‹ Histoire des Germains depuis les temps les plus reculés jusquà̕ Charlemagne. Pour servir di̕ntroduction à lh̕istorie de le̕mpire germaniqueChapitre 28 sur 123 · Habitants du Wisperthal · texte numérisé non relu

Habitants du Wisperthal

2. Habitants des environs de Wiesbade , connu des Romains sous le nom de Aquœ Mattiaticœ.

Tutor, et les Lingones par Julius Sabinus. Ces trois chefs gaulois, qui également ambitieux, exerçaient sur leur nation une si grande influence, ne prétendaient rien moins, en s unissant aux Germains, que de fonder un empire des Gaules , et d'aller à Rome, comme autrefois leurs ancêtres, mettre le feu au Gapitole. Ce fut à Cologne que le complot fut formé , et qu'ils prirent leurs mesures pour faire soulever Tannée romaine , pour en faire égorger les chefs et pour l'attirer à eux. Toutes ces mesures réassirent. Quoique Vocula eût été instruit de ces menées, il ne se trouvait pas assez fort pour agir ouvertement contre les conspirateurs , et pensant que s'il venait à battre Civilis,. l'adversaire le plus dangereux, les autres n'oseraient rien entreprendre, il se rendit lui-même à Cologne^ Labeo , qui avait trouvé moyen de quitter la Frise, vint l'y trouver, et se fit fort avec une division romaine d'entrer dans la Batavie et de ramener aux Romains la plus grande partie de la nation. Cependant le succès ne repondit point à son attente. Vocula se mit en marche, suivi des Gaulois qui, conservant le masque de la fidélité, se montraient toujours pleins de zèle et de discipline. Mais il approchait à peine de Vétéra, que Classicus et Tutor , prenant le devant , sous prétexte de reconnaître l'ennemi , se rendirent dans le camp des Germains et firent alliance avec eux. A leur retour, ils séparèrent leurs troupes de l'armée romaine.

Vocula , dans ces circonstances impérieuses , se retira sur Neuss. Les Gaulois l'y suivirent et vinrent camper à deux milles du camp romain. Leurs intrigues eurent tout le succès désiré. Chaque jour, des compagnies entières désertaient, et enfin éclata le soulèvement général qui coûta la vie à Vocula et qui provoqua l'arrestation des deux légats de la première et de la dix-septième légion.

Toutes les troupes du Haut-Rhin se réunirent à Tutor ; Glassicus fit jurer le serment de fidélité à l'empire des Gaules aux deux légions de Vétéra, qui, sans espoir d'être secourues et manquant de vivres, furent enfin obligées de capituler. Contre la foi du traité, et quoiqu'elles eussent obtenu le libre passage pour leurs personnes , ces légions eurent à peine fait cinq lieues de marche, qu elles furent surprises par les Germains, et que, désarmées ainsi qu'elles étaient, elles furent impitoyablement massacrées. Givilis avait fait le vœu , en prenant les armes , de ne point couper ses cheveux , avant d'avoir assouvi sa vengeance sur les Romains. Il le fit après ce massacre dont il reconnut cependant toute la barbarie , mais- dont il chercha à se disculper en en rejetant la cause sur la fureur du soldat. On l'accusa toutefois d'avoir livré à son jeune fils quelques prisonniers , afin que cet enfant s'exerçât contre eux à décocher ses flèches, acte de cruauté, qui, s'il était vrai, pourrait faire soupçonner qu'il ne fut pas innocent du premier. On mit le feu au camp après le pillage , et on envoya à Velléda une partie du butin et quelques prisonniers parmi lesquels se trouvait Mumius Lupercus, légat d'une des légions. Toutes les forteresses du Rhin furent ruinées , à l'exception de Mayence et de Vindonissa qui résistèrent aux efforts des Germains.

Cependant Civilis , en acceptant l'alliance des Gaulois, ne reconnut point l'empire qu'ils prétendaient former, comptant assez sur sa fortune et sur son courage pour assurer son propre pouvoir lorsque les circonstances l'exigeraient. Cologne se vit contrainte d'entrer dans la coalition germanique , d'abolir les péages qu'elle percevait sur le Rhin, de rendre au commerce toute sa liberté. Sa fermeté toutefois lui conserva ses murailles, dont les Teuchtères exigeaient la démolition, mais que Civilis et

Velléda, au jugement desquels la cité s'en rapporta, crurent devoir laisser intactes. Civilis tourna alors ses efforts vers les antres peuples de la Belgique que Labeo était parvenu à rallier, mais qni passèrent aux Bataves, dès qu'ils furent en leur présence. Pendant ce succès toujours croissant , Sabinus prenait chez les Lingones le titre de César et se déclarait ouvertement contre les Romains.

Cependant Mucianus qui, en l'absence de Vespasien , tenait à Rome les rênes du gouvernement, avait, à la première nouvelle de ce soulèvement, envoyé sur le Rhin Gallus et Cérialis, et pris toutes les dispositions pour passer lui-même dans les Gaules avec Domitien, et faire venir en nombre des troupes de l'Espagne et de la Bretagne. Les Gaulois convoquèrent à Rheims les États, afin de s'entendre sur les mesures à prendre en ces graves circonstances. Hais, par une négligence inconcevable, leurs chefs laissèrent ouvert le passage des Alpes, que les légions franchirent sans rencontrer de résistance. Tutor, qui se retira derrière la Nahc, fut défait près de Bingen par Septilius. Cérialis fit éprouver le même sort, sur la Moselle, à Valentinus, qui, avec les Tréviriens et les antres Belges sous ses ordres , fut culbuté et fait prisonnier. Trêves fut prise et n'échappa qu'avec peine au pillage. Dans le pressant danger qui déjà les menaçait, Civilis et Classicus, qui croyaient à la mort de Vespasien, cherchèrent à éveiller l'ambition de Cérialis, et lui offrirent la couronne, à condition qu'il leur laisserait exercer la puissance princiêre sur leur nation. Mais ces propositions restèrent sans réponse, et force fut donc aux factieux de se préparer eux-mêmes au combat.

Cependant les peuples d'Outre-Rhin n'étaient point tous réunis. Les Teuchtères et les Bructères étaient les seuls Germains qui fussent dans le camp avec les Bataves , les

Lingones et les Ubiens. Civilis voulait -qu'avant de marcher à l'ennemi , on attendit le reste des alliés. Mais sa voix ne prévalut point dans le conseil. Les coalisés combattirent sous les murs de Trêves et furent malheureux. D'abord vainqueurs au commencement de la journée, ils finirent par perdre le champ de bataille, et avec lui tout leur camp et tous leurs bagages.

Les habitants de Cologne qui n avaient qu'à regret trempé dans la révolution, vinrent, à la nouvelle de cette défaite, attaquer une cohorte de Chauques et de Frisons renfermée dans Zulpich, et incendièrent son quartier. Ils envoyèrent aussitôt une députation à Cérialis, afin de lui demander du secours ; ce que ce général se fit un devoir de leur accorder avec d'autant plus de célérité qu'ils lui promirent de lui livrer l'épouse et la soeur de Civilis et la fille de Classicus qui avaient jusqu'alors résidé dans leur ville.

Tant de malheurs n'abattirent point cependant le courage du Batave. Il se replia sur Vétéra, où il prit posision, et où il apprit la double victoire des Cannifates sur la flotte romaine qui avait ramené de la Bretagne la quatorzième légion , et dont la plupart des vaisseaux tombèrent en leur pouvoir, et sur les Nerviens dont ils avaient châtié la défection. Classicus, de son côté, remporta à Neuss un avantage sur la cavalerie romaine.

Mais ce furent les derniers succès des alliés.

Cérialis rassembla toutes les troupes dont il pouvait disposer, et, avec six légions, sans compter les auxiliaires qui le suivaient, il vint attaquer l'ennemi devant Vétéra. Les abords de cette place que la nature et l'arUavait fortifiée avaient été rendus plus difficiles encore par les travaux que Civilis venait d'entreprendre pour en inonder la plaine. Il sentait que de sa possession dépendait

loi

désormais toute sa fortune. Ses dispositions furent celles d'un capitaine expérimenté. En parcourant les rangs de ses Bataves , il chercha à les électriser, à tremper leur courage.

« Soldats, leur dit-il au moment où ils s'ébranlaient , «songez 'que le Rhin et les Dieux de la Germanie vous «contemplent, et que sous leur égide vous allez combatc tre pour la patrie, pour vos femmes, pour tout ce qui vous «est cher. >

' Le premier jour, les Romains éprouvèrent de grandes pertes ; mais le lendemain la bataille fut décisive, et la victoire leur resta. Des défections dans Tannée des coalisés causèrent en grande partie sa défaite, qui fut telle que, quoique le jour suivant, un secours de Chauques vint le joindre, Givilis ne crut pas pouvoir conserver sa position.

Il repassa le Rhin, et incendia tout ce qu'il ne pouvait transporter et toutes les places que les Bataves occupaient sur la rive gauche. Il se renferma dans son lie, dont il mit sous l'eau les abords en rompant toutes les digues. Son énergie et celle des chefs gaulois qui lavaient suivi , y luttèrent encore quelque temps contre la fortune. Mais quelque grands que fussent leurs efforts, quelque chère qu'ils fissent payer aux Romains leur victoire , malgré l'avantage même que la flotte batave remporta , Os ne purent à la longue se soutenir, et, le mécontentement du peuple augmentant à mesure que les ravages de la guerre l'appauvrissaient, on en vint enfin à une convention que Gérialis lui-même provoqua, et qui, remettant lasBatavie sous le joug romain, rendit à la Gaule sa tranquillité. L'âme de cette guerre , Velléda, dont la voix prophétique avait soulevé tous les peuples du Rhin, fut elle-même gagnée à la cause romaine. Givilis fut

obligé de céder aux vœux de la nation, et d'abandonner les projets ambitieux qu'il avait formés en la soulevant. 11 fallut sans doute que les raisons d'État fussent non moins fortes du côté des Romains pour lui pardonner, que, de son côté, pour accepter une capitulation qui anéantissait tous ses plans.

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