute la Germanie, et qui habitait, au milieu des forêts, une tour solitaire d'où elle laissait échapper ses

paroles prophétiques1. Elle prédit la victoire aux Germains et leur perte aux légions. Sa voix électrisa les Bructères , les Teuchtères et les autres peuples voisins qui alors se joignirent aux Bataves. Les enseignes et les étendards romains, sous lesquels marchaient ces derniers, se dressaient sur la même ligne que les grossières images de bètes féroces ou les peaux déployées d'animaux sauvages qui servaient de signes de ralliement aux Germains.

Vocula, à qui Hordéonius, vu le peu de confiance qu'il inspirait aux soldats, se vit contraint de céder le commandement, vint placer son campa Gelduba3, et fit de là quelques incursions chez les Guguernes, peuple de la Gueldre qui s était aussi allié à Givilis.

Mais ce dernier reprit bientôt l'offensive, et comme son armée se fortifiait de jour en jour par les nouveaux secours qui lui venaient d'outre-Rhin , il envoya un corps d'armée germain contre les Tréviriens et les Ubiens, et un autre jusqu'au-delà de la Meuse, aGn de faire soulever les Ménapiens et les autres Gaulois.

La nouvelle de la bataille de Crémone, gagnée par le parti de Vespasien, et dont le succès fut dù en grande partie aux deux rois Sidon et Italicus , qui combattirent au premier rang avec leurs Germains , vint à celte époque retentir jusque sur le Rhin. Hordéonius, ainsi que le camp de Gelduba , reconnurent le nouvel empereur. Ils députèrent vers Givilis le messager envoyé d'Italie qui avait lui-même assisté à la bataille, afin d'engager le chef des Bataves à cesser les hostilités , puisque désormais la cause qu'il défendait était celle que les légions adoptaient.

1. On croit que cette tour était située sur le Velsberg (Welshaup), prés de Ftarsneim. *. Aujourd'hui Gelb.

Civilis no pouTant plus garder le masque , le jeta avec courage. Il envoya les huit cohortes qui étaient venues le joindre et l'élite des troupes germaines attaquer le camp de Gelduba , marche pendant laquelle ces troupes mirent en fuite une aile de cavalerie qui était cantonnée à Ascibourg. Mais Vocula vint à temps secourir le camp, et repoussant les Bataves , il s'avança en les poursuivant jusqu'à Vétéra, où, après un combat longtemps disputé, il parvint enûn à débloquer la ville. 11 ne profita pas toutefois de ses avantages , et se contentant de rétablir les fortifications de la place , il se retira de nouveau dans son camp. Civilis revint alors en faire le siège, et reprenant roffensive, s'empara du camp de Gelduba, et mit en déroute une partie de la cavalerie romaine qu'il rencontra près de Neuss. A cet échec succéda dans le camp romain une révolte qui coûta la vie à Hordéonius. Vocula n'échappa qu'avec peine anx soldats mutinés. Un corps de Germains, Cattes, Usipiens1 et Mattiaques* assiégeait, pendant ce temps, Mayence que la solidité de ses murailles sauva seule alors de leurs rapines. Toute la ligne du Rhin eût été perdue, si enfin la quatrième et la dix-huitième légion ne se fussent de nouveau ralliées sous Vocula , et si les Tréviriens n'eussent à la hâte élevé une ligne fortifiée qu'ils défendirent avec le plus grand courage.

La mort de VitelKus , loin de rétablir le calme dans la Gaule , ne fit qu'augmenter les partis qui la divisaient. Les Tréviriens, qui venaient de défendre avec tant de valeur l'intégrité de leur territoire contre les Germains , furent maintenant entraînés à la révolte par Classicus et

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